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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 20:19

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Dans les années 1980, nombre de projets d’Hydraulique villageoise en Afrique de l’Ouest étaient financés par des bailleurs internationaux : le PNUD, la Banque Mondiale, la BID, la BAD et les Fonds de la Coopération.

Ils répondaient à un besoin vital : fournir de l’eau potable aux populations car le manque d’eau chronique lié à une sécheresse persistante depuis cinq ou six ans, en zone subsaharienne, provoquait la mort du bétail et l’exode des villageois.

 

Au Mali, dans le cadre du Projet PNUD MLI/007, l’objectif consistait à rechercher l’eau potable dans les zones de fracture au sein des grés ou au contact grès / schistes, dans les villages des cercles de Banamba, Kolokani et la partie méridionale du cercle de Nara.

 

La présence de filons éruptifs (dolérite) accompagnant les grès, matérialisés très souvent par un alignement de karités, représentait un signe favorable : les grés fracturés au contact de l’intrusion volcanique jouent le rôle de drain pour les eaux infiltrées pendant la saison des pluies.

 

Dans la plupart des villages, des sables et une cuirasse superficielle rougeâtre et ferrugineuse (latérite) empêchaient les hydrogéologues de localiser avec précision les fractures majeures visibles en photo aérienne ; c’est pourquoi, une prospection géophysique à base de mesures électriques -les grès lorsqu’ils sont aquifères provoquent une chute sensible de leur résistivité- et magnétiques – la susceptibilité magnétique d’une roche éruptive est très supérieure à celle des roches sédimentaires- fut systématiquement mise en œuvre le long de profils perpendiculaires aux fractures supposées.

Hydrogéologues et géophysiciens étaient alors en compétition pour implanter les forages sur des sites prometteurs.

 

Ainsi deux équipes de géophysiciens maliens supervisées par un expert expatrié, étudièrent, pendant deux ans, les conditions hydrogéologiques prévalant dans plus d’une centaine de villages. Le taux moyen de succès atteignit 75%  soit environ le double du taux de succès des implantations de forage effectuées à partir des seules données hydrogéologiques. Cela confirma la nécessité d’une prospection géophysique généralisée pour l’ensemble des villages..

 

Les forages de profondeur moyenne 60 m rencontraient d’habitude deux ou trois venues d’eau pour un débit moyen, voisin de 3 m3/h, suffisant pour alimenter en eau potable près de cinq cents villageois. Pour chaque forage de débit supérieur à 1 m3/h,  considéré comme positif, un deuxième forage était réalisé à cinq mètres du premier, pour servir d’ouvrage de secours en cas de problème technique sur le premier.

A l’aplomb des fractures, le forage devait être positionné à deux ou trois mètres près, le débit passant de quelques mètres3/h à quelques centaines de litres/h en moins de dix mètres.

 

Les deux équipes maliennes de forage opéraient au marteau fond de trou, réalisant chacune de l’ordre de 15 à 20 forages par mois.

 

Naturellement le chef de Projet ainsi que les bailleurs de fonds étaient tenus au courant des résultats, un taux de forage inférieur à 50% pouvant être jugé insuffisant pour financer de futurs projets.

 

Dans les premiers mois de la prospection, un certain nombre de forages négatifs, environ 10% du total, furent attribués à des causes humaines, difficiles à mentionner dans les statistiques officielles. En voici quelques exemples :

 

l’intervention du chef de village

A l’issue des mesures et de leur interprétation, deux ou trois sites d’implantation de forage étaient matérialisés sur le terrain par une borne en ciment pour informer les foreurs des emplacements favorables. Or, pendant la nuit, le chef de village, désirant être le premier servi en eau,  récupéra une borne pour l’installer dans sa concession ou à côté de son habitation,.

Cette pratique fut rapidement révélée car la coupe lithologique du forage négatif n’avait rien de commun avec les données interprétées.

Parfois, ce fut le sorcier local qui déplaça la borne, la trouvant trop près d’un arbre sacré et craignant la foudre des ancêtres.

 

le confort du foreur

Parfois le foreur arrivant près de la borne jugea sans conséquence de se déplacer d’une dizaine de mètres pour bénéficier de l’ombre d’un manguier ou pour rester sur une piste en dur. Or, au niveau d’un aquifère de fracture, un déplacement latéral de quelques mètres suffit pour réduire substantiellement le débit, voire réaliser un forage sec.

 

les conditions locales de vie

Dans le cadre des projets d’hydraulique villageoise, les foreurs restaient dans le même village entre quelques jours et une semaine en fonction du nombre de forages et étaient logés et nourris par les villageois.

Naturellement, lorsqu’ils étaient bien nourris avec abondance de viande, ils étaient prêts à forer aussi longtemps que possible. Il en était de même lorsqu’ ils trouvaient de la compagnie féminine pour leur faire oublier, le soir, les fatigues de la journée.

 

Par contre lorsque la nourriture était ni abondante ni carnée et que la communication avec les villageois était restreinte, les foreurs avaient hâte de quitter les lieux, expédiant les forages, oubliant d’effectuer les phases de développement ou d’acidification pour obtenir de l’eau claire.

Dans certains cas, ils arrêtèrent le forage prétextant qu’ils avaient atteint le substratum de quartzite ou la dolérite saine et imperméable, ce qui était inexact.

 

Ainsi, après un forage positif de débit 6 m3/h, les trois forages successifs implantés autour du premier, (à environ 5 mètres), ne livrèrent qu’un faible débit, 200 litres/h, comme si l’eau circulait, dans le sous sol, le long d’une colonne verticale. En réalité, les foreurs, pressés de déménager, avaient colmaté les arrivées d’eau par de l’argile, argile qu’il suffisait d’éliminer par soufflage pour obtenir de l’eau claire avec un débit exploitable.

 

les données flouées

 

Durant le forage à l’air au marteau fond de trou, des petits morceaux de roche (cuttings) remontent de façon continue et rendent compte de la nature lithologique et de l’état sain ou altéré des roches traversées. Le foreur ou l’hydrogéologue prélève alors une partie de ces cuttings pour chaque mètre de forage et dresse la coupe lithologique sous forme d’une série de petits tas dont le nombre correspond au nombre de mètres forés.

 

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Parfois, face à un contexte de quartzites et grès très fracturés ou la présence de cavités, les cuttings ne remontent pas. Craignant de laisser un trou inexpliqué dans la série de petits tas, le foreur combla ce trou lithologique par des cuttings prélevés dans les niveaux superficiels, oblitérant du même coup le pourquoi du débit élevé constaté pour ce type de forage.

 

Un autre cas de « truandage » de la part du foreur consista pour lui à annoncer une profondeur de forage supérieure à la réalité, d’une ou deux tiges de forage soit 3m ou 6m, déclarant que le forage, est arrêté dans la dolérite, très dure et stérile. En fait il a subtilisé les litres de carburant qui auraient été utilisés par le compresseur pour forer les 3 ou 6 m annoncés et les a revendus aux villageois à un tarif préférentiel.

 

Inversement, lorsque le débit du forage n’était que de 900 litres/heure et était donc négatif, le foreur, sollicité par les villageois, écrivit 1 m3/h sur la fiche de forage qui fut alors équipé d’une pompe à main.

 

Enfin, lorsque dans un village, les forages n’avaient point fourni le débit minimum attendu, le foreur avait l’autorisation de faire un trou sur la place du marché. Si ce forage était positif, le géophysicien et l’hydrogéologue ne tardaient pas à l’inclure dans leur liste respective de forages à succès.

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 13:22

   

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« Stop ! I don’t have any more money left1 ! » Hurla l’éleveur de moutons à l’oreille du foreur, tâchant de couvrir le bruit du compresseur. Arrêtant la rotation du train de tiges, le foreur appela le sourcier, à l’origine de la sélection des emplacements de forage et, après une brève discussion, répondit, confiant : « d’après notre expert, l’eau souterraine n’est plus qu’à quelques mètres seulement ! Il serait dommage de s’arrêter maintenant ! Non ? » Mais la décision de l’éleveur était prise, déçu par les annonces précédentes, prometteuses mais non matérialisées. En effet, l’outil de forage venait d’atteindre la profondeur de 98m sans rencontrer la moindre venue d’eau et depuis une quarantaine de mètres, la lente avancée de l’outil et la remontée régulière des cuttings de couleur claire indiquaient que l’on traversait des roches massives et sèches.

 

Dans le Sud-ouest australien et la région de Brookton où l’érosion des granites et pegmatites avait modelé un relief de collines basses,  chaque éleveur disposait d’un cheptel de plusieurs milliers de têtes d’ovins et cultivait en blé une partie de ses terres. Conséquence de la raréfaction des pluies, pendant les années 1970, le toit de la nappe phréatique, était descendu d’environ  4 mètres, mettant ainsi hors d’eau les pompes de la majorité des forages avec éolienne. Certains fermiers évoquaient l’effet des tremblements de terre puisque l’eau avait disparu, selon eux, après une série de secousses sismiques de faible amplitude, ressenties dans tout l’Ouest du pays. Les anciennes fractures servant de drains auraient ainsi été fermées ou colmatées tandis que de nouvelles fissures devaient probablement constituer un nouvel aquifère discontinu, qu’il convenait de mettre en évidence.

 

La Compagnie de forage locale, sollicitée par nombre d’éleveurs inquiets pour leur troupeau, mobilisa deux échelons de forage et fit appel à un sourcier de Perth pour l’identification sur le terrain de sites favorables. Ce spécialiste, respecté localement, détectait les zones fissurées aquifères en se déplaçant, muni d’une baguette métallique en arc de cercle. Connaissant bien la région, il avait remarqué qu’en surface, nombre d’éoliennes se trouvaient au contact ou en bordure d’une zone de thalweg, d’une dizaine à une trentaine de mètres de large et de couleur brune, tranchant sur le fond clair de l’arène granitique.

Ces secteurs correspondent à des intrusions éruptives (diorite) au sein des pegmatites et granites qui, localement fracturés, représentent autant d’aquifères localisés potentiels. L’eau y est parfois salée mais les moutons australiens sont capables de boire, sans danger, de l’eau avec quatre grammes de sel par litre. Le sourcier sélectionnait donc les sites favorables davantage à partir de données d’observation rationnelles qu’au vu des mouvements de rotation de sa baguette. Celle-ci était activée dans le seul but de confiner un caractère ésotérique à une recherche conventionnelle et par là, d’impressionner ses clients. En cas de forage sec, ce n’était pas lui le responsable mais  la baguette ou le foreur.

Toutefois, l’implantation d’un forage restait délicate car, pour être productif, l’ouvrage devait traverser la zone fracturée humide, entre 30 m et 40 m de profondeur, au mur de la roche saine. Qu’un ouvrage soit décalé de quelques mètres seulement, et l’on restait soit dans la diorite plus ou moins altérée à passées argileuses brunes soit au sein de la pegmatite non fracturée. Dans les deux cas, le forage était négatif.

Parce qu’un forage avait recoupé une venue d’eau profonde, vers 70 m de profondeur, le sourcier en avait déduit qu’il fallait partout atteindre une centaine de mètres de profondeur, donnée immédiatement intégrée par le foreur, ravi de cette suggestion. En effet, le prix du mètre de forage dans une roche dure et compacte tenant compte de la lente pénétration de l’outil et de son usure rapide, est  sensiblement supérieur à celui du mètre de terrain tendre.

 

Tandis qu’il commençait à remonter le train de tiges, le foreur qui venait de réaliser trois trous successifs secs ou de débit insignifiant songea à améliorer le taux de succès de ses forages pour, à la fois, mériter la confiance d’un maximum d’éleveurs et toucher le bonus, perçu lorsque le débit de l’ouvrage atteignait 3 m3/h.

Avec un taux moyen de succès égal à 40%, la Compagnie ne perdait pas d’argent mais une optimisation des moyens de sélection des sites de forage paraissait nécessaire pour augmenter de façon significative ses bénéfices.

Ayant eu récemment connaissance de l’apport des mesures géophysiques effectuées pour mieux définir le contexte géologique des structures nickélifères et aurifères de la région de Kalgoorlie, le Directeur de la Compagnie de forage remercia le sourcier et s’attacha les services d’un géophysicien expérimenté et d’un technicien opérateur. L’équipe géophysique fut louée pour une période de deux mois, à titre de test, utilisant les méthodes magnétique et électrique.

 

Au niveau des intrusions éruptives (dykes), et perpendiculairement à leur allongement, le technicien procéda d’abord à des mesures du champ magnétique total sur deux profils, d’une centaine de mètres de long et distants entre eux de 150 m. La diorite étant nettement plus magnétique que la pegmatite, l’examen des résultats permit de définir avec précision les limites et la continuité latérale de chaque intrusion de diorite.

Puis, sur les deux mêmes profils, au pas de 5 mètres, assisté de deux manœuvres, il effectua des mesures de traîné électrique pour enregistrer les variations latérales de résistivité observées au passage de chacune des deux zones de contact lithologique. Ce passage est d’habitude matérialisé par une chute des valeurs de résistivités, associée à l’effet conjugué de la pegmatite fracturée et de l’argile d’altération de la diorite. De plus, la comparaison entre mesures magnétiques et électriques fournit une indication sur l’inclinaison des zones de contact, information précieuse pour implanter le forage du bon côté du filon.  

Enfin, à l’aplomb de l’anomalie conductrice la plus significative, un sondage électrique vertical fut effectué pour étudier les variations de la résistivité en fonction de la profondeur, dans les 60 premiers mètres de terrain, essentiellement. L’analyse sur le terrain de ces données conduisit le géophysicien à retenir le conducteur profond assimilé à une zone humide, plus ou moins chargée en sel, au sein de la pegmatite fracturée et à ignorer l’anomalie conductrice superficielle, liée au développement des argiles d’altération ou de l’arène sablo argileuse, sans intérêt du point de vue hydraulique.

Il lui fut également possible de préciser, à partir de quelle profondeur, la pegmatite saine devenait trop compacte pour être aquifère.

 

Le travail méthodique de l’équipe géophysique permit de recommander trois sites favorables de forage par jour. Le foreur, d’abord sceptique sur la méthodologie mise en œuvre, fut rapidement convaincu par le taux de succès qui doubla au bout d’une semaine de prospection. Les forages étaient arrêtés dans la pegmatite dure, entre 40 m et 50 m, lorsque, sur 6 mètres de haut (2 tiges de forage), la seule roche saine avait été traversée. L’avancée rapide de l’outil de forage dans les roches fissurées autorisa la réalisation de deux forages par jour, ce qui réduisit le temps d’attente des éleveurs, impatients de voir la machine de forage arriver sur leurs terres. Le débit moyen des forages était légèrement supérieur à 3 m3/h.

Les quelques forages négatifs offraient un débit inférieur à 1 m3/h ou produisaient une eau par trop salée mais le nombre d’ouvrages secs fut très faible.

 

A l’issue du premier mois de travail, le foreur, satisfait par le nombre de forages productifs, se déplaça plus au Sud, dans la région de Narrogin. Les fermiers désiraient irriguer leur terre juste après avoir semé leur blé sur des centaines d’hectares.

Les dykes de diorite étant ici plus rares, la prospection électrique fut axée sur les dépressions séparant les collines granitiques. En ces points bas, l’arène sableuse provenant de l’altération du granite peut atteindre une vingtaine de mètres d’épaisseur dont le tiers inférieur est le plus souvent aquifère.

Le toit du granite sain, imperméable, se trouvant à une profondeur réduite, de l’ordre de 25 m-30 m, il fut possible au foreur de réaliser trois forages par jour. Le taux de succès s’équilibra autour de 75% avec un débit  moyen de 2 m3/h.

A midi, la satisfaction des fermiers vis-à-vis des équipes géophysique et de forage s’exprima souvent par le don de crêpes, de lait et de gâteaux au miel, consommés sur le terrain.

 

Pendant la dernière semaine de travail, le foreur prétendit qu’un forage ayant atteint le granite sain à une trentaine de mètres et de débit 2 m3/h devait être poursuivi jusqu’à 50 m car le granite avait toute chance d’être encore fracturé ce qui ferait passer le débit au-dessus de 3 m3/h. Mais la dizaine de forages ainsi réalisés démentit cette assertion car un seul ouvrage vit son débit augmenter de 300 litres par heure.

 

A la fin du deuxième mois de prospection, le Directeur de la Compagnie de forage convoqua le géophysicien et lui dit : « je suis particulièrement satisfait de votre travail car 95 forages sur les 130 réalisés sont productifs. Ce résultat a considérablement accru la confiance des fermiers et de facto mon carnet de commande. Cependant, je n’ai pas l’intention de continuer avec vous. »

Surpris, le géophysicien répondit : « mais pourquoi, puisque vous avez accru vos bénéfices ? »

« C’est exact, de l’ordre de 15% et c’est à vous que je le dois », articula le Directeur qui ajouta : « le problème vient des foreurs. Avant votre arrivée, un seul forage était exécuté par jour, de profondeur moyenne 90 m dont plus de la moitié du métrage en roche dure. Nous trouvions moins d’eau qu’aujourd’hui mais cela était en partie compensé par le bonus roche dure, devenu systématique. De plus, une fois la machine installée, le foreur savait qu’il ne bougerait pas et qu’il pouvait donc organiser sa journée en incluant des pauses café et lunch. Aujourd’hui, l’avancement de l’outil en terrain fracturé ou aéré est rapide et la profondeur des ouvrages, inférieure à 40 m, ne me laisse pratiquement pas de bonus. »

Choqué par cette analyse, le géophysicien répliqua : «  Mais l’eau ! Avez-vous pensé aux fermiers, plus rapidement satisfaits, avec une eau plus abondante et moins chère, qui vous rapporte davantage ? » 

« Certes, j’en suis conscient », articula le Directeur. «  Mais il me faut tenir compte de la santé du foreur, stressé par le rythme des opérations de forage puisque avec son équipe, obligé de déplacer et réinstaller sa machine, une à deux fois par jour, il doit se contenter d’un sandwich, avalé à la hâte. Un mécanicien a menacé même de démissionner si le rythme actuel de forage se maintenait. »

« En quelque sorte, votre objectif prioritaire est le bien être de vos foreurs et l’argent que vous pouvez tirer au détriment de l’éleveur » souligna le géophysicien. « En sachant pertinemment qu’au-delà de 50 m de profondeur, vous forez dans du terrain compact et sain, avez-vous conscience que vous volez l’argent des fermiers ?

Esquissant un sourire, le Directeur répondit doctement « Vous savez, les fermiers d’ici sont fortunés et prêts à payer davantage pour obtenir l’eau qui leur fait défaut actuellement. Ils répercuteront sans doute ce coût sur la vente de leurs bêtes ou du grain. Ce sont des hommes d’affaire, comme moi, pas des mécènes ! » 

Tout était dit. Le géophysicien, écoeuré, se retira.

 

1 Stop, je n’ai plus d’argent !

 

 



 

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:00

Tournesol-2.jpg           

A l’aube du troisième millénaire, malgré la diversité des moyens d’information, la connaissance des phénomènes naturels qui modèlent notre environnement et interfèrent avec nos conditions d’existence, est loin d’être générale. Pour certains, les lois physiques ou biologiques ne sauraient tout expliquer et bon nombre d’évènements : sécheresse, subsidence, tremblement de terre… et comportements humains : colère, déprime… sont perçus comme la conséquence de causes encore mal définies voire irrationnelles (la soudaine et terrible tempête de décembre 1999 qui n’avait pas été prévue par Météo France, a été analysée par certains comme un avertissement divin).

 

C’est dans ce contexte peu cartésien qu’évoluent les sourciers, les radiesthésistes et autres devins rassemblés aujourd’hui sous l’appellation non contrôlée de géobiologues, praticiens « éclairés » dont l’art relève de la chimie, de la physique, de la biologie, de la botanique, de la géologie, de la géophysique, de l’astrophysique, de la médecine, de l’électronique et aussi… de la tradition. Comme il est difficile à un seul homme de bien comprendre et maîtriser autant de savoirs, les géobiologues ont « piqué » quelques principes et formules dans chacune des disciplines scientifiques précédentes et ont élaboré une sauce pseudoscientifique destinée à expliquer l’inexplicable et dont l’efficacité universelle se voudrait l’égal de la potion magique de Panoramix. J’entends par sourcier l’individu qui « identifie le lit d’une rivière souterraine et précise, sans hésitation aucune, la profondeur, le débit, la température et la qualité des eaux », toutes informations hautement fantaisistes.

 

La Géobiologie qu’est-ce donc ?

Pour Jean-Yves Gauchet du journal toulousain « Effervesciences » d’août 1996, c’est « l’art d’étudier les effets des forces cosmotelluriques sur l’environnement et les conséquences sur la santé des êtres vivants ». Il s’agit pour Guy Archambault, dans le journal Sycodes, information de juillet 1993, « d’une discipline moderne avec un double objectif : identifier les nuisances à l’intérieur comme à l’extérieur des locaux et rechercher les techniques et matériaux qui permettent de mettre en adéquation l’homme avec l’enveloppe dans laquelle il évolue ».

 

Pour Jean-Jacques Bréluzeau de Saint-Cloud (la Santé de l’Habitat), présent au salon 1999 de l’Environnement et du Cadre de vie, la Géobiologie permet « par des procédés et des techniques fiables, de neutraliser, dépolluer, dynamiser votre lieu de vie ou de travail, en éliminant les divers facteurs de nocivités qui agissent et perturbent l’organisme. Le rééquilibrage Biotique et la dynamisation Bioénergétique de votre environnement vont améliorer votre bien être et augmenter votre potentiel de vitalité. »

On aura compris que les nuisances se manifestent surtout là où vous passez le plus clair de votre temps : la maison et le bureau. L’origine de certaines nuisances et les solutions originales proposées par les géobiologues ont déjà fait l’objet d’un article* mais le grand nombre de textes publiés ces dernières années dans les journaux et la diversité toujours croissante des problèmes analysés puis résolus par ces spécialistes conduisent à les classer en trois catégories, en fonction de la nature de leurs prestations et de leur langage très représentatif de leur savoir-faire : l’amateur, le professionnel et le chercheur.

 

L’amateur

L’amateur est souvent quelqu’un de la campagne, sans aucune formation scientifique, qui prétend avoir découvert, seul ou avec des amis, qu’il était anormalement réceptif à la présence de minerai ou d’eau. Il est prolixe et s’exprime d’une manière qui va au-delà de la seule licence poétique. C’est le cas de Jean-Louis Masbou de Cajarc qui avoue être à la fois sourcier, radiesthésiste, magnétiseur et géobiologue, et être passé trois fois à FR3 (courrier personnel de février 1996). Il travaille avec un pendule et des baguettes et nous livre ici ses résultats : « J’entrais dans le domaine de la Géobiologie, non en ayant lu des ouvrages, mais comme ça, naturellement, en posant des questions à mon pendule : où est la zone nocive ?

 

* voir « Le géobiologue nouveau est arrivé ».

 

 A distance, sur un point que ma vision fixait à cet endroit, le pendule se mit à m’indiquer la zone nocive, au sud de mon habitation puis, à l’est ; je trouvais ensuite un rayon droit comme un rayon laser mais pas très large. Je ne savais pas alors qu’il s’agissait de deux choses bien distinctes : le réseau de Hartmann vertical et le courant tellurique horizontal… Il est à constater que ces rayons telluriques horizontaux sont très actifs en été, suite à l’assèchement du sol et des cavités fermées, remplies d’eau en hiver, mais qui se vident en été. A proximité de ces rayons, se trouvent des cristaux de quartz, de calcite ; or, que fait un cristal de quartz lorsqu’on le soumet à un léger courant électrique ? Il vibre. Cela expliquerait que des zones rectangulaires ou cercles vibreraient à un taux plus élevé à proximité de ces rayons, ce que certains disent se recharger en énergie. 

Il est vrai que j’ai constaté des cercles de 3 mètres de diamètre à 26 000 vibrations dans un rectangle de 15 m. sur 13 m. et, à côté, 9 000 vibrations de part et d’autre d’un courant tellurique horizontal de 2 gauss seulement. Une autre observation que j’ai pu constater est l’endroit que choisissent mes moutons pour aller se reposer : un endroit à 9 000 vibrations et non ailleurs, d’octobre à mai. Quant aux fourmis à ailes, elles subissent ces rayons magnétiques de préférence et ne sortent de terre que lorsque 4 gauss a baissé à 2 gauss et est devenu instable ; je constate aussi que ces fourmis ne sont pas sur le rayon mais à 70 centimètres de part et d’autre, donc en zone neutre ».

 

Pour trouver de l’eau, « les réseaux à 220, 230, 320, 420 mètres de profondeur », J.L. Masbou a développé une technique très personnelle qui lui garantit le succès : « les baguettes doivent se tenir antenne vers l’avant, dans l’alignement des épaules et l’espacement, sans penser à rien, en étant très détendu (neutre), la relaxation étant nécessaire pour être attentif aux réactions. Sur l’eau libre, en traversant perpendiculairement un courant, les baguettes se ferment. Dans tous les autres cas (eau dans une gaine PVC, conduite en fer, gaine électrique souterraine), elles se croisent sans atteindre la fermeture (courant tellurique, nœud en croix du réseau vertical de Hartmann) »

Si l’on sait qu’aucun instrument étalonné n’a pu mettre en évidence l’existence de ces ondes telluriques du réseau Hartmann, les pratiques mises en œuvre par ce géobiologue prêtent à sourire. 

 

Un autre sourcier, Jean-Louis Guiziou (cf. le Télégramme de Brest du 22 avril 1997) exerce en Bretagne, dans la région de Brest et affirme que « la sécheresse, ça n’existe pas ». Partout, on l’appelle au secours des légumes en péril et il revendique aujourd’hui une centaine de découvertes de rivières souterraines dans la région, sans compter une vaste campagne de lutte contre les insomnies « une orientation nord-sud ou est-ouest assure un sommeil nettement plus récupérateur, au même titre qu’un sommier en bois ; il convient aussi de préférer les oreillers bourrés de liège ». Utilisant de vulgaires baguettes de soudure et un boulon en guise de pendule, « utiliser le bois, ça n’est bon que pour les sources, on ne descend qu’à trente mètres » confie-t-il alors que lui « descend jusqu’à 180 mètres pour repérer les rivières souterraines . Pour calculer le débit au mètre cube près, il faut faire tourner le pendule. Plus il va vite, plus il y a de l’eau. Mais si ça tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, ça veut dire que c’est de l’eau morte, pourrie par les nitrates.

On estime que c’est le frottement de l’eau entre elle-même et le sol, qui crée un champ doué de propriétés électromagnétiques. Notre corps, composé à 72% d’eau, et en particulier notre cerveau (80% d’eau) est susceptible d’entrer en résonance avec ces champs, en particulier chez certains sujets plus sensibles ».

 

En général, l’activité de ces biogéologues amateurs, au cerveau aqueux, reste locale. On vient les trouver, ils opèrent et expliquent sur place la teneur de leurs résultats puis repartent avec un canard ou un lapin, après un bon apéro.

 

Le Professionnel

Le professionnel vit de ce qu’il raconte et écrit, se déplace dans toute la France et, éventuellement, assure des stages et conférences. Son champ d’activités est très large : toutes nuisances à partir des zones géopathogènes. Dans l’exposé de ses trouvailles, il se doit de répondre de façon relativement claire aux problèmes posés qui concernent principalement l’habitat. Par un savant dosage de lapalissades, de termes techniques, connus et inconnus (l’inconnu d’hier devient la vérité de demain), il va rassurer, étonner et convaincre du bien fondé de sa prestation et des résultats. Naturellement, il se fait payer, soit au temps passé, soit au forfait, et rajoute des frais de déplacement.

 

Ainsi, Paul Rostagnat, architecte honoraire, fondateur et président de l’association Habitat Vigilance, dans un article du Journal des Bâtiments et des TP, de fin mars 1998, voudrait susciter l’intérêt de la communauté scientifique pour la géobiologie. Son objectif est double : «  d’abord mettre en évidence les effets du lieu sur la santé d’un individu qui y séjourne de longs moments, puis, prendre en considération les données techniques et scientifiques actuelles concernant les matériaux de construction, l’influence des volumes et les champs d’énergie de toutes sortes.

Le phénomène énergétique lié au sol est incontestable : on peut localiser certains points qui semblent pomper l’énergie vitale, des points très localisés où l’individu perd son tonus musculaire sur-le-champ alors qu’à quelques mètres, il résiste parfaitement ».

Il s’agit là de préconiser une sorte d’acupuncture des sols et fondations. Il n’est pas fait mention de l’influence éventuelle des ondes électromagnétiques provenant d’émetteurs  et antennes relai.

 

Jean- Jacques Bréluzeau, dans son dépliant commercial, établit la liste des troubles générées par les ondes nocives dans l’habitat : cela va des pieds gelés au cancer en passant par la transpiration anormale et la sclérose en plaques. Les ondes proviennent des cours d’eau souterrains, failles géologiques, nappes phréatiques, galeries souterraines, gaz radon, pollutions électrique, électromagnétique et paranormale (mémoire des murs, présences…). La solution passe par la domothérapie et un rééquilibrage biotique des lieux.

Un rééquilibrage du portefeuille est sans doute assuré dans le même mouvement.

 

Un exemple de résultat indiscutable du savoir-faire des géobiologues professionnels est fourni par Jacques Barette de SOS Pollution Habitat, à Fillé-sur-Sarthe, dans l’attestation suivante, datée du 16 janvier 1997 : «  Suite à mon intervention en date du 04/12/1996, dans le logement de Madame X, situé au x, rue Vidal de la Blache – 75020 Paris, je soussigné Jacques Barette - Géobioloque (sic) certifie par la présente avoir constaté : un taux vibratoire à moins 30 au géodynamètre. Ceci étant constitutif à la présence en sous-sol d’une faille émettant du radon et une émission de 6.6, ceci étant en mesure de créer des problèmes énergétiques sur les différents plans vibratoires ».

Comment voulez-vous dormir dans votre logement, entre deux plans vibratoires ?

 

Parmi les géobiologues professionnels les plus actifs, citons Patrick Hérody qui se dit géologue et dont les activités d’escroc en hydrogéologie, plusieurs fois dénoncées dans la revue Géologues ont abusé nombre de communes en France.

 

 Ecrivant au maire d’une commune, P. Hérody lui annonce que, «  par photographie spectrale des sites et grâce à sa loi de fragmentation du globe en blocs précis, entre lesquels l’eau se concentre et circule, sans interruption », il a établi, pour la commune considérée,  « le Plan exact du sous-sol qui permet de « donner les failles d’eau, froide et chaude, les sources, à toutes les profondeurs et nombreuses à quelques mètres, les plans forts et faibles, les points souterrains d’alimentation et de fuite des rivières, ruisseaux, terrains ».

Le prix modéré de la prestation (3500 F soit 600 euros) et le caractère philanthropique de la demande (il s’agit d’une souscription de soutien à une Fondation géophysique qu’il préside), une bonne action en quelque sorte, ont abusé quelque 150 maires et conseillers municipaux. P. Hérody  ne dispose en fait que de deux plans distincts pour l’ensemble des communes !

 

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Le Chercheur

Le chercheur se caractérise par des idées novatrices voire révolutionnaires en géobiologie et les exprime de façon claire et concise. Il se fait payer parce qu’il faut bien vivre mais recherche davantage la reconnaissance de ses travaux. Mais écoutons l’un des chercheurs les plus éclairés, M. Zoulas-Zind, dont la pensée est rapportée dans le Courrier de l’Ouest du 3 novembre 1993 : « la géobiologie repose essentiellement sur des lois physiques qui sont loin d’être toutes connues. Contrairement à ce qu’avancent certains chercheurs, la science ne répond que très imparfaitement, sinon pas du tout, aux causes perturbatrices profondes qui sont d’origine subtile. Je travaille depuis de nombreuses années sur les champs de rayonnement subtils selon un protocole de recherche rigoureux. Leurs étonnantes propriétés, pratiquement encore inconnues, s’exercent dans tous les domaines de l’univers, donc de la vie…

J’ai soigné à plusieurs reprises des maisons bâties sur des terrains marécageux, imperméables mais asséchés. Pas le moindre soupçon de faille, de mouvements d’eau ou de radioactivité. Les maisons étaient vitalement à plat et épuisaient physiquement leurs habitants. Le rayonnement subtil mesuré en provenance du sol avait des paramètres qui le rendaient extrêmement nocif. Pour l’annihiler, il a fallu mettre en œuvre des procédés que la physique ignore totalement.

Confronté aux angoisses d’une châtelaine assommée toutes les nuits par des cauchemars qui cessaient dès qu’elle quittait sa luxueuse demeure, la seule réponse efficace que nous livre ce géobiologue « a consisté à diluer le rayonnement subtil des murs qui ont capté et mémorisé des évènements dramatiques qui s’étaient déroulés vraisemblablement sur les lieux, au cours des siècles ».

 

Il est vrai que la mesure des champs subtils des maisons et des lieux géographiques n’est pas à la portée de tout le monde et je regrette ici que M. Zoulas-Zind n’ait point parlé de son appareillage et des unités de mesure (en millisubtils sans doute).

 

Pour conclure, il faut reconnaître que les géobiologues sont plus nombreux aujourd’hui qu’il y a dix ans et que leur activité est inversement proportionnelle à la subtilité de leurs clients. Sauf les escrocs du genre P. Hérody, la plupart des géobiologues apparaissent comme des originaux, des pseudoscientifiques voire des fadas qui ne lèsent finalement que des victimes naïves et consentantes.

 

Le stress actuel des citadins (durant leurs déplacements, pendant le travail et en famille), la multiplication des problèmes liés à l’environnement (pollution des eaux, listériose…), à l’ogre informatique et à la crise économique, sont autant de facteurs de garantie d’une augmentation future du nombre de géobiologues et autres charlatans des sciences de la Terre.

 

Article publié dans Géologues N° 124, 2000

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Published by Hoursentut - dans géologie
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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 17:43

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De façon habituelle, le géologue utilise des modèles simples ou simplifiés par rapport à la réalité pour essayer de comprendre les phénomènes complexes observables à la surface du globe terrestre. La tectonique des plaques est venue détrôner le fossé géosynclinal dans la genèse des montagnes mais chaque concept avait et a le mérite d’être expliqué et perçu clairement à l’aide de quelques schémas.

La fontaine de Vaucluse ainsi que le geyser de Yellowstone trouvent une explication rationnelle sans qu’il soit nécessaire d’incriminer un quelconque rayonnement cosmique.

 

Aujourd’hui, certains qui se recommandent de la géologie et de la biologie- ils se dénomment géobiologues et font aussi appel à la physique et à la chimie – sont à même, non seulement d’expliquer un grand nombre de phénomènes naturels ou surnaturels, de manière plus ou moins compliquée ou originale, mais en plus, de permettre à tout un chacun d’en corriger ou annuler les effets néfastes.

 

Ils opèrent essentiellement dans l’Ouest de la France, le Maine et Loire, en particulier. Le Courrier de l’Ouest s’est fait périodiquement l’écho de leurs étonnantes découvertes.

Jugez en plutôt ! A propos de l’eau qui se trouve sous votre maison : si deux cours d’eau se croisent sous la maison, beaucoup d’électrons sont arrachés aux atomes et montent en spirale vers le cosmique (sic). Tout le champ magnétique de la pièce est perturbé. Voilà sans doute ce qui explique l’abandon des moulins à eau par les meuniers.

 

Deux ou trois heures sont ainsi nécessaires pour passer une maison au crible et le géobiologue détectera à tous coups, le courant d’eau de 4 mètres de large qui coule à 4 mètres sous la demeure en produisant 32 000 volts en négatif alors que la norme est de 300 à 1 000 volts, en positif. EDF serait ravie de récupérer cette énergie renouvelable.

 

Et encore : si vous avez la chance d’avoir des arbres, examinez les : un arbre penché témoignera d’un courant d’eau à son opposé, duquel il essaiera toujours de s’éloigner. On constate que sur des croisements de courants d’eau, les arbres sont tout tordus, végètent et peuvent même être atteints d’un cancer.

Il nous semblait qu’un très fort courant d’air était plus efficace pour pencher un arbre qu’un courant d’eau. Il y aurait donc plus de croisements d’eau sous une oliveraie niçoise que sous une peupleraie angevine ? Et que dire de ces karités ou tamariniers, plus nombreux et plus développés le long d’un linéament* africain, seul drain exploitable.

Alphonse Allais eût aimé ces arbres hydropathes s’éloignant à toute force des courants d’eau. Hélas, dans sa Normandie natale, le saule et l’aulne préfèrent tremper leurs racines dans les cours d’eau.

 

A propos des failles et galeries de tout genre : une faille, c'est-à-dire un vide entre deux morceaux de roche, généralement comblé par la terre, crée une pile avec son côté négatif et son côté positif qui ionise très durement. Jusqu’ici, rien d’original si ce n’est la formulation. La suite est intéressante : d’anciennes galeries de mine fermées, et donc sans courant d’air, sont également sujettes à ce phénomène. Mieux vaut une galerie ouverte, où la circulation d’air se fait librement (les mineurs de charbon sont d’accord), et de citer un exemple précis : un de mes clients avait fait boucher une galerie passant sous sa maison afin que ses enfants n’aillent pas dedans. Il s’est aperçu, peu de temps après, qu’il ne dormait plus. Il a débouché la galerie et tout est rentré dans l’ordre.

 

* faille majeure créée par intrusion de filon éruptif

 

Il en va de même avec les cheminées bouchées : vous avez du courant tellurique par-dessous et du courant cosmique par le haut. Il n’en faut pas plus pour que tout cela entre en vibration. Un phénomène analogue a été décrit, me semble-t-il, par Salvador Dali, au niveau du Centre du Monde, la gare de Perpignan, au plus fort de son inspiration picturale.

 

L’analyse physique de ce rayonnement vibratoire passerait par les réseaux de Hartmann – occultiste allemand du siècle dernier – inventeur de réseaux réguliers de courants neutroniques. Ainsi nous vivons tous sur une toile électromagnétique parfaitement mesurable : un filet dense aux lignes nord-sud, espacées de 2,50 m et est-ouest, de 2 m. Ces rayons là ne sont pas très nuisibles en eux-mêmes. Mais combinés à un champ vertical nocif (bourré d’ions lourds négatifs), ils produisent, au point précis de leur croisement, un véritable mur invisible de 21 cm d’épaisseur qui traverse tous les obstacles (bâtiments, meubles, être vivants). Ces rayons, des neutrons, sont environ au nombre de 65 millions par centimètre carré et par seconde. Si, au passage, ils vous arrachent un petit électron ou abîment quelques cellules, il va falloir que votre corps retravaille pour reconstituer cela, a rapporté le journaliste angevin.

Heureusement, les réseaux de Hartmann sont faciles à détecter. Il suffit de prendre une précaution : ne pas dormir sur leur trajet.

Faites donc lit à part ou dormez sur la tranche, et vous aurez plus de chances de passer à travers une maille de ce filet infernal.

 

Si la Géobiologie se veut une Science, elle est surtout appliquée. Un géobiologue compétent doit être très équipé : outre la boussole et le pendule, très utiles, il doit être capable de prendre toutes les mesures électriques, telluriques et radioactives possibles : par exemple la mesure de la charge électrostatique dans une pièce donnée, par mètre cube dans l’air ; ou celle de la radioactivité par microrad/heure. Il se rapproche par là du géophysicien mais ses domaines d’application sont très variés, le consacrant, pour un temps, architecte ou thérapeute médical.

 

Ainsi, le géobiologue conseille-t-il l’architecte : les architectures tourmentées, avec beaucoup d’angles rentrants et sortants sont parfois très à la mode, mais pas forcément indiquées. Mieux vaut souvent se fier à des formes simples, des carrés, des rectangles… et si possible en respectant le Nombre d’or*. Tout le monde ne le connaît pas, et pourtant, il est célèbre depuis les Celtes. Rien à voir avec la faucille d’or de Panoramix.

 

Mais laissons parler le géobiologue : en mesures françaises, le Nombre d’or* équivaut à 1,618 mètre. On ne sait pas pourquoi mais il émet des vibrations positives. On peut multiplier ce nombre par trois, par dix, si l’on veut ou bien le diviser par deux. Par exemple, une chambre de 3,2 m de côté est parfaite. Mais vous pouvez y ajouter, si vous le désirez, un quart de Nombre d’or, c'est-à-dire 0,4 m pour atteindre 3,60 m. Quant au plafond, l’idéal, c’est le nombre d’or plus la moitié, c'est-à-dire 2,4 m. Et là, vous avez des pièces idéales. Dans les maisons où les architectes ont respecté ces données, le résultat des mesures est sensationnel : on n’y relève pas ces champs de neutron, ils sont éliminés !

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Le maçon et le plâtrier ont aussi tout intérêt à consulter un géobiologue : dans la construction d’une maison, il faut à tout prix essayer d’utiliser des matériaux neutres : le parpaing, par exemple, est tout indiqué. Par contre, il y a des erreurs à éviter. Si vous montez des cloisons en placoplâtre, il faut éviter dans la mesure du possible, de les faire tenir par des ferraillages : dans ce cas, votre pièce devient vite une cage de Faraday ! Mieux vaut choisir des fixations en bois.

Et dire que cette même cage est censée protéger l’automobiliste par temps d’orage et que c’est à elle que l’on confie les détonateurs sismiques pendant leur transport !

 

* ce nombre, connu depuis l’Antiquité, est égal à : 1 + 5

                                                                                          2

 

Toujours à propos de construction : tout le monde, géologue ou pas, s’accorde pour dire que la construction d’une habitation sur des argiles, présente des risques (fissuration) car ce matériau à de fâcheuses tendances à fluer ou à se rétracter. Le géobiologue est d’accord mais pour une raison inattendue : la radioactivité. Si vous avez un sol très argileux, impénétrable, les rayons cosmiques et les atomes vont venir se heurter au sol et rebondir. En revanche, la partie supérieure d’un terrain sablonneux va les absorber et sera donc moins radioactive. C’est un élément à prendre en compte avant de faire construire.

Bientôt, peut-être, verra-t-on des panneaux : terrain viabilisé, libre de rayons cosmiques et atomes divers !

 

La Géobiologie, Science de l’Habitat, s’est également intéressée au bien être de l’agriculteur et, ce, bien avant les travaux du Giatt. Hartmann et son réseau sont en apparence mieux accueillis et compris que Sir Léon Brittan, chez ce viticulteur, géobiologue angevin.

Dans la vigne çà et là, des menhirs sentinelles sont fichés par le maître des lieux au tiers de la pierre, aux points précis où se doublent croisements de Hartmann et filets d’eau souterraine. Plantées à la convergence de ces forces telluriques et orientées comme il faut, ces pierres agissent sur la terre comme une aiguille d’acupuncture sur un être humain : elles purgent la négativité du sol et rétablissent l’harmonie tout autour. Nos ancêtres avaient découvert cela intuitivement. Les auras de ces pierres sont parfaitement mesurables : à six ou sept m du rayon du premier cercle d’un grand menhir, votre détecteur ne bronchera pas alors qu’à l’extérieur de ce cercle parfait, vous passerez immédiatement à 1 500 volts en négatif. Chacun peut faire l’expérience de stationner, immobile, dans l’emprise de cette aura : il y gagnera en quelques minutes une totale sérénité.

Le géobiologue est là, à coup sûr, un disciple du docteur Purgon ou Diafoirus.

  

Dans un genre voisin, il est vrai que les Japonais, scientifiques rigoureux et sans doute géobiologues sans le savoir, ont découvert que les radis devenaient plus gros et les melons plus sucrés lorsque était diffusée en serre, une musique de Mozart ou de Haydn.

 

Une autre découverte d’intérêt médical, celle-ci, concerne les méfaits du radon : le radon est un gaz plus léger que l’air, qui a une période de vie d’un peu plus de trois jours. Le problème, c’est qu’ensuite, il se transforme en émettant un rayonnement et donne naissance à des particules fines appelées descendants du radon. Ces particules, radioactives, elles aussi, se fixent sur les grains de poussière présents dans l’atmosphère. Par inhalation, elles peuvent créer des lésions aux cellules pulmonaires. Dans ce cas, on conseille aux gens de faire un sous-sol s’ils le peuvent, ou au moins un vide sanitaire ventilé qui permettra d’éliminer ce gaz plus léger que l’air.

Si l’on sait que le radon, issu du radium, est un gaz inerte radioactif, soluble dans l’eau et , en réalité, 7,5 fois plus lourd que l’air, il convient alors d’aménager le grenier comme vide sanitaire ou bien une terrasse ensoleillée plus favorable aux poumons qu’une cave humide.

 

Soyons sérieux. La Géobiologie et les géobiologues ne peuvent abuser que les esprits naïfs et sont à ranger dans le cortège des sorciers, gourous et charlatans réconciliant le Moyen Age et l’époque actuelle.

Leurs théories pseudo scientifiques s’appuient sur une dizaine de mots clefs du genre : cosmique, rayonnement, ionisation, radioactivité, vibration, positif ou négatif…autant de gri gri magiques. Il leur manque cependant la poésie du marabout africain.

Leurs honoraires, de l’ordre de 300 francs par heure (50 euros) auquel s’ajoute 1, 5 franc par kilomètre (25 centimes d’euro), pour frais de déplacement, sont modestes mais toutefois supérieurs à une séance de cirque ou même à une journée au parc Eurodisney.

 

Il est navrant de constater que le journaliste du Courrier de l’Ouest se soit laissé prendre au jargon pseudo scientifique d’un géobiologue local : son travail ne répond qu’à des lois physiques et des phénomènes bien concrets reconnus par la science. Quelle Science ?

C’est lorsqu’ils se posent en géobiologues et traitent des problèmes d’environnement que ces pseudo scientifiques sont les plus critiquables voire dangereux. A ce titre, leur action mérite d’être dénoncée.

 

Les relations de cause à effet, si originalement décelées par le géobiologue ne sont pas nouvelles comme le démontre l’analyse suivante faite par un papou, dans les années 1970.

Dans le cadre d’une prospection pétrolière, en Nouvelle Guinée, associant les méthodes de sismique réflexion et de gravimétrie, le technicien en charge des mesures gravimétriques travaillait seul, le long des profils sismiques, bien en avant des sismiciens (quelques kilomètres) qui utilisent la dynamite comme source sismique.

Entouré de trois papous, deux pour déplacer le matériel et la bouffe, le long du profil, un troisième pour enlever les sangsues sur les jambes du technicien,  celui-ci, en chaque station de mesure, mettait un œil dans l’œilleton du gravimètre posé au sol, pour lire une valeur sur une échelle graduée. Cette opération, toujours la même et répétée tout le long de la journée, intriguait fort les papous qui lui demandaient ce qu’il regardait dans l’œilleton. Agacé, le technicien leur confia qu’il cherchait à localiser le diable. Dès lors  toute question cessa et le gravimétricien crut déceler une certaine ironie à son encontre, au fil des jours, de la part des papous.

En réalité, leur analyse de la situation, propre à celle d’un géobiologue,  était claire : le technicien chassait le diable en tâchant de le localiser et les sismiciens cherchaient à le toucher pour l’anéantir à l’aide de la dynamite.

Sans doute les papous ont-ils conclu que les blancs étaient de bien mauvais chasseurs !

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