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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 09:33

   

Quand Dieu créa l’univers, il mit en place l’architecture céleste, plaçant au mieux galaxies et nébuleuses, augmentant ou diminuant l’intensité des champs magnétique et gravitationnel, et, en même temps, la vitesse de rotation des corps concernés. Distribuant également  lumière et ténèbres, il aménagea ensuite le paradis, zone immense mais finie, au sein de l’infini. Il y fit croître toutes sortes de plantes et végétaux et le peupla d’animaux, de son animal préféré, la petite coccinelle, au grand brachiosaure utilisé comme tondeuse à gazon.

 

Fatigué par cette tâche quelque peu répétitive, il se fit alors aider de deux anges, l’un, mathématicien rigoureux, Michael, l’autre, porte parole distrait, Gabriel, pour terminer l’aménagement des n coins de l’infini en positionnant étoiles, soleils, planètes, comètes et trous noirs.

 

Avant d’aller se reposer, le Tout Puissant prévint ses deux aides de suivre à la lettre quelques recommandations simples : éviter de fabriquer trop d’étoiles à neutrons et contrôler fréquemment la température du milieu interstellaire composé de gaz et de poussières.

 

Michael s’acquitta fort bien de la distribution des nouvelles galaxies s’appliquant à leur donner des formes elliptiques ou en spirales, avec bras ou barres traversant le bulbe central, comme le ferait un enfant avec son paillon à bulles. Il évita ainsi la collision de galaxies qui eut généré la colère du Tout Puissant, obligé de régler à nouveau l’équilibre du système comme nous le faisons à notre échelle (et souvent sur l’échelle), deux fois par an, pour mettre, à l’heure d’hiver, les horloges municipales.

 

Gabriel était particulièrement satisfait de son oeuvre de formation des étoiles géantes et brillantes, les supernovae. Il s’amusait à piéger la lumière dans les trous noirs ainsi que les gaz et poussières chaudes, lancées dans d’immenses tourbillons et attirées comme par un gigantesque aspirateur.

 

Mais ce faisant,  il ne se rendit pas compte que la température et la densité du milieu interstellaire augmentaient et que l’espace, se rétractant peu à peu, induisait la concentration de plusieurs galaxies en un seul et même point.

Il s’ensuivit  une énorme explosion, un Big Bang, dont l’effet se fit sentir jusque sur le nuage céleste où reposait l’Eternel. Levé en sursaut et aveuglé par des nuages  de matière et d’anti-matière, il dût faire appel à Eole  pour clarifier tout cela et apercevoir ses deux anges, les ailes couvertes de suie. Gabriel, sans voix, se fit passer un savon du feu de Dieu, avec ordre de réparer sa bêtise ou d’être déchu à jamais.

 

Celui-ci se trouva donc chargé de peupler les  nouvelles planètes ainsi créées par le Big Bang en commençant par une minuscule planète bleue, la Terre, qui miroitait au sein d’une allée d’étoiles blanches. Michael l’accompagna pour l’aider et corriger à temps toute erreur éventuelle.

Les deux anges avaient plein pouvoir pour loger au mieux le trop plein de végétaux et d’animaux du paradis et en particulier les taupes qui avaient la fâcheuse tendance à faire des trous dans les cumulus. Par ailleurs,  les fougères géantes commençaient à faire de l’ombre au Tout Puissant et bien qu’immortels car nourris par l’esprit divin, les gazelles et les gnous trouvaient que les lions les observaient d’un mauvais œil.

 

Arrivés sur Terre, nos deux anges constatèrent que la planète, encore fumante, était constituée de roches et d’eau et que tout restait à faire pour en rendre l’atmosphère vivable.

Se répartissant la tâche, Michael créa les espèces de grande dimension, mammouths, tyrannosaures ou séquoias tandis que Gabriel se cantonnait dans la fabrication d’êtres minuscules et difficiles à apercevoir depuis le ciel, les insectes en particulier.

En créant les poissons, il joua sur la forme, depuis la sole, plate, l’orphie aiguillette jusqu’au poisson globe. Puis, pour varier quelque peu, Michael fit apparaître les requins, les baleines et autres cétacés de grande taille pour permettre un bon brassage des eaux marines.

 

Gabriel, pris par le jeu de la vie  se mit à inventer les micro bestioles, bactéries, microbes et unicellulaires, organismes totalement invisibles depuis le ciel. Il s’amusa même à créer des éphémères, à durée de vie très courte.

Soucieux d’obtenir l’accord divin sur le travail déjà accompli, les deux anges renoncèrent à visiter les secteurs où régnait encore une chaleur trop intense, se promettant de revenir lorsque la Terre aurait quelque peu refroidi puis remontèrent au ciel.

 

Rendant compte au Tout Puissant de leurs travaux terrestres, celui-ci déclara que cela était un bon début. Mais quelque chose n’allait pas : la Terre étant une planète formée par erreur, son environnement ne bénéficiait pas de l’immortalité et les plantes et animaux finiraient par mourir. En réalité, le problème était double : sans manne céleste, les êtres vivants devaient chercher leur nourriture et comme mortels, ils étaient obligés de se reproduire d’une manière ou d’une autre avant de disparaître.

 

Après plusieurs essais infructueux, l’idée d’une ouverture aux deux bouts d’un tube digestif, plus ou moins tordu, fut adoptée pour l’ensemble de la gent animale. Pour laisser la place libre et du temps aux petits herbivores, Michael compliqua l’appareil digestif des plus gros, les forçant au repos pour ruminer.

 

Le fait d’être potentiellement mangé à tout moment par autrui renforçait la nécessité incontournable de la mise au point d’un moyen efficace de reproduction.

Michael pensa que les espèces les plus volumineuses ou protégées par une morphologie particulière, donc moins menacées par les prédateurs éventuels : les mammouths aux défenses puissantes, les tortues à carapace ou les carpes à écailles indigestes, vivraient plus longtemps et que leur reproduction pouvait être, un temps, différée. Par contre, pour les insectes, et les petites formes animales fragiles ou convoitées par les plus grosses, aussi bien dans l’air que dans l’eau, le besoin d’une reproduction quasi permanente se révélait indispensable.

 

Gabriel imagina d’emblée un système de multiplication par parthénogenèse qui se montra opérationnel pour les formes unicellulaires et peu élaborées.

Cependant, pour les êtres différenciés, devenus tous identiques, ce mode provoqua des disputes interminables et une accumulation d’individus grégaires, regroupés en masses inertes. Michael, plus rationnel, imagina de créer deux êtres semblables mais complémentaires avec organes de reproduction spécifiques. Il eut aussi l’idée lumineuse de les doter d’une petite glande à phéromones pour que mâle et femelle puissent se trouver, les jours de brouillard.

 

Gabriel se crut novateur en créant l’organe luminescent de la femelle du ver luisant mais Michael lui conseilla de stopper tout développement dans ce domaine car la Terre deviendrait plus lumineuse que le ciel et cela déplairait forcément au Très Haut.

 

Un premier test positif de reproduction, chez les lapins, conforta Michael dans cette approche bisexuelle. Mais il réduisit quelque peu la taille de la glande à phéromones pour que les animaux aient le temps de se nourrir. Par sécurité et en tenant compte d’un futur refroidissement climatique, il décida même que cette glande ne serait active que deux fois par an terrestre, pour l’ensemble des espèces.

 

Dans la généralisation du système, quelques boulettes faites par Gabriel échappèrent à l’œil exercé de son collègue : ainsi, le mâle du vers de Bonnellie, trente fois plus petit que sa femelle, n’eut d’autre choix que de se réfugier en parasite dans la néphridie de la femelle ; chez l’Argonaute, sorte de poulpe à huit bras et  nacelle de nacre (coquille), le mâle, vingt fois plus petit que la femelle, est handicapé puisqu’il ne possède qu’un bras, le bras copulateur qu’il doit abandonner à l’intérieur de la femelle.

Quant à la mante religieuse, Gabriel se trompa en mélangeant phéromones et piment d’Espelette si bien qu’en fin d’accouplement, le mâle est dévoré par la femelle.

Cependant, ces quelques ratés n’altérèrent pas l’humeur du Très Haut.

 

Sur Terre, certaines espèces proliféraient, les champignons, orties et rongeurs en particulier tandis que d’autres, les bouquetins, les grands pingouins et les prêles géantes végétaient.

Dieu décida alors de créer une espèce particulière adaptée aux règnes animal et  végétal existants qui, outre la nécessité de se nourrir et de se reproduire, saurait réguler le devenir des espèces terrestres. Il  le pourvut d’un crâne plus volumineux que chez les singes puis demanda à Michael d’en terminer l’ébauche. Ainsi le premier hominidé fut-il équipé de deux bras et de deux jambes puis redressé puisque Dieu le voulait à son image.

 

Adam et Eve

 

Se promenant au Paradis, ce nouvel homme louait Dieu, serrant la patte ou la tige de tous les êtres vivants rencontrés. En vue de son départ futur pour la Terre, Michael suggéra de le pourvoir d’un appareil génital moins encombrant que celui des caprins et de lui adjoindre une femelle.

Et Dieu créa la femme, accentuant les courbes et réduisant la pilosité comme le souhaitait l’homme. Pour permettre au couple de se multiplier et d’avoir un œil sur l’ensemble des espèces, il rendit la femme attirante et fertile de façon permanente, embellissant son visage et ses yeux, et par là, économisant une glande à phéronhomme ou phéronfemme, initiative judicieuse puisque cette première femme commençait déjà, sans permission, à cueillir les fleurs odorantes pour se parfumer.  

 

Partageant l’amour divin, tous deux étaient respectés par les espèces du paradis, le chien en particulier qui les suivait partout, mais le serpent, jaloux de cette félicité, sut piéger la femme avec une simple pomme d’api.

 

Très remonté contre le couple humain, Dieu le chassa aussitôt du paradis, lui confiant toutefois que, dans son immense générosité, l’Esprit Saint, aussi rapide que l’épervier sur Terre, serait là, prêt à l’aider s’il le désirait. Mais que l’homme prenne garde car, en cas de conduite démoniaque, lui, Dieu, seul créateur, serait forcé d’aller mettre de l’ordre sur Terre ou d’y déléguer son fils, pour un temps. Il y aurait alors des pleurs et des grincements de dents.

 

On sait aujourd’hui ce qu’il voulait dire par là!

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 13:38

ile aux tortues à NgazidjaDans les années 1980, un cyclone fit s’échouer le yacht d’un milliardaire américain sur un récif près des îles Marquises.

Les deux canots de sauvetage mis aussitôt à l’eau permirent à l’équipage et aux invités  d’atteindre sans encombre un îlot  corallien habité par quelques tortues et  crabes de cocotier.

 

Les vingt-sept rescapés, quadragénaires pour la plupart, appartenaient à neuf pays différents : France, Italie, Allemagne, Grèce, Angleterre, Bulgarie, Amérique du Nord, Japon et Irlande, avec une distribution miraculeusement égale : deux hommes et une femme représentant chaque nationalité.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, sur cet îlot perdu au milieu de l’Océan Pacifique et attendant un hypothétique bateau de secours, les naufragés s’organisèrent au mieux avec leurs rares effets ou matériels sauvés des eaux.

 

Au bout d’un mois, selon le pays d’origine, on a pu enregistrer les comportements suivants :

 

-          les 2 Français et la Française vivent heureux ensemble dans un ménage à 3 ;

-          un Italien a tué son compatriote pour n’avoir pas voulu partager l’Italienne ;

-          les 2 Allemands ont convenu d’un rythme hebdomadaire pour se rendre tour à tour auprès de l’Allemande ;

-          les 2 Grecs dorment ensemble et la femme Hellène lave et fait la cuisine pour eux ;

-          les 2 Anglais attendent que quelqu’un soit assez gentleman pour les présenter à l’Anglaise ;

-          les 2 Bulgares contemplent longuement l’océan sans fin ; l’un d’eux tourne vers la Bulgare un regard  lointain et les deux hommes se mettent à nager ;

 

-          les 2 Américains évaluent les côtés positifs du suicide car l’Américaine, au corps de reine, continue à se comporter comme une garce, la vraie nature du féminisme ; elle s’imagine faisant tout ce qu’ils sont capables de faire, avec le besoin de sentir qu’elle s’accomplit, qu’il existe une répartition égale des corvées domestiques ; elle pense que la présence combinée du sable et des palmiers la fait apparaître plus enrobée qu’elle n’est, que son dernier petit ami respectait ses idées et la traitait de manière plus galante qu’ils ne le font et que ses relations avec sa mère s’améliorent. Mais, au moins, ici, les taxes sont peu élevées et il ne pleut pas.

 

-          Les 2 Japonais ont envoyé un fax à Tokyo et attendent des instructions ;

-          Les Irlandais commencent à diviser l’île en un secteur nord et un secteur sud et mettent en place une distillerie. Ils ne se souviennent pas si le sexe fait partie du programme car une sorte de brume les enveloppe après les premiers litres de coco whisky. Cependant ils sont satisfaits parce que les Anglais n’y ont pas droit.

 

En conclusion, la Française ne s’en sort pas si mal.

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 10:19

 

 

 

 

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Dans les années cinquante, mon père prenait dix jours de vacances en septembre, pour aller à la chasse au perdreau en Anjou et voir ses parents qui avançaient en âge. Ma mère et mes deux frères, faisaient partie du voyage ainsi que la chienne, un pointer nommé Uhlan, qui tâchait de trouver sa place à l’arrière, au milieu des jambes des trois enfants. De Tarbes à Angers, la route est longue en Juva 4, une douzaine d’heures de nationale, bordée de pins et de platanes. A cette époque, l’école reprenait début octobre, après trois mois de vacances d’été bien méritées car les samedi entier étaient travaillés et il n’existait pas de vacances de demi trimestre.

 

J’accompagnais  mon père à la chasse, tenais le carnier et suivais le travail de la chienne. Marchant dans les champs de betteraves et de choux en faisant rouler sur les feuilles, les perles de rosée, je guettais le frrrrt annonçant l’envol successif des perdreaux rouges, la détonation du Darne, un fusil calibre 12, décoré de scènes de chasse, et repérais l’endroit de chute de l’oiseau. Du bout des doigts, je caressais voluptueusement les plumes ventrales, lancéolées, de l’oiseau encore chaud, avant de le ranger dans le carnier comme s’il n’était qu’endormi.

 

Contrepartie des sorties de chasse, nous rendions visite à nos tantes, oncles, cousins et cousines, dispersés entre Angers et Nantes, tous désireux de voir les petits cousins pyrénéens. Naturellement, dans le berceau du bien parler, nos expressions et notre accent du Sud-Ouest amusaient tout le monde. Je sentais confusément  que l’on nous faisait passer une sorte d’examen pour évaluer les effets d’une éducation dispensée en dehors de l’Anjou.

 

Mon grand-père, professeur de latin et grec, à l’Externat St Maurille, toujours très droit comme s’il attendait d’être pris en photo, nous tarabustait sur la liste des prépositions, des pronoms relatifs et des mots terminés par ou. Nous tachions de l’éviter mais l’avions considéré d’un autre oeil quand il s’était enfermé plus d’une heure dans les toilettes, avec Tintin au Congo, qu’une tante venait de nous offrir.

Ma grand-mère, une femme sainte et dévouée selon mon père, et qui avait élevé sept enfants, nous envoyait faire les commissions chez la boulangère et la crémière, deux bavardes dont la peau très blanche n’avait jamais dû voir le soleil. L’une des deux collectait les pièces de cinq francs, prix de la location d’une chaise, à la grand-messe paroissiale de Saint Joseph, procédure inconnue à Tarbes.

De mes deux tantes, chacune demandait, en aparté, laquelle des deux était la préférée. Les deux, répondais-je hypocritement pour conserver leurs bonnes grâces, matérialisées par quelques bonbons collants sortis d’une boite de fer blanc ou une pièce de monnaie qui me permettait d’acheter des planches de soldats à découper, au bazar du coin de la rue.

 

Lors d’une visite à mon oncle de Beaupréau, un médecin  chasseur et bon vivant, père de deux cousines du même âge que nous, 8 et 10 ans, nous eûmes le droit de jouer au jardin, sur une large pelouse bordée de quelques arbres fruitiers.

Après une série de colin-maillard et de rondes rythmées par « nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés », les cousines furent appelées pour leur leçon de piano et nous restèrent, tous trois, à explorer les lieux.  

En suivant le manège bruyant des moineaux, je découvris qu’un arbre, au fond du jardin était couvert de belles prunes violacées, beaucoup plus grosses que les prunes mangées jusqu’à ce jour. Nous décidâmes aussitôt d’y goûter puisque nous disposions d’une bonne heure avant le dîner.

Hubert, mon frère aîné, me fit la courte échelle pour me hisser jusqu’à la première branche maîtresse et je me débrouillai pour grimper jusqu’à un embranchement d’où je pouvais atteindre un grand nombre de fruits. Il grimpa à son tour en poussant un juron, arraché par le contact inamical de son genou avec le tronc rugueux, puis monta aussi haut que possible, le long d’une grosse branche.

Richard, mon jumeau, moins cascadeur, déclara qu’il les ramasserait par terre si on voulait bien secouer quelques branches pour en décrocher les fruits mûrs. Moins avide et pressé que nous, il avait trouvé quelques prunes tombées dans l’herbe, fruits plissés et plus ou moins blets, les plus goûteux en réalité.

 

Pendant les dix premières minutes, chacun entreprit de mordre goulûment et en silence dans toutes les prunes à sa portée, des bleue clair, encore fermes et à la peau soyeuse sous le soleil, des violacées molles et juteuses, souvent attaquées par les oiseaux, des bleue foncé, à peau lisse. Nous crachions les noyaux sans prendre la peine de les nettoyer à fond et en visant Richard à genoux dans l’herbe.

 

Après une halte qui nous permit, en nous repositionnant, de défatiguer nos mollets tendus par l’effort et d’échanger nos impressions sur les caractéristiques des prunes les meilleures : les oblongues bleu foncés et à plis, nous nous remîmes à cueillir et savourer chaque fruit en le choisissant soigneusement. Une ivresse, sorte d’euphorie digestive montait peu à peu et, avec elle, le besoin de parler de tout et de rien, des robes des cousines, des pronoms relatifs, d’Uhlan qui aurait adoré ces prunes. Un instant, le fou rire s’empara de nous en imaginant la tête de grand père allant dignement mais fermement à l’épicerie, changer le paquet de café en grain, déclaré imbuvable. Il ignorait qu’Hubert avait, la veille, ajouté une bonne dose de poivre noir aux grains de café restés dans le moulin.

 

Richard avait déjà abandonné la recherche de prunes dans l’herbe et, repus, nous rejoignîmes le sol. Je me sentis un peu lourd comme une grive saoulée de raisin et qui peine pour s’élever au-dessus des rangs de vigne. J’estimai à au moins soixante le nombre de prunes ingérées et baignai dans une béate satisfaction après cette razzia menée en terre étrangère.

 

Au repas du soir, je bus abondamment et pignochai dans les plats. Mon manque d’appétit fut mis au compte du changement d’air et des fatigues du voyage.

Notre tante nous montra nos chambres, une bleue pour Hubert et une verte pour les jumeaux et, après une brève toilette, nous nous endormîmes rapidement.

 

Dans la nuit, je fus réveillé par un mal de ventre, d’abord sourd et localisé puis aigu et mobile. Mon intestin était parcouru de contractions, d’un train d’ondes totalement incontrôlables, même en interrompant la respiration. Je cherchai une position de répit en repliant les genoux sous le ventre mais bientôt la douleur s’amplifia et le besoin d’aller aux toilettes se fit impérieux. Je me levai promptement, tachai de m’orienter dans le noir pour dénicher le commutateur mais en vain, trébuchai sur le lit de mon frère que j’enjambai de mon mieux et finis par agripper la poignée de la porte. Une fois dans le couloir et toujours dans l’obscurité, j’essayai de trouver la porte des toilettes mais la maison de l’oncle ne m’était pas familière et je pénétrai dans la cuisine. Au même moment, mon intestin trop longtemps contenu commença à se libérer et, dans ma précipitation pour retourner dans le couloir, je renversai un tabouret qui roula sur le carrelage. Bien que serrant les fesses, je ne pus m’empêcher de jouer au petit poucet, le long du couloir. Affolé et le souffle court, je tâtonnai fébrilement le long du mur lorsque la lumière jaillit et mon oncle, en pyjama rayé, alerté par le bruit, réalisa immédiatement en poussant un formidable « Animal cochon ! ». Saisi de honte, je balbutiai : « je n’ai pas trouvé les toilettes ». « La première porte à droite, peu dégourdi !» ajouta t-il. Je m’engouffrai dans les toilettes et y restai le temps qu’il faut, aidé de ma mère, levée en hâte pour réparer les dégâts. J’appris alors que le prunier donnait des quetsches, nom désormais gravé dans ma mémoire de gourmand précoce.

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 13:33

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Seul le camion rouge et blanc du Laboratoire de don du sang, avec son escalier d’accès, interrompait la continuité du regard, de la Place du Parlement au Grand Rond Boulingrin, à Toulouse. Il était dix heures et le soleil d’hiver éclairait doucement les deux alignements de platanes habillant les allées Jules Guesde.

Deux fois par an, en début d’année universitaire et avant les examens, le camion s’installait en face des Facultés de Médecine et de Pharmacie, faisant appel aux étudiants et professeurs pour un don de sang en faveur des accidentés de l’agglomération toulousaine.

 

Etudiant en Sciences Naturelles, j’empruntai ces allées qui conduisaient  au Laboratoire de Géologie, l’esprit encore occupé par la faune du Crétacé supérieur et la disparition énigmatique des Dinosaures, sujets probables d’une interrogation surprise, lorsque je manquai me heurter sur le trottoir à un homme jeune et basané, de type nord africain.

 

 Celui-ci, après un « Benjoure Missieu » poli, me demanda si je savais « où s’y trouvé  li  Biro di Plazma » ? Un peu décontenancé par cette demande, je me retournai, fis quelques pas pour dégager la vue sur le véhicule de don de sang, visible à une centaine de mètres de là, et lui dis : c’est là bas. Il suffit de monter le petit escalier, à l’arrière du camion et de frapper à la porte.

L’homme, quelque peu étonné, me remercia. J’accompagnai du regard sa marche dans la bonne direction, retraversai la route passante et entrai dans le hall de la Faculté, me dirigeant vers la salle de travaux pratiques de géologie.

 

Tout en dessinant la coupe géologique de la Montagne Noire, je repensai à mon immigré désireux de donner son sang et m’interrogeai sur sa motivation : faisait-il montre d’un haut sens civique car son sang d’immigré avait toutes les chances de sauver un bon français ? Ou voulait-il simplement bénéficier de la collation qui suivait le don de sang : un jus de fruit, un café et un sandwich, le tout destiné à se refaire des forces ?

Je penchai vers la deuxième hypothèse car ailleurs, à Haïti, les pauvres ne faisaient-ils pas la même chose pour quelques dollars sans que quiconque n’ y trouva à redire ?

 

Désireux d’avoir une opinion seconde, je racontai mon histoire d’immigré à mon collègue de table qui, me fixant soudainement, pouffa et s’exclama : ah !  ça, c’est la meilleure !

Habitué au parlé nord-africain puisque habitant la cité d’Empalot, il m’expliqua que l’immigré n’avait nulle envie de donner son sang mais cherchait simplement un emploi. Li biro di plazma n’était rien d’autre que le Bureau de Placement.

Atone, je réalisai dans l’instant mon erreur. Cela expliquait probablement l’air ahuri du bonhomme lorsque je lui montrais le camion de don de sang

A ses yeux, je m’étais sans doute comporté comme un sale raciste. Cette farce de mauvais goût était pourtant involontaire.

 

 

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 10:51

Lorsque Dieu créa Adam et Eve, personne ne chassait au Paradis, chaque espèce pouvant vaquer à ses occupations et se nourrir de lait, de miel ou de trèfle, denrées abondantes au sein de ce milieu naturel, divinement conçu. Après le mauvais tour joué par le serpent à l’homme, ce dernier fut envoyé sur terre pour se racheter pendant le temps qu’il plairait à Dieu. Cependant, magnanime, le Créateur crut bon, levant son index sur Eve, d’ajouter un gène de plus à sa descendance, le gène de la chasse,  pour permettre  à l’homme de résister à son nouvel environnement, plutôt hostile.

 

Au tout début, l’homme de Neandertal dût se cacher, essayant d’échapper aux bêtes sauvages, les observant puis les imitant dans leurs techniques de chasse et enfin,  apprenant progressivement et en petit groupe, à  les assommer ou les piéger dans des trous. Pour varier le menu fait de baies, de fruits et d’insectes, il se mit à manger de la viande, d’abord crue puis, à l’occasion de circonstances favorables (feux de brousse, volcanisme,..), cuite, état jugé autrement plus digeste.

 

Plus tard, maîtrisant le feu, l’os et le silex, Cro-Magnon fabriqua  épieux et sagaies et se vêtit de fourrures pour faire face aux épisodes glaciaires. Enfin, lorsqu’il sut utiliser le fer, le bronze et le cuivre, l’homo sapiens s’équipa d’épées, d’arbalètes et de fusils et c’est là que la chasse, nécessité vitale à l’origine, devint à la fois plaisir et loisir.

 

De son côté, Eve transformée en Diane, lassée de bander son arc et trop occupée par ses tâches de mère, pria alors son Adam de pourvoir, seul, à la nourriture de la famille.  Sous le nom de Pan, le dieu cornu et saboté de la nature et des bergers, il se mit à élever chèvres et moutons et se servit de son syrinx comme un appeau pour attirer les oiseaux sauvages et les sylphes.

Après l’épisode malheureux de Noé, quittant la barre de son arche zoo pour essayer de capturer la colombe au rameau d’olivier et s’échouant ainsi sur le haut fond du mont Ararat, la bible mentionne que Nemrod, le dieu chasseur, bâtit la tour de Babel suffisamment haute pour rester émergée dans le cas d’un nouveau déluge éventuel.

Sans doute pensait-t-il aussi pouvoir chasser tous les animaux fuyant les eaux et, du sommet de la tour, capturer les oiseaux en quête de perchoir.

 

Depuis Eve, la descendance humaine a conservé le gène de la chasse mais l’évolution et le hasard génétique l’ont quelque peu modifié si bien qu’aujourd’hui, l’analyse du génome des chasseurs a permis d’identifier trois types de praticiens et autant de comportements distincts : le chasseur social, le chasseur forcené et le chasseur dans l’âme ou passionné.

 

Chez le chasseur social, le gène chasse est isolé à l’extrémité du chromosome X, sous forme d’un point brillant rappelant l’extrémité de l’abdomen du vert luisant. Lors d’un prochain processus évolutif, il pourrait disparaître définitivement.

 

Le chasseur est dit social car il chasse comme d’autres jouent au golf ou montent à cheval. Il se reconnaît à sa tenue soignée, veste et pantalon de velours, petit foulard en soie autour du cou et chapeau tyrolien à plume. Quand il se déplace, un vague parfum de lavande ou de naphtaline l’accompagne.

Habitant d’habitude une ville moyenne à grande, il est Rotarien et prend une action de chasse pour la plaine et /ou le bois qu’il renouvelle tous les trois ans. C’est pour lui le meilleur moyen de rencontrer les représentants de l’Administration et des professions libérales de sa commune, inspecteur des impôts ou d’Académie, médecin, pharmacien, ingénieur des travaux publics. Peu passionné par la nature, ce qu’il sait sur la chasse, il l’a appris dans de  grands et beaux livres traitant de la légende de Saint Hubert, de la passion de Louis XIII pour la fauconnerie et de Charles X pour la vénerie. Il possède les ouvrages des maîtres : Blaze, Oberthur, feuilletés rapidement.

Il s’imagine volontiers représenté sur les tentures des chasses de Maximilien  et sur la Chasse au sanglier et aux ours de la tapisserie d’Arras.

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Le chasseur social ne chasse jamais seul, son objectif premier étant d’être vu et apprécié en tant que partenaire de commerce agréable, un vrai gentleman en quelque sorte.

En général, il ne possède pas de chien mais si cela lui apparaît comme un plus au sein de la société qu’il fréquente, ce sera un chien de race avec pedigree, chien d’arrêt le plus souvent, un pointer ou un braque, parfaitement dressé par un professionnel pour rester au pied et rapporter faisan ou perdreau, sur ordre. Si d’aventure, la chasse est écourtée pour quelque raison de force majeure : orage, foulure d’une cheville féminine, quota de pièces de gibier atteint, dégustation  agreste de Beaujolais nouveau, le chien saura retrouver tout seul la berline ou le 4X4 tout terrain de son maître. 

 

Autre élément de qualité de la panoplie : un fusil à platines, superposé de préférence, adapté à sa conformation, et un sac à cartouches en cuir de même marque que le carnier, sans oublier la canne chaise pliable, pour la battue ou le rabat.

Son habit ne saurait souffrir les ronces ou les jachères épineuses, c’est pourquoi, le chasseur social affectionne la battue,  en  plaine rase, empruntant les chemins ou se postant en lisière de bois pour tirer perdreaux et faisans. Pendant les déplacements, il sait se montrer prévenant envers les invités féminines, leur tenant la main lorsqu’elles doivent utiliser une échelle à barbelés ou écartant les ronces au niveau d’un ru étroit. Par contre, il ignorera parfaitement le paysan rencontré au détour d’un chemin car ne faisant pas partie de son monde.

 

Se conformant strictement aux directives données par le Président de chasse ou le garde, il attend le gibier et tire à bonne portée. Bon tireur car il s’est longuement entraîné au ball-trap, il ne tire que dans des conditions optimales pour décrocher le faisan ou culbuter le lièvre.

En compagnie d’un ou deux collègues, tout œil et toute ouïe sur le mirador, il apprécie aussi l’affût au sanglier ou au chevreuil, en forêt, les nuits de lune.

 

Prévenant lors du repas de chasse, il fait circuler les plats et évalue en connaisseur vins et alcools. Causant politique, économie et voyages sans dédaigner le calembour, le chasseur social sait nouer d’excellentes relations avec ses collègues de chasse.

 

A cette catégorie appartient également le chasseur de trophée qui va tirer le buffle ou le phacochère en République Centrafricaine ou au Sénégal. Utilisant une organisation internationale avec pignon sur rue, seul ou accompagné de quelques collègues fortunés, ce chasseur est traité comme un invité de marque, en excursion. Après une nuit passée dans un bungalow de brousse, il est conduit en véhicule 4x4  à proximité des animaux sélectionnés et repérés la veille. Il n’a plus qu’à suivre en silence le guide et presser la détente face à l’animal indiqué. Si nécessaire, un tireur local abattra discrètement l’animal, seulement blessé par le chasseur de luxe.

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Posters en couleur et trophée naturalisé orneront la salle d’attente du médecin ou le bureau du Directeur, devenus grands chasseurs, et renforceront les relations d’estime de la part  de leurs patients ou subordonnés.

 

Chez le chasseur forcené, se trouve bien ancré le concept de l’homme roi de la nature, considérant que tout ce que la terre produit a été créé pour lui, de droit divin. Le gène chasse est non seulement visible sur le chromosome X mais s’est aussi implanté sur le chromosome Y, au fil des mitoses, ce qui explique le pourcentage très élevé de chasseurs males dans cette catégorie et son autre appellation de chasseur bisomique.

Le forcené a comme but final la seule conquête du gibier,  revendu à l’occasion. Il chasse donc pour remplir son carnier et au-delà, sans restriction aucune, tirant sur tout ce qui bouge, plumes et poil. Impulsif, il est ainsi responsable de la plupart des accidents de chasse, au bois, et doit remplacer son chien, malencontreusement plombé, environ toutes les trois saisons. Il se reconnaît au nombre de cartouches tirées, plus de deux mille, chaque saison.

Le forcené n’est pas un chasseur mais un viandard  ou un flingueur, responsable des trous de balle et impacts visibles sur nombre de panneaux « Chasse gardée. »

Il possède un superposé calibre douze chambré à 76 mm et un magnum pour le tir de la sauvagine, au marais.

 

Lorsque le gibier s’est fait rare ou lorsqu’il a manqué plus que de coutume, ce tartarin aigri se rabat volontiers sur le pigeon domestique voire une hirondelle ou même un chat parti en vadrouille. Il ne dédaignera pas non plus le tir au sol de pouillards ou d’un levraut au gîte et il est le premier à parcourir la campagne après un lâcher de faisans.

 

Il se recrute davantage dans les professions du commerce et de l’alimentation et chasse en compagnie de 2 ou 3 collègues aussi forcenés que lui, parlant haut et vêtus d’un treillis militaire ou d’une tenue de camouflage avec casquette. Il n’a aucune retenue pour suivre un lièvre dans la Réserve ou y lever des faisans, en l’absence du garde fédéral. Un chien, épagneul ou cocker, fait partie de l’équipe et est chargé de retrouver les  oiseaux blessés ou de forcer les faisans au vol.

 

En plaine, on reconnaît ces chasseurs bisomiques à leur allure rapide, marchant en ligne à travers  chaumes et labours, à la manière des poilus de 14 quittant les tranchées.

Ce qui compte pour eux, c’est de couvrir un maximum d’espace pour y débusquer tous les gibiers présents : perdreaux, lièvres et faisans et faire un beau tableau. Lorsqu’ils ont levé une compagnie de perdreaux, ils échafaudent divers stratagèmes pour arriver à distance de tir, dans de bonnes conditions.

Mystifiés plusieurs fois dans les vignes et les choux par des oiseaux rusés, les forcenés, irrités, en arrivent même à les personnifier et les traitent successivement de voyous puis de salopards.

 

Dans l’action de chasse, le forcené n’est respectueux ni de la nature ni de l’environnement humain. Son passage reste matérialisé par un paquet vide de cigarettes ou de biscuits, un kleenex ou du papier toilette accroché aux ronces.

Coupant un barbelé ou couchant des pieds de maïs ou de sorgho, il pénètre, sans vergogne, à l’intérieur des propriétés et fermes pour y suivre un lièvre ou y exterminer le lapin, réfugié dans le bûcher.

S’arrêter un moment pour admirer les couleurs de l’Automne ou discuter avec un cultivateur lui est étranger car le temps, pour lui, c’est du gibier.

 

La femme du bisomique l’accompagne volontiers pour rendre moins pénible une éventuelle bredouille en ramassant des châtaignes, des pommes ou poires et en cueillant s’il y a lieu, du raisin ou des figues. Elle a préparé le repas de midi  à base de charcuterie et de fromage, arrosé par un cépage régional. Les sandwiches sont dévorés sur le terrain, près des voitures ou en bordure de bois, à l’ombre. Tout en se restaurant bruyamment, les forcenés mettent au point un plan de chasse, pour l’après midi,  favorisant  le mouvement tournant et l’envol du gibier vers l’un d’entre eux, convenablement posté.

 

Lorsque le vent du Nord, durcissant les labours, a commencé à pousser les vols de vanneaux vers le Midi, les chasseurs forcenés, éparpillés sur la plaine, se renvoient les vols effrayés qui finissent par prendre de la hauteur et quittent la plaine, zone de guerre. Il y a toujours plus d’oiseaux blessés et perdus que mis dans le carnier car tirés trop loin, avec du plomb zéro.

A la palombière, c’est le nombre d’oiseaux tués qui compte et le forcené est capable de tirer un ramier posé, à plus de cent mètres, avec des chevrotines.

Au poste, en attendant les vols de palombe, il s’exerce sur les palombes du Sénégal (corbeaux) et ne craint pas de tirer sur un épervier bien qu’espèce protégée.

 

A la différence du chasseur social qui a une connaissance très approximative des gibiers qu’il chasse, le forcené, tendu vers sa quête du nombre, connaît les mœurs de son gibier- il est abonné à une revue cynégétique et utilise Internet.

 

Il a parfois une approche rigoureuse voire scientifique qui le mène au succès.

Imaginez ainsi, dans le Gers, un bois d’environ deux hectares dont les grands arbres : chênes, châtaigniers et bouleaux ont presque tous été taillés à même hauteur. En lisière nord, dans l’axe de vol d’arrivée des ramiers, 4 à 5 gros chênes, non écimés, émergent et servent de reposoirs éventuels à des oiseaux attirés par des appelants convenablement placés sur raquettes.

En dessous, une galerie faite de genêts à balais et de fougères garantit un déplacement invisible des tireurs forcenés - une demie douzaine de gros commerçants de Toulouse - qui surveillent les hautes branches des chênes.

En queue de bois, des affûts sous forme de planchers installés dans les arbres et protégés de la vue des oiseaux par une barrière de faisceaux de bruyères sont occupés par quelques bons fusils (de fines gâchettes) qui tirent au vol les ramiers affolés après avoir essuyé du plomb, posés, en tête de bois.

Un épagneul breton, dissimulé par les fougères, attend immobile le signal pour aller récupérer les oiseaux désailés dans le sous bois et pâtures attenantes.

 

En attendant l’arrivée des vols annoncée par un sifflement d’un guetteur avec jumelles, imposant le silence total, rompu par les seuls roucoulements d’un tireur imitateur, les plaisanteries fusent, concernant surtout les femmes, absentes ici.

 

Une telle organisation est admirable d’efficacité mais il ne s’agit pas de chasse, de tir seulement, quelque chose d’un peu plus excitant qu’un tir de foire parce que les cibles sont vivantes et peuvent s’échapper.

Après une bonne journée de passage, la vue des 260 palombes, entassées dans des sacs de jute, fait toutefois davantage penser à une sorte d’opération de dépalombisation locale qu’à une partie de chasse.

Le seul moment convivial et de détente est le casse-croûte de fin de chasse, pris sur place et tiré des coffres de voiture. On y félicite les meilleurs tireurs et on oublie les ramiers pour parler politique, impôts, rugby, voitures du dernier salon, excès de vitesses et météo.

 

Le chasseur dans l’âme fait, comme le gibier, partie de la nature qu’il connaît et respecte beaucoup mieux que ses collègues des deux catégories précédentes qui le prennent pour un poète. Chez lui, le gène chasse est centré sur le chromosome X et n’a point muté depuis l’origine. Ce chasseur sait, après Darwin, que l’évolution des espèces l’a avantagé puisque lui-même n’est pas chassé et qu’il règne sur la gent animale mais ce règne est fait de découvertes, de protections et non d’oppressions.

 

L’amour inné de la nature du chasseur passionné est grandement favorisé par son habitat, à la campagne ou dans des agglomérations de taille raisonnable.

Dès la prime enfance, le déjà chasseur dans l’âme cherche à comprendre et toucher tout ce qui vit à proximité,  rapporte à la maison ou à l’école des escargots, des sauterelles, essaye d’attraper une piéride et se fait piquer par une abeille.

Il est triste à la vue de l’oiseau tombé du nid ou de la souris rudement patipulé par le chat.

 

A l’adolescence, à partir d’une branche en Y de noisetier et d’une chambre à air usagée de vélo, il fabrique une fronde avec laquelle il s’essaye au tir de bouteilles, d’oiseaux posés et en vol et aussi des poules du voisin, avec toutefois peu de succès. Ce faisant, il observe et nourrit sa passion de la découverte, apprend des rudiments de balistique et reconnaît les oiseaux à leur vol, sinusoïdal pour le pic vert, en escadrille chez les sansonnets, rapide et déconcertant chez la tourterelle.

Il dévore les livres de sciences naturelles et se plonge avec bonheur dans les récits de chasse, en France et en Afrique.

 

Toujours prêt à accompagner les chasseurs et amis de la famille, il frissonne avec eux à l’envol subit du perdreau. Porte carnier, il caresse longuement les plumes lancéolées du perdreau rouge et fait pisser le lièvre encore chaud, en admirant la bête. Il apprécie à la fois la simplicité et la complicité qui règnent entre les chasseurs.

 

A 16 ans, le permis en poche, un fusil à l’épaule, le chasseur passionné fait sa première ouverture dans les chaumes comme un adolescent s’installant au volant de sa première voiture.

Il contemple la plaine, sent l’odeur âcre des maïs et veut bien faire. Ses vêtements sont sans marque mais confortables pour le tir. Accompagné d’un ou deux chasseurs chevronnés, il pratique la chasse, devant soi, en compagnie d’un  chien. Celui-ci est plus qu’un auxiliaire précieux, c’est un compagnon dont il comprend ou accompagne le regard, qu’il gronde s’il bourre et félicite lorsqu’il retrouve et rapporte l’oiseau abattu.

 

Comme pour les autres types de chasseur, la recherche et la capture du gibier reste la finalité incontournable du chasseur dans l’âme mais il sait que la joie de la conquête du gibier est seulement le fruit de beaucoup d’efforts.

Fin août, il commence à chasser la caille et son chien est indispensable pour démêler les pistes et ruses de cette boule de plumes, préparée avec soin et mangée au bout du fusil tant la graisse exquise de l’oiseau peut se gâter avec les heures.

Plus tard, le départ en bouquet des perdrix grises  déconcerte et la seconde passée à choisir son oiseau l’a déjà mis à une trentaine de mètres. Seule une pratique assidue permettra au chasseur passionné d’éviter la bredouille.

 

En Alsace, à la passée aux canards et sarcelles, l’écoute des chuintements et sifflements d’ailes surgissant de l’obscurité naissante pour plonger vers les tas de drêches et radicelles d’orge de brasserie, crispe le cœur.

Le tir sur des oiseaux fantômes, plus sombres que la nuit, est une réponse à leur défi, réponse où le plaisir ne se mesure pas en nombre d’oiseau(x) abattu(s). L’oiseau qui a fait une orgie de grain est exquis dans l’assiette.

 

Le chasseur passionné marche lentement et silencieusement, s’arrêtant fréquemment, prêt à tirer le perdreau ou le lièvre s’enfuyant dans son dos.

Il ne court pas après le tableau et, lorsqu’il n’a rien vu ou manqué l’immanquable,  la bredouille n’altère pas son tempérament.

Il peut mettre en joue une grive musicienne à la cime d’un poirier sans appuyer sur la détente, ne pouvant assassiner ce maître chanteur.

 

Au sommet d’une colline, il s’arrête pour admirer la diversité des teintes d’un labour ou d’un chaume, prend le temps de cueillir une grappe de raisin et de mordre dans une pomme bec de lièvre, tombée au sol ou de ramasser quelques champignons ou châtaignes. C’est là qu’un capucin lui fausse compagnie sans pouvoir être tiré.

 

Attentif aux difficultés du monde agricole, le chasseur dans l’âme aime à discuter avec les agriculteurs car ils participent à la protection du gibier et connaissent ses remises. 

 

Dans les avants monts pyrénéens, à la Saint Luc, le chasseur passionné ne peut manquer la migration des ramiers. Cette passion - la palombite, une maladie, au dire des non chasseurs – vide les usines et conduit à vélo, en mobylette et en voiture une foule de lève-tôt dans les cols et les collines boisées, au poste ou à la palombière. Plus que le tableau, souvent aléatoire, ce sont les caractéristiques de cette chasse qui nourrissent la passion : le petit matin brouillardeux, le chien qui sait où il va, ballotté sur le porte bagage, la montée, souffle court jusqu’au poste, son fourbissage  rapide à l’aide de brandes et fougères fraîches, l’aube naissante, le café dans le thermos, les sandwiches, le chocolat et les biscuits, les bonnes blagues entre copains et surtout cette montée d’adrénaline lorsque les oiseaux approchent, le tir que l’on veut parfait, la chute éventuelle d’un oiseau désailé libérant la joie de la possession et du prochain salmis.

 

Lorsque les chasseurs, quel que soit leur génome, auront passé sur terre le temps de rachat jugé convenable par le Créateur, ils pourront, réunis dans un coin giboyeux du Paradis, évoquer, sans fin, leurs souvenirs de chasse  et évaluer alors leur félicité actuelle à l’aune de celle des parties de chasse terrestres.

 

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 10:44

macaque-au-zoo.jpg   

Dans les années 1960, revenant du restaurant universitaire du Commerce, j’empruntai la rue Ozenne, rue rose de Toulouse, qui donne sur les allées Jules Guesde, bordée par un espace vert, le Jardin Royal, dont l’entrée est gardée par deux Ginkgo Biloba magnifiques. L’un d’eux donne des fruits dorés à l’automne qui s’écrasent sur la chaussée devenue glissante. Bien mûrs, les fruits dégagent une odeur  repoussante rappelant la crotte de chien. Je m’arrêtai alors un moment pour jouir de la réaction de quelques passants, peu au fait de la botanique ou trop occupés par leurs pensées pour lever le nez. Avec une moue de dégoût, ils cherchaient à éviter les pulpes écrasées, maudissant intérieurement les maîtres indélicats, incapables de dresser convenablement leur animal domestique.

 

Avant de rejoindre ma chambre d’étudiant, rue Montplaisir, j’avais l’habitude de traverser les allées pour entrer au Jardin des Plantes, jardin quasi désert à la mi-journée, les Toulousains étant d’ordinaire  à table.

Outre des espèces d’arbres rares ou remarquables par leur taille, un cèdre du Liban en particulier, le jardin abritait quelques animaux  maintenus en cage, probablement pour éveiller la curiosité des enfants jouant, l’après midi, dans les espaces verts.

 

J’avais remarqué deux cages accolées, de taille modeste, l’une occupée par un renard, l’autre par un blaireau. Le renard passait son temps à faire les vingt pattes, toujours les mêmes, devant le grillage et la porte d’entrée comme s’il attendait quelqu’un pour l’aider à sortir de sa condition d’emprisonné. Son regard était lointain ne prêtant attention ni aux visiteurs  qui observaient son manège ni aux enfants qui voulaient arrêter son allure de robot à l’aide de biscuits poussés dans les trous du grillage.

 

Le blaireau, animal nocturne, se contentait de dormir et ne se levait que pour uriner ou jeter un coup d’œil dans sa gamelle pour y découvrir une carotte, des feuilles de choux ou des morceaux de pomme.

 

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Deux autres cages, de volume plus imposant et formant un petit bâtiment autonome hébergeaient deux singes, un mandrill et un macaque rhésus. Le mandrill, sorte de babouin armé de fortes canines  et comme déguisé avec son postérieur violacé et son nez rouge entouré de sillons bleus, était impressionnant. Plutôt placide, il se contentait de lever les babines par défi tout en dégustant une pomme sans se soucier des visiteurs. Cependant, il tendait volontiers une patte plutôt fine à travers les barreaux de sa cage pour y recevoir des arachides, des bonbons ou des morceaux de pain d’épices ou de chocolat.

 

Je trouvais le macaque beaucoup plus intéressant car toujours en éveil, les arcades sourcilières montant et descendant plusieurs fois de suite, signe de curiosité et d’intérêt vis-à-vis de tout ce qui l’entourait.

Tantôt couché sur une banquette de bois installée dans la partie haute, au fond de la cage, ou assis devant les barreaux, en quête d’arachides ou autres aliments, sucrés, il ne perdait rien de ce qui se passait dans son entourage.

 

Arrivant près du bâtiment des primates, je remarquai  que les cages étaient vides et nettoyées, à grande eau. Je pensai que les pensionnaires étaient peut-être chez le vétérinaire ou au pire en quarantaine, le singe étant réputé vecteur de nombreuses maladies.

Le lendemain, pas plus de singe mais, arrêté devant la cage du macaque, un jeune homme que je pris pour un employé du jardin, son visage ne m’étant pas inconnu. Je lui demandai s’il savait où se trouvaient les singes et il me précisa qu’ils avaient été probablement  transférés dans un autre jardin, probablement le zoo voisin de Plaisance du Touch.

Quant à la raison de cette mutation, il ne savait pas exactement mais pensait qu’il n’était pas étranger à ce départ. Pressé de satisfaire ma curiosité, il me dit qu’il était étudiant en éthologie et qu’en disciple de Konrad Lorenz, il avait testé pendant plusieurs semaines les réactions du macaque face à des situations inhabituelles.

Il se mit alors à me détailler la nature très spéciale des tests proposés au macaque :

Au début, je l’observai attentivement. Toutes sortes d’aliments, en partie consommés, ainsi que des excréments jonchaient le sol de sa cage, indiquant que son appétit n’était pas limité à la ration de pommes et de légumes dispensée par le jardin.

Je lui offris un jour un sachet de sucre à yaourt rapporté du restaurant universitaire. Il déchira le papier, goûta précautionneusement cette poudre blanche puis, renversant le sachet, engloutit le tout. Je l’avais vu agir de la sorte avec une cigarette et apprécier fortement le tabac. Un autre jour, il montra une grande habilité à peler une mandarine, puis à tirer sur les feuilles d’un artichaut cru pour les mâcher du bon côté.

 

Pour le tester plus avant, je lui apportai toutes sortes de chose qui ne le laissèrent jamais indifférent. Ainsi, un oignon manipulé et pelé brutalement déclencha des larmes qu’il essaya  d’essuyer avec ses pattes antérieures puis de sécher en faisant plusieurs tours de cage à grande vitesse.

 

Un samedi après midi, j’achetai à une vendeuse de bonbons un gros caramel dur, de ces caramels foncés, de section carrée 3 cm et d’épaisseur voisine de 1,5 cm, sorte de bloc sucré, difficile à trouver, aujourd’hui. J’en lançai un au macaque qui le lécha prudemment sur ses faces avant de le faire disparaître dans sa gueule.

Quelques secondes plus tard, tournant le dos, il grimpa sur sa banquette haute, gonflant les joues et tâchant d’ouvrir la bouche, assis en s’aidant de ses pattes antérieures. L’animal avait goulûment enfoncé deux canines opposées dans la masse du caramel et celui-ci, pas encore assez chaud et malléable, lui avait soudé les mâchoires, retenues prisonnières, pour un temps. Ce n’est qu’après plusieurs minutes d’effort assortis de crachouillis sourds  qu’il put ouvrir la gueule pour en extraire un morceau de caramel qu’il lécha longuement. 

 

Une autre semaine, pour tester son psychisme devant une situation inattendue, je lui donnai un premier sachet de sucre qu’il ouvrit avec précaution avant d’ingurgiter son contenu. Je lui donnai alors un second sachet identique qu’il déchira puis goûta rapidement d’un mouvement de langue avant d’avaler le tout. Un troisième sachet prit le même chemin, à la pleine satisfaction du gourmand. Je lui fis alors passer un dernier sachet identique aux précédents à l’exception d’un petit trou ménagé dans un coin ayant permis de remplacer le sucre par du sel.

Le macaque sans se poser de problème engloutit le contenu du sachet comme les trois précédents.

Cinq secondes plus tard, toutes arcades relevées, il ouvrit la gueule, tirant une langue rose qu’il fit aller et venir contre le palais avec un mouvement rapide comme pour la nettoyer.

 Il s’élança alors dans une série d’allers-retours entre sa banquette et les barreaux de sa cage puis, gueule ouverte, se précipita vers sa cuvette d’eau  qu’il vida d’un trait. Se redressant et avançant lentement vers le centre de la cage, il me considéra d’un air à la fois perplexe et provocateur.  Puis, se retournant lentement, d’un geste vif et précis, comme pour nettoyer les miettes sur une table, de dos, il m’expédia un bout de carotte et une crotte sèche qui passèrent à travers les barreaux et effleurèrent  mon cou. Très irrité, il regrimpa alors sur sa banquette et s’allongea sur le ventre, me faisant comprendre par une mimique agressive que ma présence l’insupportait.

 

Choqué par ces tests, j’interrompis le flot descriptif : ceci n’a rien d’éthologique ! Votre expérimentation, plutôt cruelle, n’apporte aucun élément scientifique sur le comportement de l’animal. Je ne le sens pas comme cela! rétorqua t-il. Fils d’agriculteur, j’ai l’habitude des animaux tenus en cage. L’animal malheureux est celui que l’on ignore et qui déprime dans son coin, comme l’humain d’ailleurs. Au contraire, stimulé, l’animal développe une défense qui l’aide à vivre. Mais, laissez-moi terminer avec les tests  qui ont sans doute motivé le départ du macaque, en pleine santé, grâce à moi !

 

Certains objets que je fis passer entre les barreaux de la cage, un tube de dentifrice ouvert ou un rouleau de scotch ne laissèrent indifférents ni l’animal ni le gardien car ce dernier multiplia ses rondes. En effet, maculé de dentifrice séché et ceinturé de papier collant adhérant fortement aux poils de l’abdomen et d’une patte, le macaque avait du être endormi au barbiturique pour procéder à un nettoyage en règle.

 

Habitué à mes visites, le macaque me repérait de loin même lorsque j’arrivais, vêtu différemment ou le visage dissimulé derrière un journal. Il m’adressait alors un regard menaçant en regagnant sa banquette et se tenant bien droit comme pour m’impressionner et m’indiquer que de nouveaux tests ne seraient pas les bienvenus.

 

 Après les fêtes du Grand Rond, un jeudi, alors jour de congé scolaire,  je retournai voir le macaque et vis de loin un groupe d’écoliers, plutôt bruyants, agglutinés devant la cage en compagnie de leur maître. Au plus près des barreaux, deux rangs d’enfants me cachaient l’animal, sans doute ravi de goûter un restant de bonbons de la fête et des cacahuètes.

Je m’approchai lentement des enfants lorsque le macaque m’aperçut. Levant les sourcils au ciel et claquant des dents, il recula d’un bond puis se retournant, nettoya le sol de sa cage, par un mouvement simultané des deux pattes antérieures. Excréments et reliquats alimentaires volèrent à travers les barreaux, atteignant plusieurs enfants et leur maître, surpris par cette attaque inattendue et poussant des cris d’effroi. Assourdi par les cris des enfants, le macaque alla se réfugier sur sa banquette tandis que je m’éclipsai.

Cet incident dut être rapporté à la Direction du Jardin car une semaine plus tard, la cage du macaque était vide.

 

Lui précisant qu’en Angleterre de tels tests l’auraient conduit en prison pour un bon moment, il me salua d’un geste rapide et vida les lieux d’un pas pressé.

 

Sans doute n’a-t-il pas été le seul étudiant en éthologie à tester les réactions des animaux du jardin des plantes de Toulouse, car on n’y rencontre plus la moindre cage aujourd’hui.

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:00

Tournesol-2.jpg           

A l’aube du troisième millénaire, malgré la diversité des moyens d’information, la connaissance des phénomènes naturels qui modèlent notre environnement et interfèrent avec nos conditions d’existence, est loin d’être générale. Pour certains, les lois physiques ou biologiques ne sauraient tout expliquer et bon nombre d’évènements : sécheresse, subsidence, tremblement de terre… et comportements humains : colère, déprime… sont perçus comme la conséquence de causes encore mal définies voire irrationnelles (la soudaine et terrible tempête de décembre 1999 qui n’avait pas été prévue par Météo France, a été analysée par certains comme un avertissement divin).

 

C’est dans ce contexte peu cartésien qu’évoluent les sourciers, les radiesthésistes et autres devins rassemblés aujourd’hui sous l’appellation non contrôlée de géobiologues, praticiens « éclairés » dont l’art relève de la chimie, de la physique, de la biologie, de la botanique, de la géologie, de la géophysique, de l’astrophysique, de la médecine, de l’électronique et aussi… de la tradition. Comme il est difficile à un seul homme de bien comprendre et maîtriser autant de savoirs, les géobiologues ont « piqué » quelques principes et formules dans chacune des disciplines scientifiques précédentes et ont élaboré une sauce pseudoscientifique destinée à expliquer l’inexplicable et dont l’efficacité universelle se voudrait l’égal de la potion magique de Panoramix. J’entends par sourcier l’individu qui « identifie le lit d’une rivière souterraine et précise, sans hésitation aucune, la profondeur, le débit, la température et la qualité des eaux », toutes informations hautement fantaisistes.

 

La Géobiologie qu’est-ce donc ?

Pour Jean-Yves Gauchet du journal toulousain « Effervesciences » d’août 1996, c’est « l’art d’étudier les effets des forces cosmotelluriques sur l’environnement et les conséquences sur la santé des êtres vivants ». Il s’agit pour Guy Archambault, dans le journal Sycodes, information de juillet 1993, « d’une discipline moderne avec un double objectif : identifier les nuisances à l’intérieur comme à l’extérieur des locaux et rechercher les techniques et matériaux qui permettent de mettre en adéquation l’homme avec l’enveloppe dans laquelle il évolue ».

 

Pour Jean-Jacques Bréluzeau de Saint-Cloud (la Santé de l’Habitat), présent au salon 1999 de l’Environnement et du Cadre de vie, la Géobiologie permet « par des procédés et des techniques fiables, de neutraliser, dépolluer, dynamiser votre lieu de vie ou de travail, en éliminant les divers facteurs de nocivités qui agissent et perturbent l’organisme. Le rééquilibrage Biotique et la dynamisation Bioénergétique de votre environnement vont améliorer votre bien être et augmenter votre potentiel de vitalité. »

On aura compris que les nuisances se manifestent surtout là où vous passez le plus clair de votre temps : la maison et le bureau. L’origine de certaines nuisances et les solutions originales proposées par les géobiologues ont déjà fait l’objet d’un article* mais le grand nombre de textes publiés ces dernières années dans les journaux et la diversité toujours croissante des problèmes analysés puis résolus par ces spécialistes conduisent à les classer en trois catégories, en fonction de la nature de leurs prestations et de leur langage très représentatif de leur savoir-faire : l’amateur, le professionnel et le chercheur.

 

L’amateur

L’amateur est souvent quelqu’un de la campagne, sans aucune formation scientifique, qui prétend avoir découvert, seul ou avec des amis, qu’il était anormalement réceptif à la présence de minerai ou d’eau. Il est prolixe et s’exprime d’une manière qui va au-delà de la seule licence poétique. C’est le cas de Jean-Louis Masbou de Cajarc qui avoue être à la fois sourcier, radiesthésiste, magnétiseur et géobiologue, et être passé trois fois à FR3 (courrier personnel de février 1996). Il travaille avec un pendule et des baguettes et nous livre ici ses résultats : « J’entrais dans le domaine de la Géobiologie, non en ayant lu des ouvrages, mais comme ça, naturellement, en posant des questions à mon pendule : où est la zone nocive ?

 

* voir « Le géobiologue nouveau est arrivé ».

 

 A distance, sur un point que ma vision fixait à cet endroit, le pendule se mit à m’indiquer la zone nocive, au sud de mon habitation puis, à l’est ; je trouvais ensuite un rayon droit comme un rayon laser mais pas très large. Je ne savais pas alors qu’il s’agissait de deux choses bien distinctes : le réseau de Hartmann vertical et le courant tellurique horizontal… Il est à constater que ces rayons telluriques horizontaux sont très actifs en été, suite à l’assèchement du sol et des cavités fermées, remplies d’eau en hiver, mais qui se vident en été. A proximité de ces rayons, se trouvent des cristaux de quartz, de calcite ; or, que fait un cristal de quartz lorsqu’on le soumet à un léger courant électrique ? Il vibre. Cela expliquerait que des zones rectangulaires ou cercles vibreraient à un taux plus élevé à proximité de ces rayons, ce que certains disent se recharger en énergie. 

Il est vrai que j’ai constaté des cercles de 3 mètres de diamètre à 26 000 vibrations dans un rectangle de 15 m. sur 13 m. et, à côté, 9 000 vibrations de part et d’autre d’un courant tellurique horizontal de 2 gauss seulement. Une autre observation que j’ai pu constater est l’endroit que choisissent mes moutons pour aller se reposer : un endroit à 9 000 vibrations et non ailleurs, d’octobre à mai. Quant aux fourmis à ailes, elles subissent ces rayons magnétiques de préférence et ne sortent de terre que lorsque 4 gauss a baissé à 2 gauss et est devenu instable ; je constate aussi que ces fourmis ne sont pas sur le rayon mais à 70 centimètres de part et d’autre, donc en zone neutre ».

 

Pour trouver de l’eau, « les réseaux à 220, 230, 320, 420 mètres de profondeur », J.L. Masbou a développé une technique très personnelle qui lui garantit le succès : « les baguettes doivent se tenir antenne vers l’avant, dans l’alignement des épaules et l’espacement, sans penser à rien, en étant très détendu (neutre), la relaxation étant nécessaire pour être attentif aux réactions. Sur l’eau libre, en traversant perpendiculairement un courant, les baguettes se ferment. Dans tous les autres cas (eau dans une gaine PVC, conduite en fer, gaine électrique souterraine), elles se croisent sans atteindre la fermeture (courant tellurique, nœud en croix du réseau vertical de Hartmann) »

Si l’on sait qu’aucun instrument étalonné n’a pu mettre en évidence l’existence de ces ondes telluriques du réseau Hartmann, les pratiques mises en œuvre par ce géobiologue prêtent à sourire. 

 

Un autre sourcier, Jean-Louis Guiziou (cf. le Télégramme de Brest du 22 avril 1997) exerce en Bretagne, dans la région de Brest et affirme que « la sécheresse, ça n’existe pas ». Partout, on l’appelle au secours des légumes en péril et il revendique aujourd’hui une centaine de découvertes de rivières souterraines dans la région, sans compter une vaste campagne de lutte contre les insomnies « une orientation nord-sud ou est-ouest assure un sommeil nettement plus récupérateur, au même titre qu’un sommier en bois ; il convient aussi de préférer les oreillers bourrés de liège ». Utilisant de vulgaires baguettes de soudure et un boulon en guise de pendule, « utiliser le bois, ça n’est bon que pour les sources, on ne descend qu’à trente mètres » confie-t-il alors que lui « descend jusqu’à 180 mètres pour repérer les rivières souterraines . Pour calculer le débit au mètre cube près, il faut faire tourner le pendule. Plus il va vite, plus il y a de l’eau. Mais si ça tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, ça veut dire que c’est de l’eau morte, pourrie par les nitrates.

On estime que c’est le frottement de l’eau entre elle-même et le sol, qui crée un champ doué de propriétés électromagnétiques. Notre corps, composé à 72% d’eau, et en particulier notre cerveau (80% d’eau) est susceptible d’entrer en résonance avec ces champs, en particulier chez certains sujets plus sensibles ».

 

En général, l’activité de ces biogéologues amateurs, au cerveau aqueux, reste locale. On vient les trouver, ils opèrent et expliquent sur place la teneur de leurs résultats puis repartent avec un canard ou un lapin, après un bon apéro.

 

Le Professionnel

Le professionnel vit de ce qu’il raconte et écrit, se déplace dans toute la France et, éventuellement, assure des stages et conférences. Son champ d’activités est très large : toutes nuisances à partir des zones géopathogènes. Dans l’exposé de ses trouvailles, il se doit de répondre de façon relativement claire aux problèmes posés qui concernent principalement l’habitat. Par un savant dosage de lapalissades, de termes techniques, connus et inconnus (l’inconnu d’hier devient la vérité de demain), il va rassurer, étonner et convaincre du bien fondé de sa prestation et des résultats. Naturellement, il se fait payer, soit au temps passé, soit au forfait, et rajoute des frais de déplacement.

 

Ainsi, Paul Rostagnat, architecte honoraire, fondateur et président de l’association Habitat Vigilance, dans un article du Journal des Bâtiments et des TP, de fin mars 1998, voudrait susciter l’intérêt de la communauté scientifique pour la géobiologie. Son objectif est double : «  d’abord mettre en évidence les effets du lieu sur la santé d’un individu qui y séjourne de longs moments, puis, prendre en considération les données techniques et scientifiques actuelles concernant les matériaux de construction, l’influence des volumes et les champs d’énergie de toutes sortes.

Le phénomène énergétique lié au sol est incontestable : on peut localiser certains points qui semblent pomper l’énergie vitale, des points très localisés où l’individu perd son tonus musculaire sur-le-champ alors qu’à quelques mètres, il résiste parfaitement ».

Il s’agit là de préconiser une sorte d’acupuncture des sols et fondations. Il n’est pas fait mention de l’influence éventuelle des ondes électromagnétiques provenant d’émetteurs  et antennes relai.

 

Jean- Jacques Bréluzeau, dans son dépliant commercial, établit la liste des troubles générées par les ondes nocives dans l’habitat : cela va des pieds gelés au cancer en passant par la transpiration anormale et la sclérose en plaques. Les ondes proviennent des cours d’eau souterrains, failles géologiques, nappes phréatiques, galeries souterraines, gaz radon, pollutions électrique, électromagnétique et paranormale (mémoire des murs, présences…). La solution passe par la domothérapie et un rééquilibrage biotique des lieux.

Un rééquilibrage du portefeuille est sans doute assuré dans le même mouvement.

 

Un exemple de résultat indiscutable du savoir-faire des géobiologues professionnels est fourni par Jacques Barette de SOS Pollution Habitat, à Fillé-sur-Sarthe, dans l’attestation suivante, datée du 16 janvier 1997 : «  Suite à mon intervention en date du 04/12/1996, dans le logement de Madame X, situé au x, rue Vidal de la Blache – 75020 Paris, je soussigné Jacques Barette - Géobioloque (sic) certifie par la présente avoir constaté : un taux vibratoire à moins 30 au géodynamètre. Ceci étant constitutif à la présence en sous-sol d’une faille émettant du radon et une émission de 6.6, ceci étant en mesure de créer des problèmes énergétiques sur les différents plans vibratoires ».

Comment voulez-vous dormir dans votre logement, entre deux plans vibratoires ?

 

Parmi les géobiologues professionnels les plus actifs, citons Patrick Hérody qui se dit géologue et dont les activités d’escroc en hydrogéologie, plusieurs fois dénoncées dans la revue Géologues ont abusé nombre de communes en France.

 

 Ecrivant au maire d’une commune, P. Hérody lui annonce que, «  par photographie spectrale des sites et grâce à sa loi de fragmentation du globe en blocs précis, entre lesquels l’eau se concentre et circule, sans interruption », il a établi, pour la commune considérée,  « le Plan exact du sous-sol qui permet de « donner les failles d’eau, froide et chaude, les sources, à toutes les profondeurs et nombreuses à quelques mètres, les plans forts et faibles, les points souterrains d’alimentation et de fuite des rivières, ruisseaux, terrains ».

Le prix modéré de la prestation (3500 F soit 600 euros) et le caractère philanthropique de la demande (il s’agit d’une souscription de soutien à une Fondation géophysique qu’il préside), une bonne action en quelque sorte, ont abusé quelque 150 maires et conseillers municipaux. P. Hérody  ne dispose en fait que de deux plans distincts pour l’ensemble des communes !

 

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Le Chercheur

Le chercheur se caractérise par des idées novatrices voire révolutionnaires en géobiologie et les exprime de façon claire et concise. Il se fait payer parce qu’il faut bien vivre mais recherche davantage la reconnaissance de ses travaux. Mais écoutons l’un des chercheurs les plus éclairés, M. Zoulas-Zind, dont la pensée est rapportée dans le Courrier de l’Ouest du 3 novembre 1993 : « la géobiologie repose essentiellement sur des lois physiques qui sont loin d’être toutes connues. Contrairement à ce qu’avancent certains chercheurs, la science ne répond que très imparfaitement, sinon pas du tout, aux causes perturbatrices profondes qui sont d’origine subtile. Je travaille depuis de nombreuses années sur les champs de rayonnement subtils selon un protocole de recherche rigoureux. Leurs étonnantes propriétés, pratiquement encore inconnues, s’exercent dans tous les domaines de l’univers, donc de la vie…

J’ai soigné à plusieurs reprises des maisons bâties sur des terrains marécageux, imperméables mais asséchés. Pas le moindre soupçon de faille, de mouvements d’eau ou de radioactivité. Les maisons étaient vitalement à plat et épuisaient physiquement leurs habitants. Le rayonnement subtil mesuré en provenance du sol avait des paramètres qui le rendaient extrêmement nocif. Pour l’annihiler, il a fallu mettre en œuvre des procédés que la physique ignore totalement.

Confronté aux angoisses d’une châtelaine assommée toutes les nuits par des cauchemars qui cessaient dès qu’elle quittait sa luxueuse demeure, la seule réponse efficace que nous livre ce géobiologue « a consisté à diluer le rayonnement subtil des murs qui ont capté et mémorisé des évènements dramatiques qui s’étaient déroulés vraisemblablement sur les lieux, au cours des siècles ».

 

Il est vrai que la mesure des champs subtils des maisons et des lieux géographiques n’est pas à la portée de tout le monde et je regrette ici que M. Zoulas-Zind n’ait point parlé de son appareillage et des unités de mesure (en millisubtils sans doute).

 

Pour conclure, il faut reconnaître que les géobiologues sont plus nombreux aujourd’hui qu’il y a dix ans et que leur activité est inversement proportionnelle à la subtilité de leurs clients. Sauf les escrocs du genre P. Hérody, la plupart des géobiologues apparaissent comme des originaux, des pseudoscientifiques voire des fadas qui ne lèsent finalement que des victimes naïves et consentantes.

 

Le stress actuel des citadins (durant leurs déplacements, pendant le travail et en famille), la multiplication des problèmes liés à l’environnement (pollution des eaux, listériose…), à l’ogre informatique et à la crise économique, sont autant de facteurs de garantie d’une augmentation future du nombre de géobiologues et autres charlatans des sciences de la Terre.

 

Article publié dans Géologues N° 124, 2000

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 17:43

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De façon habituelle, le géologue utilise des modèles simples ou simplifiés par rapport à la réalité pour essayer de comprendre les phénomènes complexes observables à la surface du globe terrestre. La tectonique des plaques est venue détrôner le fossé géosynclinal dans la genèse des montagnes mais chaque concept avait et a le mérite d’être expliqué et perçu clairement à l’aide de quelques schémas.

La fontaine de Vaucluse ainsi que le geyser de Yellowstone trouvent une explication rationnelle sans qu’il soit nécessaire d’incriminer un quelconque rayonnement cosmique.

 

Aujourd’hui, certains qui se recommandent de la géologie et de la biologie- ils se dénomment géobiologues et font aussi appel à la physique et à la chimie – sont à même, non seulement d’expliquer un grand nombre de phénomènes naturels ou surnaturels, de manière plus ou moins compliquée ou originale, mais en plus, de permettre à tout un chacun d’en corriger ou annuler les effets néfastes.

 

Ils opèrent essentiellement dans l’Ouest de la France, le Maine et Loire, en particulier. Le Courrier de l’Ouest s’est fait périodiquement l’écho de leurs étonnantes découvertes.

Jugez en plutôt ! A propos de l’eau qui se trouve sous votre maison : si deux cours d’eau se croisent sous la maison, beaucoup d’électrons sont arrachés aux atomes et montent en spirale vers le cosmique (sic). Tout le champ magnétique de la pièce est perturbé. Voilà sans doute ce qui explique l’abandon des moulins à eau par les meuniers.

 

Deux ou trois heures sont ainsi nécessaires pour passer une maison au crible et le géobiologue détectera à tous coups, le courant d’eau de 4 mètres de large qui coule à 4 mètres sous la demeure en produisant 32 000 volts en négatif alors que la norme est de 300 à 1 000 volts, en positif. EDF serait ravie de récupérer cette énergie renouvelable.

 

Et encore : si vous avez la chance d’avoir des arbres, examinez les : un arbre penché témoignera d’un courant d’eau à son opposé, duquel il essaiera toujours de s’éloigner. On constate que sur des croisements de courants d’eau, les arbres sont tout tordus, végètent et peuvent même être atteints d’un cancer.

Il nous semblait qu’un très fort courant d’air était plus efficace pour pencher un arbre qu’un courant d’eau. Il y aurait donc plus de croisements d’eau sous une oliveraie niçoise que sous une peupleraie angevine ? Et que dire de ces karités ou tamariniers, plus nombreux et plus développés le long d’un linéament* africain, seul drain exploitable.

Alphonse Allais eût aimé ces arbres hydropathes s’éloignant à toute force des courants d’eau. Hélas, dans sa Normandie natale, le saule et l’aulne préfèrent tremper leurs racines dans les cours d’eau.

 

A propos des failles et galeries de tout genre : une faille, c'est-à-dire un vide entre deux morceaux de roche, généralement comblé par la terre, crée une pile avec son côté négatif et son côté positif qui ionise très durement. Jusqu’ici, rien d’original si ce n’est la formulation. La suite est intéressante : d’anciennes galeries de mine fermées, et donc sans courant d’air, sont également sujettes à ce phénomène. Mieux vaut une galerie ouverte, où la circulation d’air se fait librement (les mineurs de charbon sont d’accord), et de citer un exemple précis : un de mes clients avait fait boucher une galerie passant sous sa maison afin que ses enfants n’aillent pas dedans. Il s’est aperçu, peu de temps après, qu’il ne dormait plus. Il a débouché la galerie et tout est rentré dans l’ordre.

 

* faille majeure créée par intrusion de filon éruptif

 

Il en va de même avec les cheminées bouchées : vous avez du courant tellurique par-dessous et du courant cosmique par le haut. Il n’en faut pas plus pour que tout cela entre en vibration. Un phénomène analogue a été décrit, me semble-t-il, par Salvador Dali, au niveau du Centre du Monde, la gare de Perpignan, au plus fort de son inspiration picturale.

 

L’analyse physique de ce rayonnement vibratoire passerait par les réseaux de Hartmann – occultiste allemand du siècle dernier – inventeur de réseaux réguliers de courants neutroniques. Ainsi nous vivons tous sur une toile électromagnétique parfaitement mesurable : un filet dense aux lignes nord-sud, espacées de 2,50 m et est-ouest, de 2 m. Ces rayons là ne sont pas très nuisibles en eux-mêmes. Mais combinés à un champ vertical nocif (bourré d’ions lourds négatifs), ils produisent, au point précis de leur croisement, un véritable mur invisible de 21 cm d’épaisseur qui traverse tous les obstacles (bâtiments, meubles, être vivants). Ces rayons, des neutrons, sont environ au nombre de 65 millions par centimètre carré et par seconde. Si, au passage, ils vous arrachent un petit électron ou abîment quelques cellules, il va falloir que votre corps retravaille pour reconstituer cela, a rapporté le journaliste angevin.

Heureusement, les réseaux de Hartmann sont faciles à détecter. Il suffit de prendre une précaution : ne pas dormir sur leur trajet.

Faites donc lit à part ou dormez sur la tranche, et vous aurez plus de chances de passer à travers une maille de ce filet infernal.

 

Si la Géobiologie se veut une Science, elle est surtout appliquée. Un géobiologue compétent doit être très équipé : outre la boussole et le pendule, très utiles, il doit être capable de prendre toutes les mesures électriques, telluriques et radioactives possibles : par exemple la mesure de la charge électrostatique dans une pièce donnée, par mètre cube dans l’air ; ou celle de la radioactivité par microrad/heure. Il se rapproche par là du géophysicien mais ses domaines d’application sont très variés, le consacrant, pour un temps, architecte ou thérapeute médical.

 

Ainsi, le géobiologue conseille-t-il l’architecte : les architectures tourmentées, avec beaucoup d’angles rentrants et sortants sont parfois très à la mode, mais pas forcément indiquées. Mieux vaut souvent se fier à des formes simples, des carrés, des rectangles… et si possible en respectant le Nombre d’or*. Tout le monde ne le connaît pas, et pourtant, il est célèbre depuis les Celtes. Rien à voir avec la faucille d’or de Panoramix.

 

Mais laissons parler le géobiologue : en mesures françaises, le Nombre d’or* équivaut à 1,618 mètre. On ne sait pas pourquoi mais il émet des vibrations positives. On peut multiplier ce nombre par trois, par dix, si l’on veut ou bien le diviser par deux. Par exemple, une chambre de 3,2 m de côté est parfaite. Mais vous pouvez y ajouter, si vous le désirez, un quart de Nombre d’or, c'est-à-dire 0,4 m pour atteindre 3,60 m. Quant au plafond, l’idéal, c’est le nombre d’or plus la moitié, c'est-à-dire 2,4 m. Et là, vous avez des pièces idéales. Dans les maisons où les architectes ont respecté ces données, le résultat des mesures est sensationnel : on n’y relève pas ces champs de neutron, ils sont éliminés !

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Le maçon et le plâtrier ont aussi tout intérêt à consulter un géobiologue : dans la construction d’une maison, il faut à tout prix essayer d’utiliser des matériaux neutres : le parpaing, par exemple, est tout indiqué. Par contre, il y a des erreurs à éviter. Si vous montez des cloisons en placoplâtre, il faut éviter dans la mesure du possible, de les faire tenir par des ferraillages : dans ce cas, votre pièce devient vite une cage de Faraday ! Mieux vaut choisir des fixations en bois.

Et dire que cette même cage est censée protéger l’automobiliste par temps d’orage et que c’est à elle que l’on confie les détonateurs sismiques pendant leur transport !

 

* ce nombre, connu depuis l’Antiquité, est égal à : 1 + 5

                                                                                          2

 

Toujours à propos de construction : tout le monde, géologue ou pas, s’accorde pour dire que la construction d’une habitation sur des argiles, présente des risques (fissuration) car ce matériau à de fâcheuses tendances à fluer ou à se rétracter. Le géobiologue est d’accord mais pour une raison inattendue : la radioactivité. Si vous avez un sol très argileux, impénétrable, les rayons cosmiques et les atomes vont venir se heurter au sol et rebondir. En revanche, la partie supérieure d’un terrain sablonneux va les absorber et sera donc moins radioactive. C’est un élément à prendre en compte avant de faire construire.

Bientôt, peut-être, verra-t-on des panneaux : terrain viabilisé, libre de rayons cosmiques et atomes divers !

 

La Géobiologie, Science de l’Habitat, s’est également intéressée au bien être de l’agriculteur et, ce, bien avant les travaux du Giatt. Hartmann et son réseau sont en apparence mieux accueillis et compris que Sir Léon Brittan, chez ce viticulteur, géobiologue angevin.

Dans la vigne çà et là, des menhirs sentinelles sont fichés par le maître des lieux au tiers de la pierre, aux points précis où se doublent croisements de Hartmann et filets d’eau souterraine. Plantées à la convergence de ces forces telluriques et orientées comme il faut, ces pierres agissent sur la terre comme une aiguille d’acupuncture sur un être humain : elles purgent la négativité du sol et rétablissent l’harmonie tout autour. Nos ancêtres avaient découvert cela intuitivement. Les auras de ces pierres sont parfaitement mesurables : à six ou sept m du rayon du premier cercle d’un grand menhir, votre détecteur ne bronchera pas alors qu’à l’extérieur de ce cercle parfait, vous passerez immédiatement à 1 500 volts en négatif. Chacun peut faire l’expérience de stationner, immobile, dans l’emprise de cette aura : il y gagnera en quelques minutes une totale sérénité.

Le géobiologue est là, à coup sûr, un disciple du docteur Purgon ou Diafoirus.

  

Dans un genre voisin, il est vrai que les Japonais, scientifiques rigoureux et sans doute géobiologues sans le savoir, ont découvert que les radis devenaient plus gros et les melons plus sucrés lorsque était diffusée en serre, une musique de Mozart ou de Haydn.

 

Une autre découverte d’intérêt médical, celle-ci, concerne les méfaits du radon : le radon est un gaz plus léger que l’air, qui a une période de vie d’un peu plus de trois jours. Le problème, c’est qu’ensuite, il se transforme en émettant un rayonnement et donne naissance à des particules fines appelées descendants du radon. Ces particules, radioactives, elles aussi, se fixent sur les grains de poussière présents dans l’atmosphère. Par inhalation, elles peuvent créer des lésions aux cellules pulmonaires. Dans ce cas, on conseille aux gens de faire un sous-sol s’ils le peuvent, ou au moins un vide sanitaire ventilé qui permettra d’éliminer ce gaz plus léger que l’air.

Si l’on sait que le radon, issu du radium, est un gaz inerte radioactif, soluble dans l’eau et , en réalité, 7,5 fois plus lourd que l’air, il convient alors d’aménager le grenier comme vide sanitaire ou bien une terrasse ensoleillée plus favorable aux poumons qu’une cave humide.

 

Soyons sérieux. La Géobiologie et les géobiologues ne peuvent abuser que les esprits naïfs et sont à ranger dans le cortège des sorciers, gourous et charlatans réconciliant le Moyen Age et l’époque actuelle.

Leurs théories pseudo scientifiques s’appuient sur une dizaine de mots clefs du genre : cosmique, rayonnement, ionisation, radioactivité, vibration, positif ou négatif…autant de gri gri magiques. Il leur manque cependant la poésie du marabout africain.

Leurs honoraires, de l’ordre de 300 francs par heure (50 euros) auquel s’ajoute 1, 5 franc par kilomètre (25 centimes d’euro), pour frais de déplacement, sont modestes mais toutefois supérieurs à une séance de cirque ou même à une journée au parc Eurodisney.

 

Il est navrant de constater que le journaliste du Courrier de l’Ouest se soit laissé prendre au jargon pseudo scientifique d’un géobiologue local : son travail ne répond qu’à des lois physiques et des phénomènes bien concrets reconnus par la science. Quelle Science ?

C’est lorsqu’ils se posent en géobiologues et traitent des problèmes d’environnement que ces pseudo scientifiques sont les plus critiquables voire dangereux. A ce titre, leur action mérite d’être dénoncée.

 

Les relations de cause à effet, si originalement décelées par le géobiologue ne sont pas nouvelles comme le démontre l’analyse suivante faite par un papou, dans les années 1970.

Dans le cadre d’une prospection pétrolière, en Nouvelle Guinée, associant les méthodes de sismique réflexion et de gravimétrie, le technicien en charge des mesures gravimétriques travaillait seul, le long des profils sismiques, bien en avant des sismiciens (quelques kilomètres) qui utilisent la dynamite comme source sismique.

Entouré de trois papous, deux pour déplacer le matériel et la bouffe, le long du profil, un troisième pour enlever les sangsues sur les jambes du technicien,  celui-ci, en chaque station de mesure, mettait un œil dans l’œilleton du gravimètre posé au sol, pour lire une valeur sur une échelle graduée. Cette opération, toujours la même et répétée tout le long de la journée, intriguait fort les papous qui lui demandaient ce qu’il regardait dans l’œilleton. Agacé, le technicien leur confia qu’il cherchait à localiser le diable. Dès lors  toute question cessa et le gravimétricien crut déceler une certaine ironie à son encontre, au fil des jours, de la part des papous.

En réalité, leur analyse de la situation, propre à celle d’un géobiologue,  était claire : le technicien chassait le diable en tâchant de le localiser et les sismiciens cherchaient à le toucher pour l’anéantir à l’aide de la dynamite.

Sans doute les papous ont-ils conclu que les blancs étaient de bien mauvais chasseurs !

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Published by Hoursentut - dans géologie
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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 13:17

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Il était une fois une hirondelle non-conformiste qui décida de ne pas accompagner ses congénères,  plein sud, pour échapper à la rigueur de l’hiver. Cependant, peu de temps après cette décision, il fit si froid qu’elle s’envola tout de même, à regret, vers le Sud.

Mais rapidement de la glace vint à se former sur ses ailes et presque gelée, elle tomba sur le sol, dans une cour de ferme.

Une vache qui passait par là déféqua et, une bouse atterrit sur la petite hirondelle. Celle-ci pensa  qu’elle allait mourir mais la bouse fraîche la réchauffa et dégela ses ailes ; du coup, réchauffée, heureuse et capable de respirer, elle se mit à chanter.

 

Juste à ce moment, vint à passer un gros chat qui entendit le gazouillis de l’hirondelle et se mit à chercher d’où cela pouvait venir. Le chat fouilla la bouse avec sa patte, trouva l’oiseau qui gazouillait et le mangea  tout de go.

 

Cette histoire contient trois enseignements :

 

1 – celui qui vous recouvre de caca n’est pas forcément un ennemi ;

 

2 – celui qui vous sort du caca n’est pas forcément votre ami ;

 

3 – si vous êtes au chaud et heureux dans un tas de caca, continuez à vous taire.

 


 

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Published by Hoursentut - dans Humour
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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 13:40

Bonjour, ami lecteur,

 

Les textes présentés ici sont liés en majorité à des missions géologiques ou géophysiques réalisées un peu partout dans le monde entre 1970 et 2005.

D'autres textes font appel à des souvenirs d'enfance, passés à la campagne ou la montagne d'où le côté naturaliste du récit.

 

J'espère vous faire oublier un instant la morosité économique actuelle.

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Published by OverBlog - dans Idées
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