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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 15:22

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Parce qu’un forage minier coûte cher, il est d’usage de localiser l’emplacement jugé le plus favorable à l’aide de mesures géologiques et géophysiques plus ou moins sophistiquées qui ne sont pas toutes neutres vis-à-vis de l’environnement mais évite de réaliser plusieurs forages négatifs.

 

Avant l’utilisation du GPS, les mesures de distance sur le terrain étaient effectuées à l’aide d’un topofil, instrument comprenant un compteur mécanique  associé à une bobine de 2500 mètres de fil de coton blanc résistant  que l’on déroule en marchant. Le fil abandonné sur place, dans une prairie, et sur quelques centaines de mètres fut brouté par une vache du Maine-et-Loire. Le fil passa en entier dans l’estomac du bovin qui n’eût la vie sauve qu’avec l’intervention du vétérinaire, libérant le bonnet d’un écheveau volumineux de coton mêlé à de l’herbe.

 

Une autre vache, limousine celle-là, n’eût pas cette chance lorsqu’elle s’avisa de mâchouiller un câble d’injection de courant lors de mesures de polarisation induite. Les quelques ampères l’immobilisèrent sur place, tétanisée et pour un compte définitif. Naturellement, la compagnie de prospection, assurée pour ces dégâts collatéraux, indemnisa l’éleveur.

 

Le cas du stress causé à un taureau de Mayenne, lors d’une prospection électrique, apparaît a priori comme moins évident mais jugez-en plutôt : un prospecteur et deux manœuvres s’acquittaient de mesures de potentiel dans une friche en déroulant du câble électrique, à partir d’une bobine de bakélite montée sur un chevalet de bois avec manivelle de déroulage. Dans le pré voisin séparé de la friche par une haie basse d’épineux, doublée de deux rangs de barbelés se tenait un taureau, à la robe fauve, quelque peu argentée par la rosée matinale.

Impassible au début, l’animal finit par s’approcher de la haie, sans doute intrigué par le crissement ou le couinement émis par la bobine à chaque tour de manivelle. Habitué à la curiosité manifestée chez les chevaux par le grincement aigu de la bobine sur son axe, rappelant vaguement un hennissement, le technicien n’avait jusqu’à présent noté que de l’indifférence de la part des bovins.

 

Le taureau regarda fixement la bobine en mouvement puis le technicien, fit quelques pas à gauche puis à droite comme pour trouver un passage dans la haie. S’éloignant ensuite, il fit demi-tour et s'approcha de la haie, l’œil inexpressif. Ce petit manège dura une dizaine de minutes, le grincement plaintif paraissant agacer l’animal, rendu de plus en plus nerveux.

 

Alors que l’équipe finissait d’enrouler le câble avant de se déplacer sur le profil de mesures voisin, le taureau, s’étant éloigné d’une vingtaine de mètres, après un beuglement sourd, fonça  à toute allure vers la haie et la sauta allègrement, frôlant un manœuvre, figé par la peur. Continuant sa course, il traversa la friche au galop, passa au-dessus d’une seconde haie, de belle manière pour une bête d’une demi-tonne et disparut dans la campagne.

 

Passé le moment de surprise et d’incompréhension quant à la cause réelle de cette charge inattendue, l’équipe reprit le travail et acheva son programme de mesures. Le taureau ne se montra pas de la journée et je l’imaginai, calmé au milieu d’un troupeau de vaches, à quelques centaines de mètres de là.

 

Il n’en était rien comme me le confirma son propriétaire, éleveur, dès le lendemain. Ce dernier, prévenu dans l’après-midi de la fugue du taureau, l’avait retrouvé à deux kilomètres de là, dans une pâture et avait cherché à l’approcher mais, en vain. Chaque fois, l’animal, ivre de liberté ou devenu fou, démarrait au petit trop droit devant lui, puis accélérait, se jouant des clôtures et des ronces, empruntant même pour un temps, une départementale. Au désespoir, le propriétaire s'était résolu à l’abattre au mousqueton, ayant réussi à l’approcher d’assez près avec son tracteur.

 

L’éleveur ne fût pas long à incriminer l’équipe géophysique, responsable selon lui, de l’état de nervosité de l’animal. Celui-ci qui accusait le poids respectable de six cents kilos était une bête destinée à la boucherie. Sa fin prématurée représentait, selon le propriétaire, une perte substantielle de trois cents kilos de viande, préjudice dont il réclamait avec force, réparation.

 

Laissant les assurances se débrouiller avec cette affaire, une déclaration de sinistre fut rédigée à l’amiable et signée par les deux parties : A. Bouvier pour l’équipe géophysique, M. Menneboeuf (sic) en tant que propriétaire du taureau.  Je ne sais pas ce que l’assureur décida au vu des signataires de la déclaration.

 

Nous ne sûmes jamais si le propriétaire fut indemnisé mais l’équipe, magnanime, ne réclama ni les oreilles ni la queue.

 

 

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Published by Hoursentut - dans Humour
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