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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 15:21

fruits-du-ginkgo.JPG

 

Un nez se souvient

 

Entre le laboratoire de Géologie avec son vieil escalier de bois flairant l’encaustique, allées Jules Guesde, et le restaurant universitaire du Clos Normand, rue des Lois, diffusant une odeur de bavette persillée, saisie au point de se retourner en rendant sa graisse, l’heure de marche quotidienne sur les trottoirs de Toulouse représentait à la mi-journée  un itinéraire olfactif, sans cesse renouvelé au fil des saisons.

 

Un demi-siècle plus tard, parmi toutes les odeurs et parfums humés avec plaisir ou répugnance, tenaces ou fugitives, deux  souvenirs me reviennent à l’esprit, chatouillant encore mes cellules olfactives.

 

Le premier est localisé rue Ozenne, la rue rose de Toulouse qui se jette dans les allées Jules Guesde au niveau d’un espace vert, le Jardin Royal, étiré jusqu’au Grand Rond. L’entrée du jardin est gardée par un couple de Ginkgo Biloba magnifiques avec leurs feuilles en éventail, d’un jaune d’or en fin d’automne. C’est aussi la période de fructification de l’arbre femelle qui se couvre alors de fruits dorés et ovoïdes qui, à maturité, s’écrasent sur la chaussée devenue glissante. Bien mûrs, ces fruits dégagent une odeur repoussante rappelant la crotte de chien. Sur le trottoir opposé, je m’arrêtai alors un moment pour jouir de la réaction des passants, peu au fait de la botanique ou trop occupés par leurs pensées pour lever le nez et identifier l’origine réelle de ce désagrément local.  Avec une moue de dégoût, ils cherchaient à éviter les pulpes écrasées, maudissant intérieurement les maîtres indélicats, incapables de dresser convenablement leur animal domestique.

 

Le deuxième occupe les cinquante derniers mètres de la rue St Rome, avant que cette rue étroite et odorante ne soit avalée par la place du Capitole.

Du côté droit en descendant, une épicerie fine présentait un assortiment exceptionnel de produits et de parfums qui vous promenaient le nez depuis la mer du Nord avec ses harengs saurs rangés dans un petit tonneau comme les rayons d’une roue de bicyclette, ses anguilles fumées de la Baltique baignant dans la saumure et conservées en bocaux de verre, jusqu’aux îles grecques et au détroit du Bosphore ravivés par des caisses de figues sèches, des dattes noires d’Attar, des jarres d’olives de toutes couleurs et calibres, des pois chiches et baies roses.  Un pied dans cette caverne d’Ali Baba vous emplissait les fosses nasales d’arômes orientaux épicés aux noms exotiques : le curcuma mêlant une senteur d’orange et de gingembre, le carvi et sa note amère et citronnée, le cumin à l’arôme prononcé, la cardamome au parfum camphré et chaud, le clou de girofle à l’arôme pénétrant, l’anis étoilé au parfum de réglisse, le fenugrec à l’odeur de céleri.

Un pied de plus vous conduisait devant les thés noirs, au parfum boisé et corsé de l’Assam, de Ceylan ou de Chine, les thés verts citronnés, parfumés de jasmin ou de menthe africaine.

 

De nouveau dans la rue et un peu plus haut sur le trottoir d’en face, je m’arrêtais, au retour du restaurant universitaire, face à une boutique spécialisée en liqueurs et alcools des cinq continents. En contemplant la variété de couleurs, de formes de bouteille et de prix, je humais profondément le  parfum subtil  de rhum ou de cognac qui m’arrivait en effluves discrètes de la porte entrouverte, parfum savouré debout, sorte de digestif olfactif.

 

A Toulouse, je n’ai par contre aucun souvenir olfactif de violette, parfum sans doute réservé au touriste.

 

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Published by Hoursentut - dans Souvenirs de jeunesse
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