Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 08:39

Momeres--chez-Abadie.JPG                                                           

Dès ma plus tendre enfance, les animaux  furent présents, compagnons ou victimes de ma curiosité et de mes jeux. A Momères, petit bourg tranquille de la vallée de l’Adour, étiré le long de la Départementale, entre Tarbes et Bagnères de Bigorre, mon premier souvenir de quatre ans s’accroche au mouvement fluide et rapide d’un serpent (une couleuvre sans doute), allant se cacher sous la haie de lauriers au fond de la cour. Fourmis, forficules, escargots et grillons, jouets vivants, se sont aussi trouvés manipulés puis compétiteurs forcés de courses de vitesse sur le carrelage de la cuisine ou matelots improvisés sur un couvercle de camembert flottant au centre d’une cuvette en plastique.

 

 

forficule.JPG

J’ai découvert les rats, morts, avant de pouvoir les apercevoir, vivants. La maison, grande bâtisse construite avec les galets de l’Adour comme la plupart des maisons du village se trouvait accolée à un hangar avec charpente en bois, bâtiment qui servait de fourre tout pour le charbon, les planches, les cannes à pêche de mon père, des outils de jardin, des pommes de terre en sacs et aussi du maïs pour les deux poules circulant dans la cour. Les rats venaient la nuit visiter le hangar et descendaient le long des contrefiches pour accéder au maïs. Mon père, de temps à autre, muni de son fusil, un Darne incrusté de scènes de chasse, se coulait dans le hangar et, allumant une grosse ampoule, truffait de plomb les rongeurs qui n’avaient pas eu le temps de se cacher. Je me souviens d’un rat, tombé dans une botte  et que l’on a cherché, un bon moment.

Au début, les coups de fusil inquiétèrent les voisins qui, le lendemain, demandèrent à ma mère si tout allait bien. Ces tirs nocturnes inhabituels dans le village permirent à mon père de lier connaissance avec les villageois d’autant plus que, travaillant à Tarbes, il pouvait amener l’un ou l’autre à la ville, distante de huit kilomètres à peine.

 

En amont de la maison, se trouvait la ferme des Abadie, dont le grand-père, moustachu comme un poilu de 14, était très habile pour fabriquer un sifflet avec du bois de sureau,  un arc avec une yeuse et n’avait pas son pareil pour dégotter un manche de fronde dans son lilas.

A Noël, sa puissante voix de basse qui entamait le Minuit Chrétien et terminait par : Voici le rédempteur, réveillaient les pipistrelles du clocher et me faisait frissonner d’une crainte céleste.

 

En aval, se trouvait la maison de Nicolo, un immigré italien, qui peignait des toiles que je jugeais admirables car elles représentaient la mer toute bleue, bordée de quelques pins maritimes ou oliviers, torturés par le mistral ou la sécheresse. Nicolo était un fanatique des produits de la Manufacture de St Etienne (Manufrance) et possédait un coucou du Jura et des tables en formica, le premier du village à s’être équipé de « meubles modernes ».

 

Entre la maison et la route goudronnée, existait un caniveau recueillant les eaux de pluie, caniveau qui, un jour, avait provoqué le basculement d’un bus de pèlerins pour Lourdes, contre notre mur de pierre. Pas de blessé mais une carrosserie très abîmée. Le tracteur du voisin avait permis au bus de se remettre d’aplomb et de redémarrer.

 

Derrière le hangar, s’étendait un grand verger rectangulaire planté de pommiers, d’un cognassier et de quelques pêchers, protégés par quatre hauts murs de galets. Des groseilliers à maquereau avaient été plantés par mon père et donnaient des fruits poilus de couleur vert et rouge, qui ne nous attiraient guère car peu sucrés. Cependant, encore verts, ils faisaient de bonnes munitions pour la fronde. Près du hangar, quelques plans de pomme de terre à doryphores et de salade et un rang de zinnias et de tulipes disputaient la place aux herbes folles.

 

Avec mon arc, presque aussi grand que moi, des flèches faites de surgeons séchés de lilas, taillés en pointe à un bout et habillés d’une demi plume de poule fichée dans une fente ménagée à l’autre bout, aucun animal, aucune plante n’était à l’abri.

 

J’ai surtout visé des papillons mais avec peu de résultats, deux à trois piérides du chou seulement. Les doryphores et les limaces constituèrent aussi des cibles privilégiées mais davantage de dégâts furent causés aux plantes elles-mêmes. Ayant eu l’audace  de viser, un matin, la tige des tulipes, facile à manquer, et de décapiter une belle fleur rouge, je me préparai à une punition sentie, au retour de mon père. Mais, dans le temps où l’angoisse s’installe, l’imagination déborde d’activité : j’allai récupérer en douce, dans la boîte de couture de ma mère, une longue aiguille à repriser que je plantai  dans les deux bouts de la tige sectionnée, réparant ainsi artificiellement la fleur. Mon père, notant que cette tulipe penchait fortement la tête, mit cela sur la médiocrité de l’oignon d’origine et j’évitai ainsi sa main sur mes fesses.

 

Avec mon frère Hubert, deux ans plus âgé que moi, un autre jeu consistait à envoyer la flèche, verticalement et le plus haut possible puis de compter le temps écoulé entre le départ et le retour de la flèche dans le verger pour savoir qui était le gagnant. Inutile de préciser que certaines flèches ne furent pas récupérées car tombées chez les voisins ou sur le toit de la maison.

Au mois de mai, le matin, nous secouions les arbres fruitiers pour en faire tomber de gros hannetons bruns, endormis, que nous emportions dans la maison. Dans une boite vide de sucre où leurs pattes à crampons menaient grand bruit, nous choisissions les plus gros et leur attachions du fil à coudre à une patte postérieure, opération délicate qui nous valait la production d’un excrétât noir peu ragoûtant. Quand le hanneton s’envolait lourdement vers la fenêtre, nous le forcions à voler en rond jusqu’à ce qu’épuisé, il s’accroche aux rideaux ou atterrisse sur la table.

 

Autre point d’intérêt dans le village, le café Astuguevielle, seul café de village bordant la grand route de Bagnères, en face du chemin vicinal qui menait à l’école. La cour occupée en partie par une terrasse, quelques tables bistrots en marbre vert de Campan et deux pieds de vigne grimpante dont les sarments se perdaient en tonnelle, comportait un espace en terre battue servant de terrain pour le jeu de quilles, pratiqué le dimanche matin par une demi- douzaine de solides paysans.

J’admirais les  neuf quilles de hêtre noueux, renflées au milieu et presque aussi hautes que moi, disposées en carré selon trois rangées parallèles.  La grosse boule de noyer creusée en deux endroits pour permettre d’y passer les doigts d’une main, était lancée avec force et ce n’est pas le plus grand nombre de quilles abattues qui déclenchait le plus de commentaires admiratifs. Les coups maladroits étaient ponctués d’expressions locales « macarel, boudu, é bé ! Qué coun ! » que je testais ensuite à la maison, au grand étonnement de ma mère.

La partie terminée, les perdants offraient un coup de blanc aux vainqueurs, à l’intérieur, près du bar ou assis sur de longs bancs de bois.

 

A l’âge de 6 ans, avec mes deux frères, nous allions à l’école du village, située à côté de l’église. Le Directeur Monsieur Dupont, était aussi le seul instituteur en charge des classes du CP au certificat d’étude, en prenant, successivement, les quelques enfants  de même âge.

Je n’ai plus guère souvenir de cet enseignement à l’exception de mon application à réaliser des dessins d’animaux pendant que les plus grands étaient instruits à leur tour et du coup d’adresse d’un camarade, Jeannot, qui, à la sortie de l’école, avait décapité, avec sa fronde, un chardonneret au sommet d’un platane.

 

J’ai toutefois gardé mémoire de trois évènements considérés alors comme dramatiques. Le premier s’est déroulé à la mi février, dans la cour de l’école : jouant aux billes avec mon frère jumeau Richard, je vis fondre vers nous deux bêtes sauvages sur jambes poussant d’horribles rugissements. Une véritable terreur s’empara de nous deux et, laissant nos billes sur le sol, nous courûmes à perdre haleine jusqu’au premier cabinet où nous nous enfermâmes au verrou.

 


Tous les deux, dans le même édifice, tâchant d’apercevoir les fauves par les fentes de la porte, nous ne bougeâmes même pas quand le sifflet annonça la fin de la récréation. Seul l’appel réitéré du maître, inquiet de notre absence, nous fit sortir, encore apeurés. C’était la première fois que nous étions confrontés à des masques de carnaval, portés par les plus grands.

 

Le deuxième évènement eut lieu, un après-midi de juin. Pendant la récréation, la sirène d’un camion de pompier nous fit lever la  tête et nous vîmes, assez loin, de la fumée qui s’élevait en boules noires dans le ciel. Deux camarades m’indiquèrent que la fumée venait de notre maison ce qui me glaça, imaginant ma mère et mes jouets restés dans la maison. Jusqu’à l’heure de sortie d’école, mon inquiétude grandissante m’empêcha de penser à autre chose.

Dès la sortie, ma mère me précisa que c’était la grange, en face de notre maison qui brûlait et que les pompiers et les hommes valides du village étaient là pour combattre le feu qui ne pouvait toucher notre maison.

 

Rassuré en arrivant  à notre portail de fer, inhabituellement grand ouvert, je vis qu’un amas de matériel hétéroclite avait été déposé dans notre cour, en fait,  tout ce qui avait pu être sauvé du désastre: deux lits et matelas, une baignoire d’enfants, une poussette, deux vélos, une armoire noircie, une brouette, une table et des chaises de bois blanc, des assiettes blanches et des couverts, une selle de cheval, des outils de jardin,  deux barriques, des cordes et une vieille charrue.

Impressionné par cet amoncellement et heureux de constater que notre cour servait de garage à cette foule de choses avec lesquelles nous pourrions inventer de nouveaux jeux, je contemplai la maison d’en face dont la fumée s’échappait encore de la charpente en partie calcinée et essayai de comprendre pourquoi le feu s’était déclaré.

Lorsque mon père précisa dans la soirée que le feu avait été allumé intentionnellement par une servante, mécontente de son patron, je me réjouis de n’avoir chez nous ni servante ni même une soeur qui eût pu devenir servante.

 

Le dernier événement se passa à Tarbes, le soir du 14 juillet. Mes parents nous avaient conduits, place Brauhauban, un espace libre qui sert de foirail, le jeudi, et aussi de lieu de rassemblement les jours de fêtes.  Beaucoup de monde était rassemblé là dans l’attente du feu d’artifice, le premier auquel j’allais assister.  La première fusée partit haut dans le ciel avec un sifflement inquiétant, suivi  d’un éclatement soudain et sonore. La vue du parapluie lumineux avec chute de braises nous fit croire à un danger immédiat et nous nous mîmes à courir pour nous abriter sous le porche le plus proche. Inutile de dire que mes parents eurent tout le mal du monde à nous récupérer et à nous maintenir fermement par le bras pour éviter une nouvelle fuite.

 

J’aimais aussi accompagner mon père à la chasse, à la sortie du village, en empruntant un chemin de campagne, ponctuée de bouses de vache. Longeant un bois de chênes, dénommé la Plantère, un fameux coin à cèpes, nous pénétrions sur un plateau avec cultures et prairies. Tandis que le braque se figeait et arrêtait une caille ou un faisan, je gardais l’arrêt devant les pommiers sauvages à pommes beurre très douces ou  becs de lièvre et visitais les figuiers et châtaigniers isolés. Je m’attardais aussi dans les vignes laissées à l’abandon, prélevant une grappe de raisin Noah. Chaque grain avec sa pulpe gélatineuse  et sucrée qui se détache facilement de la peau était sucé avec délice.

 

Lorsque, à la suite de mes parents, je vins habiter Tarbes à l’âge de sept ans, je trouvai Momères de manque. Aujourd’hui, demeurent en moi, les moments d’insouciance et de bonheur vécus dans ce village, un peu comme Aubagne pour Pagnol, le soleil et les cigales en moins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Hoursentut - dans Souvenirs de jeunesse
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Histoires naturelles
  • : Récits et nouvelles correspondant à des souvenirs de jeunesse et à des missions géologiques et géophysiques en Afrique et iles lointaines.
  • Contact

Recherche

Liens