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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:00

Tournesol-2.jpg           

A l’aube du troisième millénaire, malgré la diversité des moyens d’information, la connaissance des phénomènes naturels qui modèlent notre environnement et interfèrent avec nos conditions d’existence, est loin d’être générale. Pour certains, les lois physiques ou biologiques ne sauraient tout expliquer et bon nombre d’évènements : sécheresse, subsidence, tremblement de terre… et comportements humains : colère, déprime… sont perçus comme la conséquence de causes encore mal définies voire irrationnelles (la soudaine et terrible tempête de décembre 1999 qui n’avait pas été prévue par Météo France, a été analysée par certains comme un avertissement divin).

 

C’est dans ce contexte peu cartésien qu’évoluent les sourciers, les radiesthésistes et autres devins rassemblés aujourd’hui sous l’appellation non contrôlée de géobiologues, praticiens « éclairés » dont l’art relève de la chimie, de la physique, de la biologie, de la botanique, de la géologie, de la géophysique, de l’astrophysique, de la médecine, de l’électronique et aussi… de la tradition. Comme il est difficile à un seul homme de bien comprendre et maîtriser autant de savoirs, les géobiologues ont « piqué » quelques principes et formules dans chacune des disciplines scientifiques précédentes et ont élaboré une sauce pseudoscientifique destinée à expliquer l’inexplicable et dont l’efficacité universelle se voudrait l’égal de la potion magique de Panoramix. J’entends par sourcier l’individu qui « identifie le lit d’une rivière souterraine et précise, sans hésitation aucune, la profondeur, le débit, la température et la qualité des eaux », toutes informations hautement fantaisistes.

 

La Géobiologie qu’est-ce donc ?

Pour Jean-Yves Gauchet du journal toulousain « Effervesciences » d’août 1996, c’est « l’art d’étudier les effets des forces cosmotelluriques sur l’environnement et les conséquences sur la santé des êtres vivants ». Il s’agit pour Guy Archambault, dans le journal Sycodes, information de juillet 1993, « d’une discipline moderne avec un double objectif : identifier les nuisances à l’intérieur comme à l’extérieur des locaux et rechercher les techniques et matériaux qui permettent de mettre en adéquation l’homme avec l’enveloppe dans laquelle il évolue ».

 

Pour Jean-Jacques Bréluzeau de Saint-Cloud (la Santé de l’Habitat), présent au salon 1999 de l’Environnement et du Cadre de vie, la Géobiologie permet « par des procédés et des techniques fiables, de neutraliser, dépolluer, dynamiser votre lieu de vie ou de travail, en éliminant les divers facteurs de nocivités qui agissent et perturbent l’organisme. Le rééquilibrage Biotique et la dynamisation Bioénergétique de votre environnement vont améliorer votre bien être et augmenter votre potentiel de vitalité. »

On aura compris que les nuisances se manifestent surtout là où vous passez le plus clair de votre temps : la maison et le bureau. L’origine de certaines nuisances et les solutions originales proposées par les géobiologues ont déjà fait l’objet d’un article* mais le grand nombre de textes publiés ces dernières années dans les journaux et la diversité toujours croissante des problèmes analysés puis résolus par ces spécialistes conduisent à les classer en trois catégories, en fonction de la nature de leurs prestations et de leur langage très représentatif de leur savoir-faire : l’amateur, le professionnel et le chercheur.

 

L’amateur

L’amateur est souvent quelqu’un de la campagne, sans aucune formation scientifique, qui prétend avoir découvert, seul ou avec des amis, qu’il était anormalement réceptif à la présence de minerai ou d’eau. Il est prolixe et s’exprime d’une manière qui va au-delà de la seule licence poétique. C’est le cas de Jean-Louis Masbou de Cajarc qui avoue être à la fois sourcier, radiesthésiste, magnétiseur et géobiologue, et être passé trois fois à FR3 (courrier personnel de février 1996). Il travaille avec un pendule et des baguettes et nous livre ici ses résultats : « J’entrais dans le domaine de la Géobiologie, non en ayant lu des ouvrages, mais comme ça, naturellement, en posant des questions à mon pendule : où est la zone nocive ?

 

* voir « Le géobiologue nouveau est arrivé ».

 

 A distance, sur un point que ma vision fixait à cet endroit, le pendule se mit à m’indiquer la zone nocive, au sud de mon habitation puis, à l’est ; je trouvais ensuite un rayon droit comme un rayon laser mais pas très large. Je ne savais pas alors qu’il s’agissait de deux choses bien distinctes : le réseau de Hartmann vertical et le courant tellurique horizontal… Il est à constater que ces rayons telluriques horizontaux sont très actifs en été, suite à l’assèchement du sol et des cavités fermées, remplies d’eau en hiver, mais qui se vident en été. A proximité de ces rayons, se trouvent des cristaux de quartz, de calcite ; or, que fait un cristal de quartz lorsqu’on le soumet à un léger courant électrique ? Il vibre. Cela expliquerait que des zones rectangulaires ou cercles vibreraient à un taux plus élevé à proximité de ces rayons, ce que certains disent se recharger en énergie. 

Il est vrai que j’ai constaté des cercles de 3 mètres de diamètre à 26 000 vibrations dans un rectangle de 15 m. sur 13 m. et, à côté, 9 000 vibrations de part et d’autre d’un courant tellurique horizontal de 2 gauss seulement. Une autre observation que j’ai pu constater est l’endroit que choisissent mes moutons pour aller se reposer : un endroit à 9 000 vibrations et non ailleurs, d’octobre à mai. Quant aux fourmis à ailes, elles subissent ces rayons magnétiques de préférence et ne sortent de terre que lorsque 4 gauss a baissé à 2 gauss et est devenu instable ; je constate aussi que ces fourmis ne sont pas sur le rayon mais à 70 centimètres de part et d’autre, donc en zone neutre ».

 

Pour trouver de l’eau, « les réseaux à 220, 230, 320, 420 mètres de profondeur », J.L. Masbou a développé une technique très personnelle qui lui garantit le succès : « les baguettes doivent se tenir antenne vers l’avant, dans l’alignement des épaules et l’espacement, sans penser à rien, en étant très détendu (neutre), la relaxation étant nécessaire pour être attentif aux réactions. Sur l’eau libre, en traversant perpendiculairement un courant, les baguettes se ferment. Dans tous les autres cas (eau dans une gaine PVC, conduite en fer, gaine électrique souterraine), elles se croisent sans atteindre la fermeture (courant tellurique, nœud en croix du réseau vertical de Hartmann) »

Si l’on sait qu’aucun instrument étalonné n’a pu mettre en évidence l’existence de ces ondes telluriques du réseau Hartmann, les pratiques mises en œuvre par ce géobiologue prêtent à sourire. 

 

Un autre sourcier, Jean-Louis Guiziou (cf. le Télégramme de Brest du 22 avril 1997) exerce en Bretagne, dans la région de Brest et affirme que « la sécheresse, ça n’existe pas ». Partout, on l’appelle au secours des légumes en péril et il revendique aujourd’hui une centaine de découvertes de rivières souterraines dans la région, sans compter une vaste campagne de lutte contre les insomnies « une orientation nord-sud ou est-ouest assure un sommeil nettement plus récupérateur, au même titre qu’un sommier en bois ; il convient aussi de préférer les oreillers bourrés de liège ». Utilisant de vulgaires baguettes de soudure et un boulon en guise de pendule, « utiliser le bois, ça n’est bon que pour les sources, on ne descend qu’à trente mètres » confie-t-il alors que lui « descend jusqu’à 180 mètres pour repérer les rivières souterraines . Pour calculer le débit au mètre cube près, il faut faire tourner le pendule. Plus il va vite, plus il y a de l’eau. Mais si ça tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, ça veut dire que c’est de l’eau morte, pourrie par les nitrates.

On estime que c’est le frottement de l’eau entre elle-même et le sol, qui crée un champ doué de propriétés électromagnétiques. Notre corps, composé à 72% d’eau, et en particulier notre cerveau (80% d’eau) est susceptible d’entrer en résonance avec ces champs, en particulier chez certains sujets plus sensibles ».

 

En général, l’activité de ces biogéologues amateurs, au cerveau aqueux, reste locale. On vient les trouver, ils opèrent et expliquent sur place la teneur de leurs résultats puis repartent avec un canard ou un lapin, après un bon apéro.

 

Le Professionnel

Le professionnel vit de ce qu’il raconte et écrit, se déplace dans toute la France et, éventuellement, assure des stages et conférences. Son champ d’activités est très large : toutes nuisances à partir des zones géopathogènes. Dans l’exposé de ses trouvailles, il se doit de répondre de façon relativement claire aux problèmes posés qui concernent principalement l’habitat. Par un savant dosage de lapalissades, de termes techniques, connus et inconnus (l’inconnu d’hier devient la vérité de demain), il va rassurer, étonner et convaincre du bien fondé de sa prestation et des résultats. Naturellement, il se fait payer, soit au temps passé, soit au forfait, et rajoute des frais de déplacement.

 

Ainsi, Paul Rostagnat, architecte honoraire, fondateur et président de l’association Habitat Vigilance, dans un article du Journal des Bâtiments et des TP, de fin mars 1998, voudrait susciter l’intérêt de la communauté scientifique pour la géobiologie. Son objectif est double : «  d’abord mettre en évidence les effets du lieu sur la santé d’un individu qui y séjourne de longs moments, puis, prendre en considération les données techniques et scientifiques actuelles concernant les matériaux de construction, l’influence des volumes et les champs d’énergie de toutes sortes.

Le phénomène énergétique lié au sol est incontestable : on peut localiser certains points qui semblent pomper l’énergie vitale, des points très localisés où l’individu perd son tonus musculaire sur-le-champ alors qu’à quelques mètres, il résiste parfaitement ».

Il s’agit là de préconiser une sorte d’acupuncture des sols et fondations. Il n’est pas fait mention de l’influence éventuelle des ondes électromagnétiques provenant d’émetteurs  et antennes relai.

 

Jean- Jacques Bréluzeau, dans son dépliant commercial, établit la liste des troubles générées par les ondes nocives dans l’habitat : cela va des pieds gelés au cancer en passant par la transpiration anormale et la sclérose en plaques. Les ondes proviennent des cours d’eau souterrains, failles géologiques, nappes phréatiques, galeries souterraines, gaz radon, pollutions électrique, électromagnétique et paranormale (mémoire des murs, présences…). La solution passe par la domothérapie et un rééquilibrage biotique des lieux.

Un rééquilibrage du portefeuille est sans doute assuré dans le même mouvement.

 

Un exemple de résultat indiscutable du savoir-faire des géobiologues professionnels est fourni par Jacques Barette de SOS Pollution Habitat, à Fillé-sur-Sarthe, dans l’attestation suivante, datée du 16 janvier 1997 : «  Suite à mon intervention en date du 04/12/1996, dans le logement de Madame X, situé au x, rue Vidal de la Blache – 75020 Paris, je soussigné Jacques Barette - Géobioloque (sic) certifie par la présente avoir constaté : un taux vibratoire à moins 30 au géodynamètre. Ceci étant constitutif à la présence en sous-sol d’une faille émettant du radon et une émission de 6.6, ceci étant en mesure de créer des problèmes énergétiques sur les différents plans vibratoires ».

Comment voulez-vous dormir dans votre logement, entre deux plans vibratoires ?

 

Parmi les géobiologues professionnels les plus actifs, citons Patrick Hérody qui se dit géologue et dont les activités d’escroc en hydrogéologie, plusieurs fois dénoncées dans la revue Géologues ont abusé nombre de communes en France.

 

 Ecrivant au maire d’une commune, P. Hérody lui annonce que, «  par photographie spectrale des sites et grâce à sa loi de fragmentation du globe en blocs précis, entre lesquels l’eau se concentre et circule, sans interruption », il a établi, pour la commune considérée,  « le Plan exact du sous-sol qui permet de « donner les failles d’eau, froide et chaude, les sources, à toutes les profondeurs et nombreuses à quelques mètres, les plans forts et faibles, les points souterrains d’alimentation et de fuite des rivières, ruisseaux, terrains ».

Le prix modéré de la prestation (3500 F soit 600 euros) et le caractère philanthropique de la demande (il s’agit d’une souscription de soutien à une Fondation géophysique qu’il préside), une bonne action en quelque sorte, ont abusé quelque 150 maires et conseillers municipaux. P. Hérody  ne dispose en fait que de deux plans distincts pour l’ensemble des communes !

 

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Le Chercheur

Le chercheur se caractérise par des idées novatrices voire révolutionnaires en géobiologie et les exprime de façon claire et concise. Il se fait payer parce qu’il faut bien vivre mais recherche davantage la reconnaissance de ses travaux. Mais écoutons l’un des chercheurs les plus éclairés, M. Zoulas-Zind, dont la pensée est rapportée dans le Courrier de l’Ouest du 3 novembre 1993 : « la géobiologie repose essentiellement sur des lois physiques qui sont loin d’être toutes connues. Contrairement à ce qu’avancent certains chercheurs, la science ne répond que très imparfaitement, sinon pas du tout, aux causes perturbatrices profondes qui sont d’origine subtile. Je travaille depuis de nombreuses années sur les champs de rayonnement subtils selon un protocole de recherche rigoureux. Leurs étonnantes propriétés, pratiquement encore inconnues, s’exercent dans tous les domaines de l’univers, donc de la vie…

J’ai soigné à plusieurs reprises des maisons bâties sur des terrains marécageux, imperméables mais asséchés. Pas le moindre soupçon de faille, de mouvements d’eau ou de radioactivité. Les maisons étaient vitalement à plat et épuisaient physiquement leurs habitants. Le rayonnement subtil mesuré en provenance du sol avait des paramètres qui le rendaient extrêmement nocif. Pour l’annihiler, il a fallu mettre en œuvre des procédés que la physique ignore totalement.

Confronté aux angoisses d’une châtelaine assommée toutes les nuits par des cauchemars qui cessaient dès qu’elle quittait sa luxueuse demeure, la seule réponse efficace que nous livre ce géobiologue « a consisté à diluer le rayonnement subtil des murs qui ont capté et mémorisé des évènements dramatiques qui s’étaient déroulés vraisemblablement sur les lieux, au cours des siècles ».

 

Il est vrai que la mesure des champs subtils des maisons et des lieux géographiques n’est pas à la portée de tout le monde et je regrette ici que M. Zoulas-Zind n’ait point parlé de son appareillage et des unités de mesure (en millisubtils sans doute).

 

Pour conclure, il faut reconnaître que les géobiologues sont plus nombreux aujourd’hui qu’il y a dix ans et que leur activité est inversement proportionnelle à la subtilité de leurs clients. Sauf les escrocs du genre P. Hérody, la plupart des géobiologues apparaissent comme des originaux, des pseudoscientifiques voire des fadas qui ne lèsent finalement que des victimes naïves et consentantes.

 

Le stress actuel des citadins (durant leurs déplacements, pendant le travail et en famille), la multiplication des problèmes liés à l’environnement (pollution des eaux, listériose…), à l’ogre informatique et à la crise économique, sont autant de facteurs de garantie d’une augmentation future du nombre de géobiologues et autres charlatans des sciences de la Terre.

 

Article publié dans Géologues N° 124, 2000

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Published by Hoursentut - dans géologie
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commentaires

Gabriel 18/08/2016 08:05

Je pense que vous devez etre R3B, a savoir rationaliste bete buté borné. On ne parle bien que de ce qu'on a expérimenté et testé, mais pour cela il faut travailler et il est plus souvent facile de denigrer ce qu'on ne domine pas et qui fait peur.

jpa 04/01/2015 10:35

Je suis par nature septique ..mais comment expliquez vous que les grandes compagnies de distribution d'eau, les services de recherches de la gendarmerie, les entreprises de terrassement font appel dans la plus grande discrétion aux services des sourciers ?
Bien sûr, dans l'état actuel des connaissances, les explications semblent fantaisistes.
La médecine chinoise, l'homéopathie, l'ostéopathie et autres "médecines" parallèles sont abondamment critiquées voire niées ... et pourtant .
Avez vous été "réparé" un jour par un "rebouteux" ? Avez vous testé vos propres capacités de perception avant d'ironiser ?
Au temps de la révolution française, pouvez vous imaginer la crédibilité de Lavoisier ? Il fut guillotiné ....comme vous guillotinez aujourd'hui ceux qui tentent d'expliquer (ou si maladroitement) ce qu'ils observent, ce qu'ils pratiquent.
Le chemin est étroit entre charlatanisme et obscurantisme...et l'Histoire sera seule juge.

Hoursentut 04/01/2015 11:17

Parmi les géobiologues, il existe quelques fadas sincères qui croient en leurs pouvoirs plus ou moins magiques et leurs errements sont plutôt sympathiques. Beaucoup d'autres jouent sur la naïveté et la crédulité des gens pour leur extorquer sciemment de l'argent contre du"vent". Les lois physiques (Ohm, Gauss, Maxwell, Descartes) dans les domaines de l'Electricité, du Magnétisme, de l'Electromagnétisme et de la propagation des ondes mécaniques (Sismique) sont là pour combattre l'obscurantisme.
Sans doute auriez-vous rejoint, comme des centaines d'autres personnes, le Pic de Bugarach, dans l'Aude, pour échapper à la fin du monde, le 12/12/2012?

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