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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 10:51

Lorsque Dieu créa Adam et Eve, personne ne chassait au Paradis, chaque espèce pouvant vaquer à ses occupations et se nourrir de lait, de miel ou de trèfle, denrées abondantes au sein de ce milieu naturel, divinement conçu. Après le mauvais tour joué par le serpent à l’homme, ce dernier fut envoyé sur terre pour se racheter pendant le temps qu’il plairait à Dieu. Cependant, magnanime, le Créateur crut bon, levant son index sur Eve, d’ajouter un gène de plus à sa descendance, le gène de la chasse,  pour permettre  à l’homme de résister à son nouvel environnement, plutôt hostile.

 

Au tout début, l’homme de Neandertal dût se cacher, essayant d’échapper aux bêtes sauvages, les observant puis les imitant dans leurs techniques de chasse et enfin,  apprenant progressivement et en petit groupe, à  les assommer ou les piéger dans des trous. Pour varier le menu fait de baies, de fruits et d’insectes, il se mit à manger de la viande, d’abord crue puis, à l’occasion de circonstances favorables (feux de brousse, volcanisme,..), cuite, état jugé autrement plus digeste.

 

Plus tard, maîtrisant le feu, l’os et le silex, Cro-Magnon fabriqua  épieux et sagaies et se vêtit de fourrures pour faire face aux épisodes glaciaires. Enfin, lorsqu’il sut utiliser le fer, le bronze et le cuivre, l’homo sapiens s’équipa d’épées, d’arbalètes et de fusils et c’est là que la chasse, nécessité vitale à l’origine, devint à la fois plaisir et loisir.

 

De son côté, Eve transformée en Diane, lassée de bander son arc et trop occupée par ses tâches de mère, pria alors son Adam de pourvoir, seul, à la nourriture de la famille.  Sous le nom de Pan, le dieu cornu et saboté de la nature et des bergers, il se mit à élever chèvres et moutons et se servit de son syrinx comme un appeau pour attirer les oiseaux sauvages et les sylphes.

Après l’épisode malheureux de Noé, quittant la barre de son arche zoo pour essayer de capturer la colombe au rameau d’olivier et s’échouant ainsi sur le haut fond du mont Ararat, la bible mentionne que Nemrod, le dieu chasseur, bâtit la tour de Babel suffisamment haute pour rester émergée dans le cas d’un nouveau déluge éventuel.

Sans doute pensait-t-il aussi pouvoir chasser tous les animaux fuyant les eaux et, du sommet de la tour, capturer les oiseaux en quête de perchoir.

 

Depuis Eve, la descendance humaine a conservé le gène de la chasse mais l’évolution et le hasard génétique l’ont quelque peu modifié si bien qu’aujourd’hui, l’analyse du génome des chasseurs a permis d’identifier trois types de praticiens et autant de comportements distincts : le chasseur social, le chasseur forcené et le chasseur dans l’âme ou passionné.

 

Chez le chasseur social, le gène chasse est isolé à l’extrémité du chromosome X, sous forme d’un point brillant rappelant l’extrémité de l’abdomen du vert luisant. Lors d’un prochain processus évolutif, il pourrait disparaître définitivement.

 

Le chasseur est dit social car il chasse comme d’autres jouent au golf ou montent à cheval. Il se reconnaît à sa tenue soignée, veste et pantalon de velours, petit foulard en soie autour du cou et chapeau tyrolien à plume. Quand il se déplace, un vague parfum de lavande ou de naphtaline l’accompagne.

Habitant d’habitude une ville moyenne à grande, il est Rotarien et prend une action de chasse pour la plaine et /ou le bois qu’il renouvelle tous les trois ans. C’est pour lui le meilleur moyen de rencontrer les représentants de l’Administration et des professions libérales de sa commune, inspecteur des impôts ou d’Académie, médecin, pharmacien, ingénieur des travaux publics. Peu passionné par la nature, ce qu’il sait sur la chasse, il l’a appris dans de  grands et beaux livres traitant de la légende de Saint Hubert, de la passion de Louis XIII pour la fauconnerie et de Charles X pour la vénerie. Il possède les ouvrages des maîtres : Blaze, Oberthur, feuilletés rapidement.

Il s’imagine volontiers représenté sur les tentures des chasses de Maximilien  et sur la Chasse au sanglier et aux ours de la tapisserie d’Arras.

chasseur.jpg

 

Le chasseur social ne chasse jamais seul, son objectif premier étant d’être vu et apprécié en tant que partenaire de commerce agréable, un vrai gentleman en quelque sorte.

En général, il ne possède pas de chien mais si cela lui apparaît comme un plus au sein de la société qu’il fréquente, ce sera un chien de race avec pedigree, chien d’arrêt le plus souvent, un pointer ou un braque, parfaitement dressé par un professionnel pour rester au pied et rapporter faisan ou perdreau, sur ordre. Si d’aventure, la chasse est écourtée pour quelque raison de force majeure : orage, foulure d’une cheville féminine, quota de pièces de gibier atteint, dégustation  agreste de Beaujolais nouveau, le chien saura retrouver tout seul la berline ou le 4X4 tout terrain de son maître. 

 

Autre élément de qualité de la panoplie : un fusil à platines, superposé de préférence, adapté à sa conformation, et un sac à cartouches en cuir de même marque que le carnier, sans oublier la canne chaise pliable, pour la battue ou le rabat.

Son habit ne saurait souffrir les ronces ou les jachères épineuses, c’est pourquoi, le chasseur social affectionne la battue,  en  plaine rase, empruntant les chemins ou se postant en lisière de bois pour tirer perdreaux et faisans. Pendant les déplacements, il sait se montrer prévenant envers les invités féminines, leur tenant la main lorsqu’elles doivent utiliser une échelle à barbelés ou écartant les ronces au niveau d’un ru étroit. Par contre, il ignorera parfaitement le paysan rencontré au détour d’un chemin car ne faisant pas partie de son monde.

 

Se conformant strictement aux directives données par le Président de chasse ou le garde, il attend le gibier et tire à bonne portée. Bon tireur car il s’est longuement entraîné au ball-trap, il ne tire que dans des conditions optimales pour décrocher le faisan ou culbuter le lièvre.

En compagnie d’un ou deux collègues, tout œil et toute ouïe sur le mirador, il apprécie aussi l’affût au sanglier ou au chevreuil, en forêt, les nuits de lune.

 

Prévenant lors du repas de chasse, il fait circuler les plats et évalue en connaisseur vins et alcools. Causant politique, économie et voyages sans dédaigner le calembour, le chasseur social sait nouer d’excellentes relations avec ses collègues de chasse.

 

A cette catégorie appartient également le chasseur de trophée qui va tirer le buffle ou le phacochère en République Centrafricaine ou au Sénégal. Utilisant une organisation internationale avec pignon sur rue, seul ou accompagné de quelques collègues fortunés, ce chasseur est traité comme un invité de marque, en excursion. Après une nuit passée dans un bungalow de brousse, il est conduit en véhicule 4x4  à proximité des animaux sélectionnés et repérés la veille. Il n’a plus qu’à suivre en silence le guide et presser la détente face à l’animal indiqué. Si nécessaire, un tireur local abattra discrètement l’animal, seulement blessé par le chasseur de luxe.

buffle.jpg

 

Posters en couleur et trophée naturalisé orneront la salle d’attente du médecin ou le bureau du Directeur, devenus grands chasseurs, et renforceront les relations d’estime de la part  de leurs patients ou subordonnés.

 

Chez le chasseur forcené, se trouve bien ancré le concept de l’homme roi de la nature, considérant que tout ce que la terre produit a été créé pour lui, de droit divin. Le gène chasse est non seulement visible sur le chromosome X mais s’est aussi implanté sur le chromosome Y, au fil des mitoses, ce qui explique le pourcentage très élevé de chasseurs males dans cette catégorie et son autre appellation de chasseur bisomique.

Le forcené a comme but final la seule conquête du gibier,  revendu à l’occasion. Il chasse donc pour remplir son carnier et au-delà, sans restriction aucune, tirant sur tout ce qui bouge, plumes et poil. Impulsif, il est ainsi responsable de la plupart des accidents de chasse, au bois, et doit remplacer son chien, malencontreusement plombé, environ toutes les trois saisons. Il se reconnaît au nombre de cartouches tirées, plus de deux mille, chaque saison.

Le forcené n’est pas un chasseur mais un viandard  ou un flingueur, responsable des trous de balle et impacts visibles sur nombre de panneaux « Chasse gardée. »

Il possède un superposé calibre douze chambré à 76 mm et un magnum pour le tir de la sauvagine, au marais.

 

Lorsque le gibier s’est fait rare ou lorsqu’il a manqué plus que de coutume, ce tartarin aigri se rabat volontiers sur le pigeon domestique voire une hirondelle ou même un chat parti en vadrouille. Il ne dédaignera pas non plus le tir au sol de pouillards ou d’un levraut au gîte et il est le premier à parcourir la campagne après un lâcher de faisans.

 

Il se recrute davantage dans les professions du commerce et de l’alimentation et chasse en compagnie de 2 ou 3 collègues aussi forcenés que lui, parlant haut et vêtus d’un treillis militaire ou d’une tenue de camouflage avec casquette. Il n’a aucune retenue pour suivre un lièvre dans la Réserve ou y lever des faisans, en l’absence du garde fédéral. Un chien, épagneul ou cocker, fait partie de l’équipe et est chargé de retrouver les  oiseaux blessés ou de forcer les faisans au vol.

 

En plaine, on reconnaît ces chasseurs bisomiques à leur allure rapide, marchant en ligne à travers  chaumes et labours, à la manière des poilus de 14 quittant les tranchées.

Ce qui compte pour eux, c’est de couvrir un maximum d’espace pour y débusquer tous les gibiers présents : perdreaux, lièvres et faisans et faire un beau tableau. Lorsqu’ils ont levé une compagnie de perdreaux, ils échafaudent divers stratagèmes pour arriver à distance de tir, dans de bonnes conditions.

Mystifiés plusieurs fois dans les vignes et les choux par des oiseaux rusés, les forcenés, irrités, en arrivent même à les personnifier et les traitent successivement de voyous puis de salopards.

 

Dans l’action de chasse, le forcené n’est respectueux ni de la nature ni de l’environnement humain. Son passage reste matérialisé par un paquet vide de cigarettes ou de biscuits, un kleenex ou du papier toilette accroché aux ronces.

Coupant un barbelé ou couchant des pieds de maïs ou de sorgho, il pénètre, sans vergogne, à l’intérieur des propriétés et fermes pour y suivre un lièvre ou y exterminer le lapin, réfugié dans le bûcher.

S’arrêter un moment pour admirer les couleurs de l’Automne ou discuter avec un cultivateur lui est étranger car le temps, pour lui, c’est du gibier.

 

La femme du bisomique l’accompagne volontiers pour rendre moins pénible une éventuelle bredouille en ramassant des châtaignes, des pommes ou poires et en cueillant s’il y a lieu, du raisin ou des figues. Elle a préparé le repas de midi  à base de charcuterie et de fromage, arrosé par un cépage régional. Les sandwiches sont dévorés sur le terrain, près des voitures ou en bordure de bois, à l’ombre. Tout en se restaurant bruyamment, les forcenés mettent au point un plan de chasse, pour l’après midi,  favorisant  le mouvement tournant et l’envol du gibier vers l’un d’entre eux, convenablement posté.

 

Lorsque le vent du Nord, durcissant les labours, a commencé à pousser les vols de vanneaux vers le Midi, les chasseurs forcenés, éparpillés sur la plaine, se renvoient les vols effrayés qui finissent par prendre de la hauteur et quittent la plaine, zone de guerre. Il y a toujours plus d’oiseaux blessés et perdus que mis dans le carnier car tirés trop loin, avec du plomb zéro.

A la palombière, c’est le nombre d’oiseaux tués qui compte et le forcené est capable de tirer un ramier posé, à plus de cent mètres, avec des chevrotines.

Au poste, en attendant les vols de palombe, il s’exerce sur les palombes du Sénégal (corbeaux) et ne craint pas de tirer sur un épervier bien qu’espèce protégée.

 

A la différence du chasseur social qui a une connaissance très approximative des gibiers qu’il chasse, le forcené, tendu vers sa quête du nombre, connaît les mœurs de son gibier- il est abonné à une revue cynégétique et utilise Internet.

 

Il a parfois une approche rigoureuse voire scientifique qui le mène au succès.

Imaginez ainsi, dans le Gers, un bois d’environ deux hectares dont les grands arbres : chênes, châtaigniers et bouleaux ont presque tous été taillés à même hauteur. En lisière nord, dans l’axe de vol d’arrivée des ramiers, 4 à 5 gros chênes, non écimés, émergent et servent de reposoirs éventuels à des oiseaux attirés par des appelants convenablement placés sur raquettes.

En dessous, une galerie faite de genêts à balais et de fougères garantit un déplacement invisible des tireurs forcenés - une demie douzaine de gros commerçants de Toulouse - qui surveillent les hautes branches des chênes.

En queue de bois, des affûts sous forme de planchers installés dans les arbres et protégés de la vue des oiseaux par une barrière de faisceaux de bruyères sont occupés par quelques bons fusils (de fines gâchettes) qui tirent au vol les ramiers affolés après avoir essuyé du plomb, posés, en tête de bois.

Un épagneul breton, dissimulé par les fougères, attend immobile le signal pour aller récupérer les oiseaux désailés dans le sous bois et pâtures attenantes.

 

En attendant l’arrivée des vols annoncée par un sifflement d’un guetteur avec jumelles, imposant le silence total, rompu par les seuls roucoulements d’un tireur imitateur, les plaisanteries fusent, concernant surtout les femmes, absentes ici.

 

Une telle organisation est admirable d’efficacité mais il ne s’agit pas de chasse, de tir seulement, quelque chose d’un peu plus excitant qu’un tir de foire parce que les cibles sont vivantes et peuvent s’échapper.

Après une bonne journée de passage, la vue des 260 palombes, entassées dans des sacs de jute, fait toutefois davantage penser à une sorte d’opération de dépalombisation locale qu’à une partie de chasse.

Le seul moment convivial et de détente est le casse-croûte de fin de chasse, pris sur place et tiré des coffres de voiture. On y félicite les meilleurs tireurs et on oublie les ramiers pour parler politique, impôts, rugby, voitures du dernier salon, excès de vitesses et météo.

 

Le chasseur dans l’âme fait, comme le gibier, partie de la nature qu’il connaît et respecte beaucoup mieux que ses collègues des deux catégories précédentes qui le prennent pour un poète. Chez lui, le gène chasse est centré sur le chromosome X et n’a point muté depuis l’origine. Ce chasseur sait, après Darwin, que l’évolution des espèces l’a avantagé puisque lui-même n’est pas chassé et qu’il règne sur la gent animale mais ce règne est fait de découvertes, de protections et non d’oppressions.

 

L’amour inné de la nature du chasseur passionné est grandement favorisé par son habitat, à la campagne ou dans des agglomérations de taille raisonnable.

Dès la prime enfance, le déjà chasseur dans l’âme cherche à comprendre et toucher tout ce qui vit à proximité,  rapporte à la maison ou à l’école des escargots, des sauterelles, essaye d’attraper une piéride et se fait piquer par une abeille.

Il est triste à la vue de l’oiseau tombé du nid ou de la souris rudement patipulé par le chat.

 

A l’adolescence, à partir d’une branche en Y de noisetier et d’une chambre à air usagée de vélo, il fabrique une fronde avec laquelle il s’essaye au tir de bouteilles, d’oiseaux posés et en vol et aussi des poules du voisin, avec toutefois peu de succès. Ce faisant, il observe et nourrit sa passion de la découverte, apprend des rudiments de balistique et reconnaît les oiseaux à leur vol, sinusoïdal pour le pic vert, en escadrille chez les sansonnets, rapide et déconcertant chez la tourterelle.

Il dévore les livres de sciences naturelles et se plonge avec bonheur dans les récits de chasse, en France et en Afrique.

 

Toujours prêt à accompagner les chasseurs et amis de la famille, il frissonne avec eux à l’envol subit du perdreau. Porte carnier, il caresse longuement les plumes lancéolées du perdreau rouge et fait pisser le lièvre encore chaud, en admirant la bête. Il apprécie à la fois la simplicité et la complicité qui règnent entre les chasseurs.

 

A 16 ans, le permis en poche, un fusil à l’épaule, le chasseur passionné fait sa première ouverture dans les chaumes comme un adolescent s’installant au volant de sa première voiture.

Il contemple la plaine, sent l’odeur âcre des maïs et veut bien faire. Ses vêtements sont sans marque mais confortables pour le tir. Accompagné d’un ou deux chasseurs chevronnés, il pratique la chasse, devant soi, en compagnie d’un  chien. Celui-ci est plus qu’un auxiliaire précieux, c’est un compagnon dont il comprend ou accompagne le regard, qu’il gronde s’il bourre et félicite lorsqu’il retrouve et rapporte l’oiseau abattu.

 

Comme pour les autres types de chasseur, la recherche et la capture du gibier reste la finalité incontournable du chasseur dans l’âme mais il sait que la joie de la conquête du gibier est seulement le fruit de beaucoup d’efforts.

Fin août, il commence à chasser la caille et son chien est indispensable pour démêler les pistes et ruses de cette boule de plumes, préparée avec soin et mangée au bout du fusil tant la graisse exquise de l’oiseau peut se gâter avec les heures.

Plus tard, le départ en bouquet des perdrix grises  déconcerte et la seconde passée à choisir son oiseau l’a déjà mis à une trentaine de mètres. Seule une pratique assidue permettra au chasseur passionné d’éviter la bredouille.

 

En Alsace, à la passée aux canards et sarcelles, l’écoute des chuintements et sifflements d’ailes surgissant de l’obscurité naissante pour plonger vers les tas de drêches et radicelles d’orge de brasserie, crispe le cœur.

Le tir sur des oiseaux fantômes, plus sombres que la nuit, est une réponse à leur défi, réponse où le plaisir ne se mesure pas en nombre d’oiseau(x) abattu(s). L’oiseau qui a fait une orgie de grain est exquis dans l’assiette.

 

Le chasseur passionné marche lentement et silencieusement, s’arrêtant fréquemment, prêt à tirer le perdreau ou le lièvre s’enfuyant dans son dos.

Il ne court pas après le tableau et, lorsqu’il n’a rien vu ou manqué l’immanquable,  la bredouille n’altère pas son tempérament.

Il peut mettre en joue une grive musicienne à la cime d’un poirier sans appuyer sur la détente, ne pouvant assassiner ce maître chanteur.

 

Au sommet d’une colline, il s’arrête pour admirer la diversité des teintes d’un labour ou d’un chaume, prend le temps de cueillir une grappe de raisin et de mordre dans une pomme bec de lièvre, tombée au sol ou de ramasser quelques champignons ou châtaignes. C’est là qu’un capucin lui fausse compagnie sans pouvoir être tiré.

 

Attentif aux difficultés du monde agricole, le chasseur dans l’âme aime à discuter avec les agriculteurs car ils participent à la protection du gibier et connaissent ses remises. 

 

Dans les avants monts pyrénéens, à la Saint Luc, le chasseur passionné ne peut manquer la migration des ramiers. Cette passion - la palombite, une maladie, au dire des non chasseurs – vide les usines et conduit à vélo, en mobylette et en voiture une foule de lève-tôt dans les cols et les collines boisées, au poste ou à la palombière. Plus que le tableau, souvent aléatoire, ce sont les caractéristiques de cette chasse qui nourrissent la passion : le petit matin brouillardeux, le chien qui sait où il va, ballotté sur le porte bagage, la montée, souffle court jusqu’au poste, son fourbissage  rapide à l’aide de brandes et fougères fraîches, l’aube naissante, le café dans le thermos, les sandwiches, le chocolat et les biscuits, les bonnes blagues entre copains et surtout cette montée d’adrénaline lorsque les oiseaux approchent, le tir que l’on veut parfait, la chute éventuelle d’un oiseau désailé libérant la joie de la possession et du prochain salmis.

 

Lorsque les chasseurs, quel que soit leur génome, auront passé sur terre le temps de rachat jugé convenable par le Créateur, ils pourront, réunis dans un coin giboyeux du Paradis, évoquer, sans fin, leurs souvenirs de chasse  et évaluer alors leur félicité actuelle à l’aune de celle des parties de chasse terrestres.

 

 

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Published by Hoursentut - dans Humour
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