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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 21:57

 

Chapitre 5

 

Nous partons donc le 10 août en faisant étape à Aïn el Orma. Nous avons l’impression que l’on nous fait marcher pendant les heures les plus chaudes alors que l’eau potable est rare. Nous sommes pourtant habitués mais cré bon sang ! Que c’est pénible ! D’autres troupes indigènes nous accompagnent. Comme il n’y a plus qu’elles sur pied, la marche est assez rapide.

 

Il fait toujours excessivement chaud. Nous arrivons à Souk el Arba, le 11 août et installons le camp le lendemain. Il parait que la fièvre typhoïde fait des ravages dans ce poste et ce n’est pas le manque d’eau mais sa qualité et la médiocrité de la nourriture qui en sont la cause.

Dans la soirée, quelqu’un des nôtres est sérieusement fatigué et accuse une forte température ; c’est Serpinet lequel, malgré sa forte constitution et son énergie se trouve gravement atteint.

Nous allons prévenir le major, pas très content de se voir dérangé au moment du dîner. Nous rangeons les affaires de notre camarade et le conduisons à l’ambulance.

 

Sa température est de 41° et nous le voyons le lendemain, méconnaissable, ce qui nous attriste fort. Ensuite, juchés sur des cacolets, les malades endurent un réel supplice d’une quinzaine d’heures de route sous le soleil de plomb. Il faut être d’une rude trempe pour résister.

 

Les pistes sont bien aménagées à l’usage des tringlots. Ces derniers ne ménagent pas leur peine et, partout maintenant, des corvées de ravitaillement circulent entre les chapelets de postes que nous avons créés.

 

Nous prenons la route de Souk el Arba à partir  de Souk el Khemis des Zemmour puis faisons un à gauche complet pour descendre pendant plusieurs kilomètres avant de s’arrêter auprès d’un bouquet d’arbres, attendant la colonne du Général.

On entend la fusillade et quelques coups de canon venant de la colonne Moinier puis apercevons au loin des cavaliers marocains s’enfuyant vers les crêtes dans notre direction. Pris entre deux feux, ils abandonnent rapidement le combat.

La colonne Moinier nous rejoint et nous regagnons Souk el Arba par un autre chemin. J’ai l’impression que le calme est complètement rétabli car nous progressons au fond d’une vallée très encaissée.

Ce ne serait pas difficile aux Marocains de nous déloger dans ce bas-fond, entre deux collines, mais nous ne voyons personne sur les crêtes et versants. Nous retrouvons l’oued Beth qui est sale et boueux et nous y séjournons une journée car un poste doit y être installé avec le nom de Maaziz.

 

De là, nous filons alors dans les montagnes du pays Zaer.

Les habitants de ces régions, nouvellement soumis ont repris leurs occupations agricoles. A notre passage, ils nous offrent des poulets et des œufs aux meilleurs prix. Ils sont ébahis à notre contact et semblent sortir d’un mauvais cauchemar car d’après eux, ils étaient persuadés que jamais les Roumis ne pourraient pénétrer dans leurs montagnes. Le 16 août est consacré à recevoir une série de soumissions de la part des notables.

 

En arrivant à l’oued Grou, affluent du fleuve Sebou, au lieu dit Gueltet el Filla, une fusillade se fait entendre. Nous ne devons pas bouger avant de connaître l’origine de cette fusillade. C’est un goum algérien qui s’est aventuré trop profondément en montagne et a été victime de son imprudence. Plusieurs goumiers sont tués, il y a une dizaine de blessés et douze chevaux tués.

Approchant petit à petit  de la Chaouïa, notre unité, sentant l’écurie, conserve tout son courage.

 

Le 19 août, nous avançons vers un poste nouvellement créé qui porte le nom de « camp Marchand » en hommage au lieutenant tué par les Zaer, le 14 janvier dernier.

 La marche s’est effectuée sans incident. Nous apercevons le poste et bientôt nous sommes au pied de la colline sur lequel il est édifié. Des larmes nous viennent aux yeux en voyant flotter le drapeau tricolore sur le poste. Il y a si longtemps que nous ne l’avions vu !

 

Nous voilà bientôt en Chaouïa. Maintenant les 6 Goum campent séparément. De nombreuses échoppes faites de bois de caisses forment un embryon de marché ou souk. Elles sont envahies par les nouveaux arrivés. Nous dînons avec chacun une bouteille de Moët et Chandon.

La garnison du poste est constituée d’éléments du Bataillon d’Afrique et de tirailleurs. Notre camarade Serpinet est entré au service ambulance de ce poste. Nous lui faisons un touchant au revoir avec nos meilleurs souhaits de guérison.

 

Le 20 août, en route de nouveau par Aïn Bebab dont on aperçoit le camp au loin. Les convois rencontrés se font  presque sans escorte. Nous campons ici pour nous acheminer le lendemain vers le camp Boulhaut, en traversant de profonds ravins boisés où pullulent les sangliers et toutes sortes de gibier.

Les pistes de ces ravins sont jalonnées de cadavres de chameaux en putréfaction et nous ne pensons qu’à nous boucher le nez.

 

L’étape étant réellement trop longue pour arriver au camp Boulhaut le même jour, nous campons dans une clairière au milieu des chênes liège. Le soir les cliques des six Goum se rassemblent et font une retraite sans flambeau autour du camp. C’est poignant. Cela représente un adieu au pays que nous venons de parcourir et un joyeux bonjour à celui que nous revoyons. La clique est suivie par plus de six cents goumiers unis par un réel sentiment de fraternité.

 

Le 22 août, après la traversée de nouveaux ravins dont la gorge de l’oued Korifla et  la forêt de chênes liège, nous avons la joie d’apercevoir au loin le « Camp Boulhaut », premier poste en Chaouïa et garnison du 6ème Goum..

En arrivant, nous retrouvons les camarades du 3ème bataillon colonial auprès desquels nous avions combattu. Après avoir rendu ensemble de touchants honneurs au drapeau du poste, le 6ème Goum rentre triomphalement dans son quartier.

 

La dislocation commence. Le 23, il n’y a plus que les 2ème et 3ème Goums pour faire route ensemble sur Ouled Saïd et Settat. Dans 3 jours, nous serons chez nous.

 

Le 24, nous passons par Berrechid et le 25 août, jour de la fin de notre périple, nous faisons à notre tour une entrée triomphale à Settat.

Les officiers du Service de renseignement viennent de très loin à notre rencontre.

Puis les familles des goumiers et une nombreuse cohorte de Marocains se hâtent de nous rejoindre avec leurs plus beaux foulards de soie, au bout de roseaux.

 

C’est tout ce qu’il y a de plus touchant.

Nous arrivons à Settat où la population européenne, peu dense en 1911, nous fait un accueil chaleureux. Avec nos figures tannées, malgré la fatigue qui se lit sur nos traits, notre entrée effectuée à une allure martiale et dégagée est un vrai triomphe.

Nous allons goûter un peu de repos bien mérité en attendant une autre colonne et de nouvelles opérations de pacification.

 

La distance parcourue entre le 22 avril et le 25 août 1911 est d’environ 2 500 kilomètres.

Les goumiers sont les seules troupes à avoir participé à l’ensemble des opérations d’avril à août 1911, avec un minimum de tués et blessés et seulement, quelques malades.

 

Je n’oublie pas non plus les efforts fournis par d’autres troupes auxquelles il me plait de rendre hommage ici : les artilleurs des batteries de 75 m/m attelés, les tringlots, la Légion, la Coloniale, les tirailleurs, les Spahis, le génie, la strasse (l’Administation) et les infirmiers.

 

 

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Published by Hoursentut - dans Histoire coloniale
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