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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 08:39

Opérations militaires dans le Tadla

Avril – juin 1913

Chapitre 6

 

Le 30 mars 1912, est signée la Convention de Fez, établissant le Protectorat français sur le Maroc. A cette date, la France occupe la Chaouia, de Mazagan à Rabat et une série de postes échelonnés entre Rabat et Fez.

Cet accord déplait aux tribus berbères qui se révoltent contre le sultan Moulay Hafid, contraint d’abdiquer en août 1912. Lyautey est alors chargé de la pacification du pays.

Après avoir ramené l’ordre à Fez puis à Marrakech, les forces françaises sous le commandement du colonel Mangin sont engagées, en 1913, dans la région du Tadla, contre les tribus, Chleuh et Zaïan, commandées par le chef Moha ou Saïd.

 

Après l’occupation de Marrakech par la colonne Mangin et la pacification des territoires environnants, le 3ème Goum qui a séjourné plusieurs semaines sur le mamelon de  Ben Guérir reçoit l’ordre de rejoindre la localité d’El Boroudj, centre politique situé au Sud de la Chaouia, à proximité de l’oued Oum Er Bia.

 

L’absence d’opérations militaires pendant l’hiver nous imposant un rythme de vie monotone commence à lasser la plupart d’entre nous et c’est donc avec joie que nous apprenons, au printemps, notre participation aux opérations de pacification des tribus peuplant la plaine du Tadla, pacification non exempte de risques.

En effet, au mois de juin 1910, une colonne légère, sous les ordres du Chef de Bataillon de l’Infanterie Coloniale, Aubert, avait réussi à traverser tout ce territoire mais, après d’âpres combats, occasionnant des pertes sévères du côté français et sans provoquer de soumissions de la part des tribus.

 

En conséquence, il importe de renouveler cette campagne avec des contingents plus importants. C’est ainsi que le 23 avril 1913, nous quittons El Borrouj sous les ordres du colonel Mangin. L’approvisionnement en vivres de la colonne est prévu pour 5000 hommes, 1300 mulets et chevaux ainsi que 800 chameaux et ce, pour une période de 12 jours.

Les mulets se répartissent en trois catégories : les mulets de trait pour les pièces d’artillerie 75 m/m, les mulets de bât chargés de vivres et pièces de canons et les mulets de monte, ces derniers ayant le pied plus sûr que le cheval en montagne. Les chameaux (dromadaires en réalité) portent des vivres et bagages divers.

 

La première étape s’effectue sans incident jusqu’à la casbah de Termast, située en rive droite de l’Oum Er Bia. Avec mon ami, Léon Martin, nous liquidons deux bonnes bouteilles de vin, un acompte sur le succès des prochains combats.

 

Le lendemain 24 avril, nous nous dirigeons vers une autre casbah, celle de Dar Ould Zidouh, élevée en rive gauche du même fleuve. La colonne n’est pas inquiétée mais

l’absence totale d’habitants le long de notre parcours est surprenante bien que les habitations soient nombreuses dans les parages.

Les accès au fleuve et son franchissement étant signalés comme difficiles pour les véhicules et l’artillerie de campagne, le 3ème Goum à cheval, muni d’outils de parc et de terrassement prend les devants, à vive allure, afin de préparer et aménager un passage.

Les travaux  sont exécutés rapidement puis les cavaliers forment alors un cordon de sécurité en aval du gué, joignant les deux rives, dans le but d’arrêter et recueillir les hommes ou les animaux malencontreusement tombés à l’eau et emportés par un fort courant. La traversée du gué s’effectue sans incident notable.

 

Nous bivouaquons sur la rive gauche de l’oued et y séjournons toute la journée du 25 avril. Pendant les heures de loisir, je me livre aux activités, ou sports pour certains, de la pêche et de la chasse. Muni d’une carabine Flaubert de calibre 6 mm, j’apporte à la popote 5 pigeons et 5 tourterelles, bien accueillis par les Spahis.

 

Nous reprenons la marche le 26 au matin, la cavalerie se trouvant en tête et remontant la rive gauche de l’oued. Le terrain de plaine se prête merveilleusement à la manœuvre des escadrons, bien qu’en terrain découvert.

Je dois rappeler que la semaine précédente, des éléments de la colonne Mangin avaient été accrochés par les rebelles et un certain nombre de casbahs et de douars avait alors été détruit. Le calme semble régner dans le pays et quelques habitants ont apparemment regagné leurs villages. Cependant, cette tranquillité ne nous rassure pas et nous avançons sur le qui vive.

 

Peu avant la localité d’Aïn Zerga, terme de notre étape du jour, notre patrouille opérant à droite, dans une oliveraie, essuie des coups de feu. Aussitôt des rassemblements de dissidents se forment, attaquent l’arrière garde qui se trouve  rapidement encerclée sur trois côtés. Ce sont surtout les tirailleurs sénégalais qui sont pris à partie.

L’installation du camp se fait sous la protection de la cavalerie mais le baroud augmente d’intensité. Les canons de 75 m/m et  65 m/m de montagne interviennent efficacement et assurent au camp une sécurité relative.

Cependant les balles tombent assez drues sur le camp. La configuration locale du terrain avec buissons et rochers, permet aux Marocains de s’approcher et de tirer à courte portée. Mon goumier de service reçoit une balle dans le bras, heureusement sans gravité. Un officier est blessé à l’épaule tandis que deux Sénégalais sont tués. Plusieurs chevaux et chameaux sont également atteints.

Le combat prend de l’ampleur et canons et mitrailleuses sont en pleine action.

Pour permettre le dégagement du bivouac encerclé, le Colonel Mangin organise une colonne de sortie. Je suis désigné avec 6 goumiers pour patrouiller sur le flanc gauche et à hauteur des éléments de tête de l’infanterie.

 

Soudain, devant moi, j’aperçois plusieurs milliers de piétons ennemis et des centaines de cavaliers. Ils tirent de nombreux coups de fusil dans notre direction, sans résultat, étant donné la distance à laquelle ils font feu et le peu d’efficacité de leurs armes, désuètes. Craignant que nous ne masquions des éléments plus importants, les Marocains cèdent le terrain tout en continuant le baroud.

 

Le goumier chargé de maintenir la liaison à vue entre le peloton et ma patrouille s’acquitte mal de sa mission et ne s’aperçoit pas que la colonne a effectué un changement de direction à droite. Je m’en rends compte mais un peu tard. Le maréchal des logis Vaugier, conscient du danger, dépêche deux cavaliers pour renouer la liaison, mais sans succès car la fumée des incendies allumés par nos troupes, dans la plaine, empêche toute visibilité de ce côté. Je me retrouve isolé, à 4 kilomètres de la colonne.

Je manœuvre alors comme si j’étais soutenu. Tout en maintenant les chevaux en direction des adversaires, nous appuyons insensiblement sur la droite. L’ennemi a toujours l’impression que je masque une menace sérieuse. Mes cavaliers sont assez impressionnés et ont tendance à se rapprocher de moi. Je leur fais respecter les intervalles et leur recommande de rester calmes et confiants. Nous sommes cernés de trois côtés.

 

C’est alors qu’une cinquantaine de cavaliers ennemis, les plus courageux, se détachent du gros de leurs forces et nous chargent mais nous ne bronchons pas et ils s’arrêtent à 200 mètres environ.

Les goumiers fixent leur attention sur moi et sont un peu impressionnés par mon calme. Cela leur inspire une certaine confiance, ne voulant pas apparaître comme des poltrons.

Etant un excellent tireur, je mets pied à terre et sur 6 coups de carabine, je descends deux assaillants ce qui rend les autres hésitants et leur fait faire demi-tour. Devant nous, le nombre de Marocains reste considérable. Cependant le maréchal des logis Vaugier, en train d’incendier les douars situés entre la colonne et ma patrouille, s’inquiète réellement de mon absence et se met à ma recherche. M’apercevant à une distance de 1500 mètres, il m’envoie quelques cavaliers au galop pour m’enjoindre de me retirer à la plus vive allure.

Nous rompons brusquement le combat au grand ébahissement des Chleuh. La joie de nos goumiers est à son comble lorsque nous rejoignons le peloton car ils nous considéraient comme perdus. La leçon à tirer de cette aventure sera de désigner des hommes sûrs pour les missions délicates. Il va sans dire que sans notre calme et notre assurance, il n’y avait guère de salut pour nous sept.

 

Les canons de 75 m/m et les mitrailleuses finissent par avoir le dessus et les assaillants se dispersent  par petits groupes. La cavalerie exécute une brillante charge à la suite de laquelle plus de 100 dissidents sont dénombrés comme ayant été tués à coups de sabre. Les trophées de guerre sont nombreux.

Les habitants de la plaine sont très sévèrement châtiés. Tout est brûlé et pillé.

 

Nous rentrons au bivouac, chargés de fusils et de poignards. Nous avons également  capturé des chevaux et des mulets. Jusqu’à la nuit, casbahs et douars brûlent. Nous entendons  les cris d’habitants bloqués dans les casbahs qui, ne pouvant se sauver, sont brûlés vifs.

Nos pertes s’élèvent à 8 tués et 20 blessés.

 

Au cours de l’après midi, l’aéroplane du lieutenant De La Morlaix atterrit au milieu de la colonne sans incident. C’est le premier appareil qui nous apporte le courrier.

 

La nuit a été paisible, après le cuisant échec subi par l’ennemi. Nous vendons à des soukiers trois mulets de prise, au prix de 45 francs l’un.

 

Le 27 avril, nous prenons le départ en direction du Moyen Atlas, l’objectif étant le village de Sidi Ali  Bou Brahim.

Je suis désigné avec trois goumiers pour occuper une crête éloignée et assurer la protection de l’envol de l’aéroplane. En arrivant sur notre position, nous nous trouvons nez à nez avec un groupe de dissidents qui effectuait la même manœuvre que nous. Nous sommes accueillis par une fusillade nourrie et rapprochée mais peu précise car personne n’est atteint. Malgré notre infériorité numérique, nos fusils les mettent en fuite.

Les dissidents, au nombre d’une cinquantaine, s’abritent derrière les murs entourant les jardins et nous prennent pour cibles, à une distance d’environ 400 mètres. Leurs balles soulèvent des éclats de pierre, lesquels atteignent les membres et le ventre de mon cheval. Devenu très nerveux, ce dernier me pose des difficultés pour tenir ma position et je fais prévenir mon chef de peloton pour engager tout son effectif.

Il s’ensuit un combat à pied dans les jardins qui obligent les Marocains à se retirer. Pendant ce temps là, l’aéroplane s’élève lentement dans les airs, salué au passage par le feu des dissidents. Il est utile de préciser que l’appareil vole à une vitesse d’environ 80 kilomètres à l’heure.

 

La colonne continue sa progression vers la montagne et nous sommes à environ trois kilomètres, en arrière garde. Avec l’aide de quatre cavaliers, j’assure la protection comme pointe d’arrière garde, mission délicate et risquée.

Tout au long de la marche, nous avons à soutenir un combat rapproché pendant lequel on n’a pas le temps de souffler. Des cavaliers ennemis tentent de prouver leur hardiesse en chargeant à vive allure et déchargeant leur fusil. Je les mets à la raison en tuant un cavalier et un cheval. L’effet produit nous donne un instant de répit. Bientôt, nous sommes à nouveau harcelés. Nos munitions s’épuisent mais une casbah en ruine nous offre un bon abri et un bon appui temporaire pour continuer le combat. Il nous faut cependant faire un nouveau bond en arrière. Poursuivis, nous sommes dans l’obligation de nous réfugier derrière une ligne de tirailleurs algériens prête à recevoir les poursuivants comme il convient, par des salves nourries. L’ennemi est freiné dans sa fougue puis arrêté.

 

Les villages et les récoltes sont en feu. La chaleur est intense. La tête de la colonne approche des premiers contreforts de la montagne et le combat change de secteur.

 

L’avant-garde est maintenant aux prises avec des ennemis nombreux et  mordants, embusqués dans les rochers et les oliveraies.

Seize pièces d’artillerie tirent sans arrêt. Il en est de même des mitrailleuses. Plusieurs charges à la baïonnette sont exécutées afin de déloger les Chleuh du village de Sidi Ali Bou Brahim que les chasseurs alpins occupent aussitôt. Ces derniers progressent au-delà du village et gravissent les flancs escarpés de la montagne. Le 3ème Goum à pied est chargé d’occuper les hauteurs situées à droite du village, tache difficile étant donné la nature très accidentée du terrain. Les goumiers essuient quelques coups de fusil au cours de l’ascension de la montagne, au niveau des rochers et des ressauts ou falaises.

 

Les canons 65 m/m de montagne appuient la progression des fantassins et parfois de si près que le casque de notre sergent major Prudhomme est soufflé.

Jusqu’à la nuit, il n’y a aucun répit. Nous avons trois blessés au Goum à pied, un tué et 4 blessés chez les Alpins.

Le bivouac se forme au pied du village, dans une oliveraie protégée par les unités en position sur les crêtes dominantes. Pas de repos pendant la nuit où la fusillade est ininterrompue. Les pertes du 27 avril s’élèvent à 16 tués et 110 blessés.

 

Nous restons sur place, le 28 avril. Les unités d’avant postes appartenant au 7ème régiment de tirailleurs algériens commandés par le capitaine Berthon soutiennent le combat toute la journée. Dans la soirée, le bataillon sénégalais du Commandant Bétrix assure la relève sur la grande crête.

 

Au cours de la nuit, il est assailli par de nombreux ennemis excessivement mordants.

Les Sénégalais, impressionnés par les pertes subies abandonnent leur position. Les morts, les blessés, le train de combat et le train régimentaire tombent aux mains des Chleuh. Cet échec coûte 26 tués dont 3 officiers et 3 sous officiers français. Le médecin major Malet, un ami, est parmi les morts. Le combat a été mené par les Chleuh, à coups de poignards.

 

Durant cette nuit, nous occupons les tranchées avec le sabre dégainé mais nous n’avons pas eu à en faire usage.

Le 29 au soir, le bataillon de tirailleurs monte aux avant postes et par une contre attaque vigoureuse inflige une sévère leçon aux montagnards.

 

Le chef des guerriers Chleuh adresse alors une lettre au colonel Mangin dans laquelle il menace d’attacher les soldats aux troncs des oliviers, s’ils ne quittent pas immédiatement les lieux. Le colonel répond qu’il doit se dépêcher s’il désire que les habitants cueillent la prochaine récolte d’olives. L’ordre est donné d’abattre les oliviers du secteur.

Le bilan de ces trois journées de combat est de 60 tués ou disparus et de 126 blessés.

Il m’apparaît clairement que la soumission des tribus du Tadla ne pourra être effective qu’après l’élimination complète de la harka des Chleuh.

 

Le 30 avril, nous reprenons la direction d’Aïn Zerga. Nous sommes harcelés au départ par de petits groupes de dissidents, rapidement dispersés par l’artillerie.

Les moyens de transport des blessés font défaut. Les chameaux sont utilisés à cette fin et nous arrivons sans incident à Aïn Zerga où nous passons la nuit.

 

Le 1er mai, nous faisons étape à Kasbah Zidania, en direction de Tadla, en rive gauche de l’Oum Er Bia. Détachés sur la droite, nous essuyons quelques coups de feu auxquels nous ne répondons pas.

Notre séjour à Zidania entre le 1er et le 3 mai est réconfortant car effectué dans un cadre vraiment enchanteur. Les blessés sont acheminés sur la localité de Oued Zem, le 2 mai, et le détachement qui les accompagne est censé nous rejoindre à Kasbah Tadla avec un convoi de ravitaillement.

Pendant mon séjour à Zidania, je me livre à la chasse aux pigeons qui pullulent dans les vieux murs de la casbah. Le tableau de chasse final : 140 oiseaux, est satisfaisant et apprécié car distribué aux popotes.

 

La fanfare des chasseurs alpins agrémente notre séjour de l’exécution des meilleurs morceaux de son répertoire. Le poisson abonde dans le fleuve et surtout celui qui est ici dénommé barbeau. Le capitaine De Mazerat a capturé une pièce pesant 16 livres.

 

Le 04 mai, nous prenons la direction de Kasbah Tadla ; chemin faisant, nous sommes flanc garde droite et 25 cavaliers ennemis se présentent sans nous attaquer.

 

Près d’arriver à la casbah,  quelques cavaliers Chleuh exercent leur adresse de tireur sur ma patrouille, sans faire de victime. Notre riposte, précise, provoque leur dispersion.

 

Le peloton à cheval du 3ème Goum poursuit sa route vers Boujad, de conserve avec le 3ème escadron chérifien du Capitaine Deschamps.

 

La distance parcourue aujourd’hui est de 50 kilomètres. Boujad est une petite ville marocaine, charmante. Le chérif, très francophile nous réserve un excellent accueil.

 

Le 5 mai, nous allons à Oued Zem, à la rencontre du Colonel Pelé, chef d’Etat-major du Résident Général que nous escortons jusqu’à Kasbah Tadla, ville pourvue de nombreuses fortifications et où vivent environ cinq mille habitants. La majorité d’entre eux a néanmoins fui à notre approche.

La colonne en bivouac à Tadla depuis le 4 mai essuie chaque nuit de petites attaques isolées pour tester notre défense. Certaines d’entre elles, plus décisives, parviennent à pénétrer à l’intérieur du camp et à s’emparer d’armes.

 

Le 7 mai, quelques patrouilles de cavalerie sont constituées dans le but de découvrir les positions de l’ennemi et d’apporter des renseignements sur certains rassemblements signalés d’importance.

Ces patrouilles de 5 ou 6 hommes opèrent isolément jusqu’à une profondeur de 5 à 6 kilomètres dans la plaine, en direction de la montagne. Me trouvant à la tête d’une patrouille, j’aperçois un groupe de cavaliers Chleuh. Le manque de soutien ne me permet pas d’engager une lutte qui nous serait fatale. Nous sommes les derniers rentrés après mission accomplie. Un détachement de sortie est déjà en route en direction des ennemis signalés.

 

Il est 15 heures. La plaine est recouverte de grands chardons qui rendent la marche très difficile. Les chevaux se cabrent sous l’effet des piqûres. Un fort parti de cavaliers ennemis engage le combat à très courte distance tandis que des contingents plus importants se tiennent plus éloignés.

Nous revenons au bivouac en protection à l’arrière garde du détachement, sans accrochage sérieux.

Les quelques habitants, demeurés dans la casbah de Tadla, étant soupçonnés de participation à l’attaque du camp, la nuit, sont faits prisonniers dans la journée du 8 mai.

Nous incendions et détruisons leurs demeures et installons un poste important dans la casbah.

 

Ce même jour, profitant de l’occasion de pouvoir circuler dans l’agglomération, je rapporte quelques pigeons pour améliorer l’ordinaire.

 

Pendant ce temps, en voulant atterrir, un aéroplane, trompé par le relief inégal va butter du nez au fond d’un petit ravin. Les roues, l’hélice et le moteur sont hors d’usage mais le pilote est indemne. Cet appareil porte le nom de Madagascar sur son gouvernail, don de la lointaine Colonie.

 

Le 9 mai, la journée se passe, monotone. La nuit est toujours troublée par les coups de feu des rôdeurs.

Le 10 mai, le séjour au camp me permet d’aller à la pêche.

Les silos à proximité de notre camp regorgent de céréales, de l’orge en grande partie. Nous nous empressons d’en faire un gros approvisionnement et donnons la ration forte aux chevaux. Une grande quantité est également livrée à l’intendance.

 

Pour distraire les troupes, le commandement organise une fête, le lundi de la Pentecôte. Chaque corps de troupe s’évertue à multiplier les distractions possibles et, pour ce qui est des moyens de s’amuser, nous n’avons rien à envier aux citadins de Casablanca.

Le théâtre marocain est tenu par les troupes chérifiennes, le cirque par les tirailleurs algériens. Les courses de mulets sont réservées aux muletiers de l’infanterie tandis que des courses de chevaux sont disputées d’une part, par les sous-officiers, d’autre part par les brigadiers.

Des courses de chameaux, tout à fait originales, provoquent l’hilarité générale.

Le public se compose uniquement de militaires. La fanfare des chasseurs alpins est largement mise à contribution.

 

Des épreuves d’adresse au sabre sur des mannequins et des têtes mettent en présence les meilleurs cavaliers. L’exercice d’enlèvements de blessés, de mise en croupe de cavaliers démontés, tout en continuant leur course au galop et l’attaque des mannequins sont spectaculaires et obtiennent un vif succès.

 

Un convoi de ravitaillement arrive le 17 mai. Les journées au camp sont toujours aussi monotones et les nuits toujours troublées par les attaques de rôdeurs.

L’emploi du temps se décompose ainsi : réveil à 6 heures puis café. Je vais ensuite tuer quelques pigeons pour le casse-croûte de 9 heures. Ensuite, pansage et abreuvement des chevaux et mulets ; déjeuner vers onze heures et demie.

L’après-midi se partage entre une sieste jusqu’à 16 heures, puis un peu de pêche au barbeau et enfin la chasse aux pigeons. La journée se termine par un dîner préparé vers 19 heures.

 

A signaler un petit incident survenu au cours de la nuit, concernant le caporal Vergnes, un de nos camarades du Goum à pied. Pris d’un besoin pressant et personnel, celui-ci signale sa sortie aux sentinelles mais entre temps celles-ci sont relevées avant son retour et omettent de passer la consigne à leurs remplaçants. Ces derniers, apercevant une ombre en avant de la tranchée, se concertent pour ouvrir le feu. A ce moment survient le sergent Herrouin, qui leur ordonne d’attendre. Herrouin, fin tireur, ajuste et fait feu sur l’ombre qui n’est autre que Vergnes au moment où il se relève. Touché au mollet, notre noctambule pousse un cri : oh ! Doucement ! Il en a été quitte pour quelques jours d’immobilisation en ambulance.

 

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Published by Hoursentut - dans Histoire coloniale
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