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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 13:33

camion.jpg 

Seul le camion rouge et blanc du Laboratoire de don du sang, avec son escalier d’accès, interrompait la continuité du regard, de la Place du Parlement au Grand Rond Boulingrin, à Toulouse. Il était dix heures et le soleil d’hiver éclairait doucement les deux alignements de platanes habillant les allées Jules Guesde.

Deux fois par an, en début d’année universitaire et avant les examens, le camion s’installait en face des Facultés de Médecine et de Pharmacie, faisant appel aux étudiants et professeurs pour un don de sang en faveur des accidentés de l’agglomération toulousaine.

 

Etudiant en Sciences Naturelles, j’empruntai ces allées qui conduisaient  au Laboratoire de Géologie, l’esprit encore occupé par la faune du Crétacé supérieur et la disparition énigmatique des Dinosaures, sujets probables d’une interrogation surprise, lorsque je manquai me heurter sur le trottoir à un homme jeune et basané, de type nord africain.

 

 Celui-ci, après un « Benjoure Missieu » poli, me demanda si je savais « où s’y trouvé  li  Biro di Plazma » ? Un peu décontenancé par cette demande, je me retournai, fis quelques pas pour dégager la vue sur le véhicule de don de sang, visible à une centaine de mètres de là, et lui dis : c’est là bas. Il suffit de monter le petit escalier, à l’arrière du camion et de frapper à la porte.

L’homme, quelque peu étonné, me remercia. J’accompagnai du regard sa marche dans la bonne direction, retraversai la route passante et entrai dans le hall de la Faculté, me dirigeant vers la salle de travaux pratiques de géologie.

 

Tout en dessinant la coupe géologique de la Montagne Noire, je repensai à mon immigré désireux de donner son sang et m’interrogeai sur sa motivation : faisait-il montre d’un haut sens civique car son sang d’immigré avait toutes les chances de sauver un bon français ? Ou voulait-il simplement bénéficier de la collation qui suivait le don de sang : un jus de fruit, un café et un sandwich, le tout destiné à se refaire des forces ?

Je penchai vers la deuxième hypothèse car ailleurs, à Haïti, les pauvres ne faisaient-ils pas la même chose pour quelques dollars sans que quiconque n’ y trouva à redire ?

 

Désireux d’avoir une opinion seconde, je racontai mon histoire d’immigré à mon collègue de table qui, me fixant soudainement, pouffa et s’exclama : ah !  ça, c’est la meilleure !

Habitué au parlé nord-africain puisque habitant la cité d’Empalot, il m’expliqua que l’immigré n’avait nulle envie de donner son sang mais cherchait simplement un emploi. Li biro di plazma n’était rien d’autre que le Bureau de Placement.

Atone, je réalisai dans l’instant mon erreur. Cela expliquait probablement l’air ahuri du bonhomme lorsque je lui montrais le camion de don de sang

A ses yeux, je m’étais sans doute comporté comme un sale raciste. Cette farce de mauvais goût était pourtant involontaire.

 

 

 

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Published by Hoursentut - dans Souvenirs de jeunesse
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