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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 09:33

   

Quand Dieu créa l’univers, il mit en place l’architecture céleste, plaçant au mieux galaxies et nébuleuses, augmentant ou diminuant l’intensité des champs magnétique et gravitationnel, et, en même temps, la vitesse de rotation des corps concernés. Distribuant également  lumière et ténèbres, il aménagea ensuite le paradis, zone immense mais finie, au sein de l’infini. Il y fit croître toutes sortes de plantes et végétaux et le peupla d’animaux, de son animal préféré, la petite coccinelle, au grand brachiosaure utilisé comme tondeuse à gazon.

 

Fatigué par cette tâche quelque peu répétitive, il se fit alors aider de deux anges, l’un, mathématicien rigoureux, Michael, l’autre, porte parole distrait, Gabriel, pour terminer l’aménagement des n coins de l’infini en positionnant étoiles, soleils, planètes, comètes et trous noirs.

 

Avant d’aller se reposer, le Tout Puissant prévint ses deux aides de suivre à la lettre quelques recommandations simples : éviter de fabriquer trop d’étoiles à neutrons et contrôler fréquemment la température du milieu interstellaire composé de gaz et de poussières.

 

Michael s’acquitta fort bien de la distribution des nouvelles galaxies s’appliquant à leur donner des formes elliptiques ou en spirales, avec bras ou barres traversant le bulbe central, comme le ferait un enfant avec son paillon à bulles. Il évita ainsi la collision de galaxies qui eut généré la colère du Tout Puissant, obligé de régler à nouveau l’équilibre du système comme nous le faisons à notre échelle (et souvent sur l’échelle), deux fois par an, pour mettre, à l’heure d’hiver, les horloges municipales.

 

Gabriel était particulièrement satisfait de son oeuvre de formation des étoiles géantes et brillantes, les supernovae. Il s’amusait à piéger la lumière dans les trous noirs ainsi que les gaz et poussières chaudes, lancées dans d’immenses tourbillons et attirées comme par un gigantesque aspirateur.

 

Mais ce faisant,  il ne se rendit pas compte que la température et la densité du milieu interstellaire augmentaient et que l’espace, se rétractant peu à peu, induisait la concentration de plusieurs galaxies en un seul et même point.

Il s’ensuivit  une énorme explosion, un Big Bang, dont l’effet se fit sentir jusque sur le nuage céleste où reposait l’Eternel. Levé en sursaut et aveuglé par des nuages  de matière et d’anti-matière, il dût faire appel à Eole  pour clarifier tout cela et apercevoir ses deux anges, les ailes couvertes de suie. Gabriel, sans voix, se fit passer un savon du feu de Dieu, avec ordre de réparer sa bêtise ou d’être déchu à jamais.

 

Celui-ci se trouva donc chargé de peupler les  nouvelles planètes ainsi créées par le Big Bang en commençant par une minuscule planète bleue, la Terre, qui miroitait au sein d’une allée d’étoiles blanches. Michael l’accompagna pour l’aider et corriger à temps toute erreur éventuelle.

Les deux anges avaient plein pouvoir pour loger au mieux le trop plein de végétaux et d’animaux du paradis et en particulier les taupes qui avaient la fâcheuse tendance à faire des trous dans les cumulus. Par ailleurs,  les fougères géantes commençaient à faire de l’ombre au Tout Puissant et bien qu’immortels car nourris par l’esprit divin, les gazelles et les gnous trouvaient que les lions les observaient d’un mauvais œil.

 

Arrivés sur Terre, nos deux anges constatèrent que la planète, encore fumante, était constituée de roches et d’eau et que tout restait à faire pour en rendre l’atmosphère vivable.

Se répartissant la tâche, Michael créa les espèces de grande dimension, mammouths, tyrannosaures ou séquoias tandis que Gabriel se cantonnait dans la fabrication d’êtres minuscules et difficiles à apercevoir depuis le ciel, les insectes en particulier.

En créant les poissons, il joua sur la forme, depuis la sole, plate, l’orphie aiguillette jusqu’au poisson globe. Puis, pour varier quelque peu, Michael fit apparaître les requins, les baleines et autres cétacés de grande taille pour permettre un bon brassage des eaux marines.

 

Gabriel, pris par le jeu de la vie  se mit à inventer les micro bestioles, bactéries, microbes et unicellulaires, organismes totalement invisibles depuis le ciel. Il s’amusa même à créer des éphémères, à durée de vie très courte.

Soucieux d’obtenir l’accord divin sur le travail déjà accompli, les deux anges renoncèrent à visiter les secteurs où régnait encore une chaleur trop intense, se promettant de revenir lorsque la Terre aurait quelque peu refroidi puis remontèrent au ciel.

 

Rendant compte au Tout Puissant de leurs travaux terrestres, celui-ci déclara que cela était un bon début. Mais quelque chose n’allait pas : la Terre étant une planète formée par erreur, son environnement ne bénéficiait pas de l’immortalité et les plantes et animaux finiraient par mourir. En réalité, le problème était double : sans manne céleste, les êtres vivants devaient chercher leur nourriture et comme mortels, ils étaient obligés de se reproduire d’une manière ou d’une autre avant de disparaître.

 

Après plusieurs essais infructueux, l’idée d’une ouverture aux deux bouts d’un tube digestif, plus ou moins tordu, fut adoptée pour l’ensemble de la gent animale. Pour laisser la place libre et du temps aux petits herbivores, Michael compliqua l’appareil digestif des plus gros, les forçant au repos pour ruminer.

 

Le fait d’être potentiellement mangé à tout moment par autrui renforçait la nécessité incontournable de la mise au point d’un moyen efficace de reproduction.

Michael pensa que les espèces les plus volumineuses ou protégées par une morphologie particulière, donc moins menacées par les prédateurs éventuels : les mammouths aux défenses puissantes, les tortues à carapace ou les carpes à écailles indigestes, vivraient plus longtemps et que leur reproduction pouvait être, un temps, différée. Par contre, pour les insectes, et les petites formes animales fragiles ou convoitées par les plus grosses, aussi bien dans l’air que dans l’eau, le besoin d’une reproduction quasi permanente se révélait indispensable.

 

Gabriel imagina d’emblée un système de multiplication par parthénogenèse qui se montra opérationnel pour les formes unicellulaires et peu élaborées.

Cependant, pour les êtres différenciés, devenus tous identiques, ce mode provoqua des disputes interminables et une accumulation d’individus grégaires, regroupés en masses inertes. Michael, plus rationnel, imagina de créer deux êtres semblables mais complémentaires avec organes de reproduction spécifiques. Il eut aussi l’idée lumineuse de les doter d’une petite glande à phéromones pour que mâle et femelle puissent se trouver, les jours de brouillard.

 

Gabriel se crut novateur en créant l’organe luminescent de la femelle du ver luisant mais Michael lui conseilla de stopper tout développement dans ce domaine car la Terre deviendrait plus lumineuse que le ciel et cela déplairait forcément au Très Haut.

 

Un premier test positif de reproduction, chez les lapins, conforta Michael dans cette approche bisexuelle. Mais il réduisit quelque peu la taille de la glande à phéromones pour que les animaux aient le temps de se nourrir. Par sécurité et en tenant compte d’un futur refroidissement climatique, il décida même que cette glande ne serait active que deux fois par an terrestre, pour l’ensemble des espèces.

 

Dans la généralisation du système, quelques boulettes faites par Gabriel échappèrent à l’œil exercé de son collègue : ainsi, le mâle du vers de Bonnellie, trente fois plus petit que sa femelle, n’eut d’autre choix que de se réfugier en parasite dans la néphridie de la femelle ; chez l’Argonaute, sorte de poulpe à huit bras et  nacelle de nacre (coquille), le mâle, vingt fois plus petit que la femelle, est handicapé puisqu’il ne possède qu’un bras, le bras copulateur qu’il doit abandonner à l’intérieur de la femelle.

Quant à la mante religieuse, Gabriel se trompa en mélangeant phéromones et piment d’Espelette si bien qu’en fin d’accouplement, le mâle est dévoré par la femelle.

Cependant, ces quelques ratés n’altérèrent pas l’humeur du Très Haut.

 

Sur Terre, certaines espèces proliféraient, les champignons, orties et rongeurs en particulier tandis que d’autres, les bouquetins, les grands pingouins et les prêles géantes végétaient.

Dieu décida alors de créer une espèce particulière adaptée aux règnes animal et  végétal existants qui, outre la nécessité de se nourrir et de se reproduire, saurait réguler le devenir des espèces terrestres. Il  le pourvut d’un crâne plus volumineux que chez les singes puis demanda à Michael d’en terminer l’ébauche. Ainsi le premier hominidé fut-il équipé de deux bras et de deux jambes puis redressé puisque Dieu le voulait à son image.

 

Adam et Eve

 

Se promenant au Paradis, ce nouvel homme louait Dieu, serrant la patte ou la tige de tous les êtres vivants rencontrés. En vue de son départ futur pour la Terre, Michael suggéra de le pourvoir d’un appareil génital moins encombrant que celui des caprins et de lui adjoindre une femelle.

Et Dieu créa la femme, accentuant les courbes et réduisant la pilosité comme le souhaitait l’homme. Pour permettre au couple de se multiplier et d’avoir un œil sur l’ensemble des espèces, il rendit la femme attirante et fertile de façon permanente, embellissant son visage et ses yeux, et par là, économisant une glande à phéronhomme ou phéronfemme, initiative judicieuse puisque cette première femme commençait déjà, sans permission, à cueillir les fleurs odorantes pour se parfumer.  

 

Partageant l’amour divin, tous deux étaient respectés par les espèces du paradis, le chien en particulier qui les suivait partout, mais le serpent, jaloux de cette félicité, sut piéger la femme avec une simple pomme d’api.

 

Très remonté contre le couple humain, Dieu le chassa aussitôt du paradis, lui confiant toutefois que, dans son immense générosité, l’Esprit Saint, aussi rapide que l’épervier sur Terre, serait là, prêt à l’aider s’il le désirait. Mais que l’homme prenne garde car, en cas de conduite démoniaque, lui, Dieu, seul créateur, serait forcé d’aller mettre de l’ordre sur Terre ou d’y déléguer son fils, pour un temps. Il y aurait alors des pleurs et des grincements de dents.

 

On sait aujourd’hui ce qu’il voulait dire par là!

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Hoursentut - dans Humour
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